L'histoire de notre ville

<< D'éminents archéologues, des chercheurs émérites, se sont penchés sur le passé de Fréjus. J'ai cru utile d'ajouter à leurs travaux quelques pages sur l'histoire du mode de vie dans notre cité. Celà m'a semblé être un complément à l'histoire de Fréjus.

Si l'on excepte l'époque des grandes constructions que nous devons à la période de civilisation romaine et celle des grandes invasions destructrices de notre cité, Fréjus a vécu pendant de longs siècles un même mode de vie, simple, conforme à sa civilisation provençale et à ses traditions.

Un terroir riche, une hydrographie souvent capricieuse, aux effets imprévisibles, un climat particulier, excellent à l'époque romaine, mauvais, très mauvais ensuite, pour revenir à sa pureté première au début du XIXe siècle, ont conditionné la vie dans notre bourg.

Notre vocation première, de siècle en siècle, ne s'est pas départie. Fréjus a été un bourg essentiellement agricole. Il a fallu attendre la catastrophe de Malpasset, le 2 décembre 1959, pour que notre nouvelle vocation, le tourisme, déja amorcée depuis la fin de la dernière guerre, prenne le pas sur l'agriculture.

Nos pères, pauvres dans leur ensemble, dans un cadre familier que nous aimons, ont vécu une vie différente de celle que nous connaissons.

Une civilisation nouvelle a changé complétement notre mode de vie. Nos principes fondamentaux de travail, d'alimentation, d'hygiene de distraction..., nos façons de penser, d'agir, surprendraient les Fréjusiens du début de ce siècle.

Deux facteurs ont longtemps conduit et influencé notredevenir local.

Le premier, directement, l'agriculture. Toute l'activité fréjusienne tournait, directement ou indirectement, autour d'elle.

Le second, d'ordre moral : la présence, au milieu d'un population peu nombreuse, ne dépassant pas souvent 2 000 habitants, d'une communauté religieuse importante. Siège d'un évêché ancien, résidence d'un clergé nombreux, gérant à la fois toutes nos œuvres sociales, scolaires, et administrant des domaines agricoles créateurs de maints emplois de ménagers.
Notre évêque, depuis Monseigneur Riculphe en 972 jusqu'en 1789, a été le seigneur de la ville. Son autorité, que l'histoire qualifie de débonnaire, a cependant réglé le courant de notre histoire[...].


Le déclin historique de Fréjus.

En 155 avJC, les Romains prennent pied dans notre région. Fréjus, modeste bourg agricole et de pêche maritime, semble voué à conserver sa destination agricole et commerciale, puisque, à la croisée de voies importantes de pénétration. Elle ravitaille les Romains avec ses productions locales.
Un fructueux marché s'organise. Notre ville, dont on a perdu le nom antérieur, devient plus tard Forum Julii (Le marché de Jules).

Notre remarquable situation géographique offre le caractère d'un castrum idéal. Un port de 22 ha, à la fois de guerre et commercial, relié à la mer acceille la flotte romaine chargée de la surveillance de la Méditerranée.
Notre vocation agricole s'estompe. Des armateurs opulents, de riches commercants, s'installent dans de vastes villas. Des temples, de somptueux monuments s'élèvent. Notre arsenal construit activement les nouvelles galères. Les chênes séculaires, les ormes, les frênes des Maures et de l'Estérel, se convertissent en solides coques. La légèreté de ces galères d'un type nouveau, leur maléabilité remettront de l'ordre dans la Méditerranée. Elles joueront même un rôle important d'appoint dans la bataille décisive pour Rome livrée contre la flotte deCléopâtre, en Grèce, à Actium.

En hommage à son aide, Forum Julii reçoit trois cents des galères prises.
Nous sommes à l'apogée de notre puissance.

Rome, reconnaissante, nous consacre troisième préfecture maritime, nous octroie le titre de Colonia Pacensis (La colonie de la Paix). La huitième Légion des vétérans d'Auguste y est basée. Notre tribunal, suprême honneur, juge en s'appuyant sur le droit latin. L'on construit un hôpital militaire. C'est à Fréjus, célèbre alors pour la pureté de son climat, que l'on vient soigner les affections pulmonaires. Des thermes monumentaux s'élèvent dans la plaine.

