La Maison romaine de la place Formigé

Du 8février au 31 mai 1960 avait lieu une fouille en plein coeur de la ville de Fréjus, place Formigé, sur le parvis de la cathédrale, entre cet édifice et l'hôtel de ville [...]. Conduite par Paul-Albert Février, l'équipe était dirigée sur le terrain par Michel Fixot pour la partie médiévale et par Lucien Rivet pour la partie romaine.

Très vite, dans la complexité des vestiges mis au jour apparaissaient, dans les niveaux les plus profonds, les structures d'une maison romaine détruite par un incendie et qui conservait ses pavements et une grande partie de son décor peint sur une hauteur importante [...]. En effet, pas moins de vingt-cinq murs décorés ont nécessité une intervention rapide du Centre d'Etude des Peintures Murales Romaines du CNDS-ENS au cours de deux missions, durant l'été 1960, pour en faire les relevés graphiques et photographiques et en prélever une partie, soit onze murs, représentatifs de toutes les pièces.

Seules quatre parois et quatre petites plaques ont été restaurées à ce jour par cinq restaurateurs successifs, au cours des années 1989 à 1995, grâce à un financement conjoint de la Ville de Fréjus et du Ministère de la Culture. Ces panneaux aujourd'hui exposés et qui font partie des collections du Musée Archéologiques Municipal, appartiennent aux pièces les plus belles de la maison. Ils illustrent bien le mode de vie des Romains du début du 1er siècle dans cette partie de l'Empire déjà privilégiée par un cadre institutionnel bien établi. Les fragments recueillis - plus de 300 caisses - ont été nettoyés, recollés, comparés et ont demandé des mois de travail à trois personnes, sans compter les stagiaires.
Une douzaine de décors d'intérêt très variable ont été identifiés. Nous ne décrirons ici que ceux qui donnent des réponses à la restitution de l'architecture, notamment les peintures de l'étage.

Par l'examen des vestiges en place, incomplets donc, et celui des peintures fragmentaires recomposées, il a été possible de restituer des murs entiers et de poser des hypothèses : largeur des pièces latérales Est et Ouest, hauteurs et volumes, et de proposer une maquette de la maison. Enfin, les superpositions d'enduits, leurs relations avec les pavements, la présence de tessons de poterie dans les couches de mortier, sont autant d'indices qui permettent de préciser des chronologies relatives assez fines. Nous appréhendons ainsi l'ensemble d'une demeure assez bien conservée et homogène du 1er siècle apJC, habitée au moins soixante-dix ans avant d'être détruite etremplacée par le jardin d'une autre habitation dont nous ne traiterons pas.

L'entrée

La maison, à l'angle d'une insula de la ville antique, n'est pas connue dans toutes ses limites extérieures, mais nous verrons que l'analyse conjuguée des murs, des sols et des peintures permet de rétablir l'ensemble des pièces distribuées autour d'un atrium.

La façade sud […] donne sur un decumanus, rue Est-Ouest, recouverte par la rue moderne. […].
Une belle entrée […], était dotée, à gauche, d'un banc en maçonnerie peint en rouge ; sa position exclut que la porte ait été placée en avant car les deux vantaux n'auraient pas pu s'ouvrir convenablement ; imaginons donc un porche avec un banc donnant sur la rue où les clients attendaient l'ouverture des portes pour venir faire leurs salutations matinales au maître de maison



Banc à l'entrée de la maison. (Cl. L. Rivet)

Le décor des parois est fait de simples panneaux d'imitations de marbre blanc à veinures grises, parfaitement adaptés à cet espace de circulation. La plinthe continue est ocre jaune mouchetée, devenue par endroits marron rouge sous l'action du feu. A gauche de l'entrée, une grande pièce en terre battue[…], sans communication avec la maison, est certainement une boutique mais aucun aménagement intérieur ne peut nous guider sur son utilisation exacte. A droite de l'entrée, un espace très étroit […] laisse supposer l'existence d'un escalier en bois, car il n'y a pas trace d'arrachement de marches maçonnées. Au fond de ce couloir se logent parfaitement les latrines, très bien équipées puisqu'elles possédaient même deux étagères dans un angle, dont les traces ont été conservées dans la paroi


Couloir peint et latrines (Cl. L. Rivet)

Si le siège, vraisemblablement en bois, a disparu, la base en pierre circulaire a subsisté. La configuration des lieux nous oblige à restituer un escalier depuis la rue, donnant accès à l'étage sans communication directe avec le rez-de-chaussée. A droite de l'escalier, la présence d'un égout collecteur des eaux usées et le décor des parois à fond blanc, à simples traits d'encadrement intérieur noirs et marron rouge, nous font supposer qu'il s'agit de pièces de service, dont une
cuisine sans doute.

