Du milieu du XIVe au milieu du XVe siècle

<< Du milieu du XIVe siècle au milieu du XVe siècle, c'est toujours l'histoire des évêques et des institutions seigneuriales et municipales qui tient lieu, très largement, d'histoire de la ville.

Nous ignorons les conséquences pour Fréjus de la grave crise économique et démographique qui désola la Provence dans la deuxième moitié du XIVe et au début du XVe siècle : peste, ravage des Grandes compagnies* (1357-1382), ravages des bandes
de Raimond de Turenne (1389-1399), troubles accompagnant le règne de la reine Jeanne (1347-1382) et l'établissement difficile de la deuxième dynastie angevine.

Il est tentant, mais hypothétique, de situer, avant 1387 et à l'occasion d'une de ces circonstances dramatiques, une restauration ou une extension des remparts de la ville, avec l'englobement du Bourguet. Des indices très fragmentaires donnent, pour Fréjus, une impression de stabilité démographique [...] Mais il serait très étonnant que les troubles et les misères aient épargné une ville dont ils frappaient les environs immédiats. De plus, la piraterie et les guerres maritimes sont évoquées de façon suffisamment répétée pour que nous puissions imaginer une gêne dans les activités maritimes, ainsi qu'un insécurité sur la bande littorale exposée aux coups de main
de pillards de toutes origines. En tous cas, la reprise intervint vite puisque, dès 1427, la communauté obtint la création de deux foires supplémentaires en raison de l'afflux des marchands [...]

On ne peut pas non plus assombrir, pour lors, le tableau de la situation à Fréjus en exagérant l'absentéïsme ou l'indifférence des évêques, rarement provençaux, souvent originaires du Sud-Ouest au temps de la papauté d'Avignon (1317-1378), puis
venant des régions du nord de la France d'où la deuxième dynastie angevine promouvait ses favoris et ceux du roi de France. Rien ne prouve le dédain pour leur troupeau, ni, à plus forte raison, l'indignité chez ces grands prélats très occupés cependant par
leurs fonctions à la cour des papes d'Avignon ou des comtes.

Les circonstances, au moins autant que l'avidité, expliquent le souci qu'ils apportèrent à défendre leurs intérêts temporels. En effet, dans le cadre des institutions seigneuriales fixées au XIIIe siècle, les droits des évêques commencèrent à être
menacés par le pouvoir des rois-comtes et de leurs agents d'une part, et par la communauté de Fréjus elle-même d'autre part. Une abondance documentaire naît de ces contestations.

Du côté du pouvoir central, depuis le début du XIVe siècle (règne de Robert 1309-1343), une conception plus absolutiste de l'État inspirait les officiers royaux. En dépit des concessions très larges faites par les comtes en 1203 et confirmées en 1224 et 1296, les officiers de la cour de Draguignan tentaient de rogner les droits seigneuriaux des évêques de Fréjus par des moyens dont le cartulaire de la cathédrale conserve quelques exemples pour la période 1378-1449 [...]

De son côté, la communauté de Fréjus élargissait son autonomie financière et administrative [...] Peu d'années après, la conservation d'un registre de délibérations du conseil de la communauté nous permet de préciser le fonctionnement des institutions municipales.

Au milieu du XVe siècle, deux éléments de changement menaçaient la seigneurie épiscopale qui, depuis le début du XIIIe siècle, constitue toujours l'essentiel de nos
connaissances sur la ville de Fréjus : la pression d'une communauté favorable à une plus grande liberté d'action; les appétits des officiers comtaux aiguisés par l'étendue de droits seigneuriaux encore intacts. Dès lors, entre le milieu du XVe et l'orée du XVIIe siècle, l'éloignement des évêques, l'arrivée d'une dynastie étrangère en Provence et une communauté soulevée par l'essor démographique et économique vont établir un nouveau visage de la ville, de son organisation et de ses rapports avec les pouvoirs. >>
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(1) - " FRÉJUS - V° -XX° siècle, Déclins et Renaissances " par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1987) pages 32 à 35

ICONE : Fond en provenance de document inconnu