La paix signée, notre puissance, notre grandeur, vont s'effriter lentement.
La production de notre arsenal, vouée à la préparation de la guerre, devient inutile. Rome possède alors la puissance universelle.

Le déclin de l'empire romain, entraine celui de Fréjus. Le port perd son importance militaire. Il conserve cependant, pendant quelques siècles, un devenir commercial. Forum Julii devient un centre administratif et agricole. de nombreux édifices datent des IIIe et IVe siècles.

Les travaux couteux d'entretien du port, des kilomètres de murs fortifiés protégeant la ville, de l'aqueduc, sont délaissés faute de crédits, d'esclaves ouvriers, de corps de garde. Le port, négligé, lentement s'envase.

Notre élément de survie semble avoir été la création de notre évêché vers le Ve siècle.

Les invasions successives des barbares, portent un mauvais coup à notre cité. Pillée, saccagée de multiples fois, victime d'une idée reçue, se répétant d'envahisseur à envahisseur, notre ville conserve à tort sa renommée de ville riche, aux trésors sans doute dissimulés dans l'épaisseur des murailles de ses temples fastueux ! Les ruines remplacent les riches constructions. Forum Julii devenue Fréjuls demeure cependant un port commercial dont l'importance reste difficile à évaluer au Ve et au Xe siècle. Nous savons qu'en 950,
les Sarrazins rasent tout, impitoyablement.

Le riche et généreux Monseigneur Riculphe, évêque de notre cité en ruine,
élu évêque en 972 ou 975, construit avec son argent, utilisant les pierres des monuments romains rasés : son palais épiscopal, sa cathédrale forteresse.
Une modeste enceinte, justement proportionnée au volume d'une population en grande partie décimée ou en fuite, devient le noyau de ce que l'on
a coutume d'appeler "Le Fréjus moderne". Riculphe en sera le premier seigneur Évêque en 990.

La cité épiscopale abrite un marché fréquenté par les marchands gènois.
En 1131, nous comptons quatre foires annuelles : St Laurent, St Raphaël,
St Mathieu, la dernière pour le quatrième dimanche après Pâques.
Les Lombards reviennent aussi en force aux foires de Fréjus. Nous sommes alors le seul port Varois possédant un marché où l'on vend le blé de la région. La vocation marchande de Fréjus revêt cependant un caractère bien modeste.
Elle suffit à nous donner une aisance.

De cette époque, datent les restaurations locales, la construction en 1557 de nouvelles murailles cernant la ville qui s'est étalée vers l'ouest et vers le sud.

Nous avons cependant connu de tristes moments : la peste au XVe siècle, le sac de la ville le jour des Rameaux 1471, le passage à deux reprises des troupes de Charles-Quint, puis celle du Duc de Savoie en 1708 avec le cortège de misères que cela apporte. À cette époque, notre ville porte un nom à consonnance provençale : Freïus.

Notre prospérité décline. Le bassin du port s'envase lentement, mais irrémédiablement. Les mariniers rencontrent de plus en plus de difficultés à y manœuvrer. Il faut bientôt l'abandonner définitivement. En 1561, la communauté fait appel à l'ingénieur Adam de Craponne* pour renouveler l'eau stagnante du port. Il construit le canal conduisant l'eau vive de l'Argens.
L'opération semble avoir réussi. Un changement malheureux dedirection de la voie d'eau compromet les résultats positifs de ce travail. Vers 1650, le bassin inaccessible, ruiné définitivement, ne peut plus être considéré comme un port. Il devient un marais fétide.

Le port, hors d'usage, notre activité maritime ne disparaît pas, si elle se ralenti. Fréjus demeure le siège d'un Lieutenant de l'Amirauté. L'embarquement s'effectue, faute de port, dans notre rade en partant de la plage. Les tartanes de moins de cent tonneaux assurent le cabotage. Elles nous portent le sel, les peaux, les "terrailles" de Valauris, et emportent le blé, le vin, le bois de construction et de chauffage... Elles assurent le relais avec Nice
et Marseille. Les nombreuses difficultés d'embarquement et de débarquement des marchandises font doubler le prix dutransport (nolis) en partant de notre rivage [...]