L'Atrium

Au bout du vestibule s'offre aux yeux du visiteur un atrium presque carré (9m20 x 10m54) original car il combine le rôle de l'atrium classique avec celui du jardin à péristyle à murs-parapet


Plan de la maison (S. Roucole)

Quatre colonnettes engagées dans des piliers quadrangulaires supportent une toiture inclinée vers le centre, vers l'impluvium (5m60 x 5m20), pavé d'opus spicatum de briquettes de terre cuites dressées de chant, cerné d'une rigole de récupération où se déversaient les eaux pluviales, stockées dans une citerne. Un puits, dont la margelle en pierre était encore en place, permettait de puiser cette eau pour des usages variés. Des murets limitaient l'impluvium sur trois côtés (44cm de haut) et un mur plus élevé (1m39), vers l'entrée, arrêtait le regard des curieux passant dans la rue, alors que les portes de la maison étaient largement ouvertes, empêchant d'apercevoir ce qui se passait dans les pièces du fond, notamment la pièce U la plus importante

Un solin d'étanchéité protège le bas du mur-cloison. Le pavage des galeries est fait d'un béton à inclusions de plaquettes de marbres variés. Tous les murs de l'atriumétaient décorés. Sur le mur Sud le mieux conservé (jusqu'à 1m47 du sol), une plinthe peu salissante, rouge bordeaux (53cm5 de haut) mouchetée de taches blanches et rouges, est scandée par des doubles filets blancs verticaux ; ils doivent correspondre au-dessus aux candélabres qui séparent les grands panneaux rouge ocre à bordure verte et filet blanc. La plinthe présente une stricte alternance de compartiments larges et étroits : pour le mur Sud, côté Est, quatre compartiments étroits (11cm), en comptant ceux de l'angle et du piédroit de la porte, et trois compartiments longs (94cm). Côté Ouest, du fait du décentrement de cette porte, il y avait la place pour trois compartiments étroits et pour deux compartiments larges.

Grâce à l'étude des peintures fragmentaires, trouvées surtout dans les angles Sud-Est et Sud-Ouest, nous pouvons proposer une restitution du décor de la paroi sud, longue de 9m10, [...] sur une hauteur de 5m. En effet, le remontage d'une plaque, longue de 2m et haute de 2m10, correspondant à la partie supérieure de la zone moyenne et à la zone supérieure, nous a donné des renseignements très précis sur toute la décoration du sommet de la paroi, inconnue jusque là, et a permis des observations précieuses sur l'architecture.


Restitutiond de la zone supérieure de l'Atrium, mur Sud (F.Moniet et J-F Lefèvre)

Notons, avant tout, que la porte vers le couloir d'entrée de la maison est à 3m50de l'angle Est de l'atrium et à 2m60 de l'angle Ouest ; sa largeur, au moins de 3m, nous oblige à lui supposer une hauteur minimale de 2m50.

On sait ainsi que l'entrée de l'atrium était monumentale. La porte était inserrée dans la zone moyenne à panneaux rouge ocre et candélabres. Des bordures vertes à filets blancs longeaient les angles des parois et le pourtour des portes ; leurs traces sont bien nettes, notamment sur une plaque portant un candélabre avec un oiseau dont le développement est de 27cm avant d'être coupé par le linteau de la porte [...]. Les témoins conservés de ces candélabres sont peu nombreux et concernent sans doute les parties hautes ; outre la plaque recomposée avec l'oiseau on a retrouvé de précieuses oenochoés dorées, des bulbes feuillus.


