La porte d'Orée

Les thermes du port

« Contrairement à ce que suggère le nom, il ne s'agit pas d'une porte de la ville antique dont l'emplacement, sur la section sud de l'enceinte, est totalement inconnu.

La « Porte d'Orée » est le vestige d'un bâtiment qui se dressait, en bordure du port, sur le quai nord-ouest au tracé mal identifié. L'orientation de la façade de ce bâtiment est, d'ailleurs, différente de celles des grands axes de la ville antique.

On pense que cet édifice se rattachait à un ensemble thermal situé plus à l'ouest [...] et reconnu par des fouilles partielles de Ch. Texier. Il s'agissait, sans doute, d'un «frigidarium » (pièce froide) constitué d'une grande salle ouvrant par plusieurs arcades au sud, vers le port. La « Porte d'Orée », était l'une de ces arcades.

Actuellement, on voit un arc sur des piliers carrés comportant de nombreuses restaurations. L'appareil fait alterner des assises de moellons soigneusement taillés dans des grès rouges et des lits de briques [...] Cette technique de construction permet d'assigner à l'édifice une date tardive : IIIe siècle ? C'est un des indices que l'on peut utiliser pour prouver le maintien du développement de la ville après le IIe siècle.

D'autres thermes de Forum Julii sont connus :

• à l'intérieur des murs :

- thermes privatifs de l'aile est de la Plate-Forme ;
- thermes qu'Aubenas aurait identifié à l'occasion de travaux, sous la place Formigé actuelle

• à l'extérieur des murs :

- thermes du quartier de Villeneuve, compris dans ,les bâtiments d'une ancienne ferme ;
- thermes situés à l'ouest de la Butte Saint-Antoine ;
- thermes du « camp »de Villeneuve » (1)

« La Porte d'Orée (écrit autrefois « Dorée »), classée monument historique en 1886 et située à l'ouest du port romain, est la seule partie visible et en élévation d'un vaste établissement thermal d'époque gallo-romaine. Ce vestige monumental, qui a donné son nom au quartier, correspond en fait à l'arche d'une salle froide (frigidarium) de thermes. Elle a longtemps été interprétée comme la porte monumentale sud de la ville, que certains historiens prétendaient décorée de clous à tête dorée, d'où la double orthographe. Ces clous pouvaient correspondre aux tenons en cuivre utilisés pour fixer un placage de marbre sur le monument.

Cet ensemble thermal, dégagé en partie par C. Texier en 1828, a de nouveau été fouillé en 1988 par le Service archéologique municipal lors d'un chantier d'urgence, puis recouvert et partiellement détruit par la réfection de la rue des Moulins. L'ensemble de l'édifice avait été installé sur le substrat rocheux réaménagé par endroits, et ses murs, comme pour l'arche encore visible, étaient bâtis en opus vittatum mixtum, appareil caractérisé par une alternance d'assises régulières de briques et de moellons.

Les vestiges mis au jour correspondaient pour une partie à ceux déjà découverts par Texier. Les éléments suivants ont pu y être reconnus : une vaste piscine d'eau froide (natatio) incomplètement fouillée mais à laquelle on a pu restituer une longueur de 27 m et une largeur de 13,5 m. Le bassin, d'une profondeur de 1,25 m, était revêtu de marbre dont il subsistait quelques plaques et des tenons en bronze. On y descendait par des marches de 7 m de large encore en place lors de la fouille de 1988. Sur le fond de la piscine a été retrouvée la moitié inférieure d'une statue de marbre blanc.

Le mur Ouest de la natatio était bordé d'une série de niches appartenent à un nymphée s'écoulant dans la piscine, à l'image des grands thermes impériaux romains. Au sud de ces ensembles se trouvait la salle chaude (caldarium), sur voûtes de briques, terminée par une abside à l'Est. Une grande pièce froide (frigidarium), dont ne subsiste que la fameuse arche, s'étendait entre le caldarium et la natatio. À l'Ouest du caldarium, un praefurnium (foyer), prolongé par un couloir de service desservi par un escalier, avait été établi directement sur le rocher taillé.

La datation du bâtiment repose essentiellement sur sa connexion avec un égout bien daté de la seconde moitié du IIe siècle de notre ère, évacuant l'eau de la natatio vers le site proche de la Porte d'Orée. L'utilisation d'opus vittatum mixtum la confirme par ailleurs.