La période noire.

Fréjus retombe au XVIIIe siècle au niveau d'un médiocre bourg agricole.
La population, toujours appauvrie, n'a pas les moyens de se garantir contre les méfaits des exhalaisons de l'ancien port, génératrices de fièvres mortelles. Monsieur de Camelin, Maire et Consul en 1774, lance un S.O.S. sur la disette des Fréjusiens, sur l'état lamentable de leur état de santé, sur la fuite des habitants vers des climats meilleurs, sur la pollution de l'air. Il est entendu.
Le Marquis de Castellane, dépêché par la Province vient enquêter. Il dépose un rapport bien pessimiste, renforcant celui du Maire. "La surface des marais infectés grandit à chaque crue du Reyran et de l'Argens qui ne sont plus
endigués>>[...]. Il cite deux années en parallèle : 1750, la moyenne des décès tourne autour de 86. En 1780, nos registres accusent 168 décès de moyenne pour une population de 2 000 habitants. Pendant les années d'épidémie, l'on compte 300 décès.

Il rappelle que l'affouagement de 1665, comptait : 65 feux, le suivant 48; celui de 1731, 18 feux; celui de 1776 : 16 feux et l'on parle de baisser encore ce taux.

Les évêques, depuis fort longtemps, hésitent à résider dans leur ville épiscopale tant son climat les effraie.

La proposition de Monsieur de Camelin reçoit un avis favorable de l'enquêteur. Il propose que le bassin du port, source de la pollution, soit de nouveau avivé, par un canal amenant l'eau de mer par gravitation. Il suivrait le trajet vers l'est pour se jeter à la mer à St-Raphaël dans la baie du Veillat. Le roi accorde un secours de 150 000 livres, à la condition que la Province et la Viguerie de Draguignan, dont dépend Fréjus, accordentchacun 15 000 livres pendant six ans. Draguignan refusant, le projet ne voit pas le jour.

Le 13 juin 1782, la Province décide alors que le port sera comblé. Le procédé choisi, pour hasardeux qu'il soit, ne manque pas d'originalité. Le cours du Reyran sera dérivé à la hauteur des arènes. Son nouveau cours suivra le tracé actuel de la ligne S.N.C.F. pour déboucher dans le port. L'on compte sur la faculté de notre Riou indomptable, d'entrainer dans ses crues nombreuses
de fortes quantités de sable et de galets. On l'obligera ainsi, à peu de frais, à combler l'ancien port. Le 3 octobre 1787, pour la première fois, l'on ouvre le nouveau canal. Une crue soudaine déchaine le torrent. Il inonde, ensable tout sur son passage, occasionnant des dégats considérables. Au fil des ans, entre deux de ses puissantes colères, le port petit à petiit s'ensable mais à quel prix !

Le 22 novembre 1790, l'on arrête l'expérience. Vendu comme bien national à Mr Grisolle ainé, ce port à demi-comblé recevra un apport important de terre arable. En 1810, il est apte à être rendu à l'agriculture. Le port Romain n'est plus. La riche terre des horts l'a remplacé.

Les résultats sont bénéfiques. Fréjus sort de son agonie. Notre climat se purifie, les fièvres paludéennes disparaissent. Nous retrouvons le climat tant chanté par les Romains de Forum Julii.

À cette date, il faut situer le redressement de Fréjus. Sa population n'a plus cessé de croître.>> (1)

Fréjus au XXe siècle

<< Après 1914, une transformation s'amorce lentement. L'exploitation touristique de Fréjus, servie par son cadre prestigieux, par son climat si clément, par sa situation privilégiée, s'établit solidement.

Curieusement, la catastrophe de Malpasset nous apporte une extension extraordinaire. Notre bourg, entièrement redessiné, devient le Fréjus moderne que nous connaissons aujourd'hui. >> (2)


(1) "FRÉJUS, regards sur une cité" par Marcel FOUCOU
(Éditions Serre/1982) Pages 7 à 12
(2) "Le temps retrouvé" de M. Foucou et J. Avignon (Editions Equinox) 4è de couverture

ICONE : Photo J. Houben