La Plate-forme

« Comme la Butte Saint-Antoine à l'ouest, la Plate-Forme domine le port au nord. Son nom correspond à l'allure actuelle du terre-plein où subsistent encore des vestiges importants. À l'origine, sur cet emplacement, existait une butte naturelle dont les fouilles n'ont pas atteint le rocher. Les pentes étaient plus raides vers l'est et vers le sud que vers l'ouest. Les Romains ceinturèrent cette butte de murs : ces derniers soutenaient un important remblaiement qui permit d'édifier un terre-plein. Sous le centre et sous l'angle sud-ouest de ce terre-plein, l'édification de vastes salles et d'une citerne voûtée limita les apports de terre. Après l'abandon du bâtiment, les cultures et les plantations d'arbres détruisirent les couches archéologiques les plus récentes [...]

Les murs extérieurs

•À l'est : il faut distinguer, nettement, des trois autres façades, cette façade orientale (L = 80 m.) qui est une portion de l'enceinte coloniale antérieure à la Plate-Forme [...] À l'angle sud-est, ce rempart formait un angle difficile à expliquer, avec le mur sud que nous ne connaissons pas.

•Au sud : la façade méridionale (L = 119,50 m.) est, en effet, non pas le rempart mais un mur de soutènement au tracé irrégulier. Il en subsiste d' assez larges parties, en particulier derrière la Villa Marie, où il conserve presque toute sa hauteur de 8 m.
En ce point de poussée maximum des terres, des contreforts perpendiculaires renforcent la muraille : trois de ces contreforts sur quatre sont encore visibles [...] Plus à l'ouest, ce mur a complètement disparu. Les façades ouest et nord du monument ont un tracé parfaitement rectiligne et leur orientation concorde avec celle des constructions du terre-plein.

•Au nord : un mur mince (L = 90,50 m.) était percé, en son centre, par la porte monumentale d'accès à la Plate-Forme. Il ne pouvait avoir, ni un rôle de soutènement, ni un rôle défensif. Il est détruit à l'exception de quelques parties et du soubassement.

•À l'ouest : la façade occidentale offre un double aspect, sur 73 m. de longueur. Dans sa partie nord, cette façade était constituée par un mur plein ; dans sa partie sud, au contraire, s'ouvraient de vastes salles dont les voûtes supportaient une partie des bâtiments du terre-plein ; cette solution économisait, habilement, une partie des terres nécessaires au remblaiement.

Les constructions souterraines

• les "greniers de César" : les Fréjusiens appelaient ainsi les salles voûtées occupant, dans l'épaisseur des remblais, l'angle sud-est de la Plate-Forme. Elles devaient servir d'entrepôts. Voici, du nord au sud, les dimensions de ces salles allongées, parallèlement, est-ouest :

•deux salles identiques : L = 12,6 m. l = 4 m. h = 5 m.
•deux salles moins longues : L = 10 m. l = 5,5 m.
•une cinquième salle immense : L = 25 m. l = 4,8 m.
•une sixième salle irrégulière : L = 16,5 m. l = 4 m. d'entrée, 6,8 m. de fond
•une septième salle, disparue, existait sans doute.

• la citerne : située au-dessous de la cour centrale des bâtiments du terre-plein, la citerne constitue, sans doute, le seul bâtiment romain intact de Forum Julii : elle nous montre une des solutions adoptées par les habitants de la ville pour se procurer de l'eau avant la construction de l'aqueduc; la Plate-Forme jouissait alors de l'autonomie hydraulique [...] L'approvisionnement en eau s'effectuait par une ouverture centrale de deux mètres de côté qui formait la surverse du bassin central de la cour ; de plus, dans les quatre angles de la citerne, arrivaient des tuyaux reliés aux quatre bassins qui recevaient, aux quatre coins de la même cour, les eaux de pluie des toits.

Les constructions de la surface du terre-plein

L'accès se faisait par la face nord que longeait une rampe prolongeant une rue de la ville. Comme sur la face nord de la Butte Saint-Antoine, des terrassements récents (construction d'un stade) ont rendu très difficile la restitution de l'allure primitive du terrain.

À l'opposé de l'entrée, entre le rebord sud des bâtiments et le mur de soutènement, l'absence de constructions fait songer à une surface de jardins qui agrémentaient la vue sur le port et sur la plaine. L'entrée ouvrait sur une vaste cour carrée (41,50 m. sur 45 m.) entourée sans doute d'un portique. Au centre de la cour et dans ses quatre angles, des bassins recueillaient l'eau et la canalisaient vers la citerne souterraine. Les pièces s'ordonnaient, avec symétrie, par rapport aux axes de la cour.

À l'est se trouvait, vraisemblablement, l'aile résidentielle avec ses pièces d'habitation : une pièce permet de pénétrer dans une cour à péristyle avec bassin central ; de là on avait accès soit à des pièces situées au nord, soit à la tour, soit à des thermes installés au sud-est.

L'aile ouest, en partie détruite par l'éboulement des salles voûtées souterraines, était, peut-être, celle des réceptions officielles : plusieurs petites cours entourées de salles, une grande salle basilicale aménagée tardivement.Résultats acquis par les fouilles

Les fouilles pratiquées par le Docteur Donnadieu avant 1939, puis reprises par P.A. Février en 1960, 1961 et 1963, laissent subsister de nombreuses interrogations :

• Destination des bâtiments : elle n'est pas entièrement éclaircie. Ils n'avaient pas de valeur défensive, notamment sur leur face nord et ouest. Comme à la Butte Saint-Antoine, l'ampleur des travaux nécessaires et la complexité des bâtiments font penser à quelque édifice public, peut-être une résidence officielle pour des personnalités administratives ou militaires.

• Chronologie de l'occupation : l'examen des céramiques extraites des remblais permet de placer la phase de construction à l'époque augustéenne. L'occupation de la Plate-Forme dura longtemps puisqu'on note des remaniements partiels jusqu'au IIe siècle. Par la suite, peu de signes, car les couches superficielles ont été bouleversées par les cultures.

• Occupation du site : le site était occupé avant l'époque augustéenne. En effet, sous les remblais de la partie sud-ouest de l'édifice, on a retrouvé un four de potier détruit et enseveli lors de la construction du terre-plein. » (1)

(1) - « FRÉJUS - Forum Iulii, une ville romaine » par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1982) pages 75 à 78

ICONE : Cl. J. HOUBEN