Par ses dimensions monumentales (celles de la piscine notamment), cet ensemble se classe parmi les établissements thermaux les plus importants connus à ce jour en Narbonnaise. Sa situation laisse supposer qu'il s'agit des thermes du port, probablement don d'un empereur.» (2)

Darse et Nymphée

« Le site est sous l'emprise du parc de stationnement (de la Porte d'Orée) rue Aristide-Briand.

Une campagne de fouilles d'urgence menée sur le site de la Porte d'Orée en 1986 par le Service archéologique municipal a permis la découverte d'une partie des installations portuaires de la zone nord du bassin antique. Situé au sud de la ville romaine, et à proximité immédiate (50 m) des thermes de la Porte d'Orée, il est actuellement conservé mais recouvert par un parc de stationnement.

Cinq états principaux ont été dégagés de l'étude du site.

Dans un premier temps un bassin ou darse, aménagé de plans inclinés permettant le halage de barques, était délimité à l'ouest par une vaste esplanade sur laquelle s'élevait une tour, et à l'est par un môle orienté nord/sud (visible mais situé sur une parcelle privée). On retrouve d'ailleurs ce mur sur un plan anonyme de 1825. Cet aménagement portuaire datait des années 30 de notre ère et n'aurait fonctionné qu'une cinquantaine d'années. En effet, vers les années 70 apJC, le bassin portuaire a été remblayé jusqu'au môle, et l'on y a édifié un bâtiment public à plan axial, ouvert au sud par un portique donnant sur un espace à ciel ouvert, probablement un jardin, faisant face au canal d'accès du port.

Cette disposition, ainsi que le plan et la présence de tuyaux d'adduction d'eau, a permis d'interpréter cet ensemble monumental comme un nymphée. Sous le jardin, un vide sanitaire composé d'une double couche d'amphores posées à plat avait été mis en place, noyé dans un épais remblai de sable. Ce système de drainage par amphores existait aussi sous l'esplanade. Ce procédé d'assainissement, qui a été mis en œuvre sur d'autres sites de Fréjus, en particulier à la Plate-forme, aux Aiguières, était d'ailleurs assez répandu dans le monde romain (Carthage, Lyon, etc.).

Le nymphée a été utilisé jusque vers le début du IIe siècle de notre ère. On assiste ensuite à une réoccupation du site apparemment abandonné, comme abri et lieu de stockage de denrées alimentaires, et à une récupération des matériaux de construction aux alentours. L'esplanade a été remblayée en une haute terrasse faite des déblais d'un monument détruit, qui venait s'appuyer en pente douce contre le nymphée dépecé.

Durant l'Antiquité tardive, cet édifice, encore en élévation, était toujours utilisé : deux pièces ont été réoccupées, avec l'installation de nouveaux murs et d'un foyer rudimentaire. Au nord de cet habitat s'accumulait un vaste dépotoir. Sept sépultures ont été retrouvées disséminées dans ce secteur.

Après le VIe siècle, le bâtiment a été définitivement abandonné, les murs démantelés, et les gravats se sont accumulés. À l'ouest, en revanche, au XIe ou au XIIe siècle, le terre-plein a été réaménagé : on y a creusé des silos, destinés à la conservation des aliments. Cette dernière occupation du site est à mettre en relation avec le port tout proche, qui, malgré un bassin restreint, appelé alors « L'Étang », témoignait encore d'une activité commerciale. Les silos ont été comblés durant le XIIe ou le XIIIe siècle.

À l'époque moderne, le site était devenu une zone de cultures et de jardins, jusqu'en 1986, où les vestiges mis au jour ont alors été classés monuments historiques, et immédiatement remblayés.» (3)

(1) - « FRÉJUS - Forum Iulii, une ville romaine » par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1982) page 46
(2)- Texte d'Isabelle BÉRAUD dans «Fréjus antique» par I. Béraud, C. Gébara et L. Rivet (Editions du Patrimoine) pages 46 à 49
(3)- Texte d'Isabelle BÉRAUD (Ouvrage cité) pages 49 à 52

ICONE : Cl. J. HOUBEN

 

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