Oiseau sur candélabre. (Cl. A. Barbet)


Candélabre avec oenochoes (Cl. L. Rivet)

On peut restituer trois candélabres pour le mur Sud, dont deux espacés de 1m28.
Au-dessus, deux bandes vertes encadrées d'un filet blanc (largeur : 4cm5 et 5cm5) bordent une bande blanche (large de 5cm5), non peinte, sur laquelle subsistent quelques traces de stuc témoignant de l'existence d'une moulure en relief. Cette corniche sert de transition avec le champ supérieur ocre jaune, haut de 90cm, occupé par des édicules schématiques et surmonté par une bande verte, large de 5cm5, doublée d'une large bande blanche de 13cm non peinte, peut-être également recouverte d'une moulure en relief. Les édicules grêles très aériens sont traités en délicats tons de bleu et de vert. […].

Enfin, tout au sommet nous avons pu mettre en évidence les intervalles entre les poutres supportant la toiture de l'atrium, espaces larges de 39cm et hauts d'une vingtaine de centimètres, grossièrement peints en rouge bordeaux. Bien qu'aucun collage ne nous donne exactement leur section, nous savons que ces poutres avaient au moins 20cm de côté, si nous les supposons carrées. Dans le dessin d'ensemble, nous leur avons donné une section rectangulaire que de nombreux exemples, relevés à Pompéi, attestent […].

 

Observations techniques

Nous remarquons la présence d'un tracé préparatoire, fin trait verdâtre, bien rectiligne, peint sur toute la hauteur du champ ocre jaune, dans l'axe de chaque édicule. Ces lignes sont distantes de 12cm, dimension que l'on retrouve, comme nous l'avons déjà indiqué, entre chaque candélabre ; en effet, le remontage nous a prouvé que ces axes figurés en zone supérieure correspondent à ceux des candélabres en zone médiane. Dans notre restitution d'ensemble de la paroi, nous avons choisi d'aligner verticalement les candélabres et les édicules sur le milieu des compartiments étroits de la plinthe mouchetée, ce qui explique les légères variantes d'écartement entre les édicules restitués.

Une plaque fort intéressante nous donne une variante de la bande de séparation entre zone médiane et zone supérieure : en effet, le champ ocre jaune, ainsi qu'une colonnette d'édicule, au lieu de commencer au niveau de la bande verte supérieure comme sur le mur Sud, commencent le long de la bande verte inférieure et donc passaient sous la moulure de stuc. Erreur de réalisation ? Sans doute, car, en lumière rasante apparaissent très distinctement imprimées dans l'enduit, au niveau du haut du stuc, de fines traces incurvées, empreintes faites, dans la peinture encore fraîche, avec le tranchant d'une truelle, pour indiquer la limite à observer.Sur cette même plaque, nous voyons l'empreinte de quatre chevilles de section carrée, espacées de 7cm et 10cm ; elles servaient à fixer la moulure de stuc en relief dont aucun témoin n'a été retrouvé.

Sur le mur Sud, une seule empreinte a été vue à ce niveau ; elle est de section circulaire, en biais, au droit d'une colonnette ; dans ce cas, peut-être s'agit-il d'un clou ayant servi à fixer une cordelette destinée à tracer la verticale.


Le jardin peint

C'est sur les murets de l'impluvium qu'un jardin fictif a été peint pour le plus grand plaisir des habitants, donnant profondeur à cette cour exigue. Des croisillons jaunes sur fond noir simulent les barrières en osier qui limitent généralement les allées d'un véritable jardin, et des petites fleurs à pétales rouge vif et feuilles vertes sont inserrées dans les mailles losangées de la clôture.


Atrium, muret Nord peint d'un grillage (Cl. A. Barbet)

Ce décor revêtait les deux faces des murets, avant la transformation qui a affecté le bassin.
Sur le mur-cloison Sud, faisant face à la pièce U, le décor est beaucoup plus riche. On retrouve en partie basse une barrière fictive, sur fond noir, faite de baguettes de bois vues en épaisseur grâce à un éclairage venu de la gauche qui crée une ombre mauve. Des oiseaux se promènent au-dessus : à gauche, un grand oiseau à aigrette au plumage tacheté de noir - peut-être un phénix - tourné vers la niche, au milieu de touffes de feuillages, et à droite un plus petit dont l'espèce n'est pas identifiable. Le fond de cette zone moyenne est d'un beau jaune solaire, parsemé de plantes et, à droite, de cyprès.

Les pièces donnant sur l'atrium

Au fond, côté Nord, trois pièces ouvrent sur l'atrium, deux autres sur le côté droit et, sur le côté gauche, une seule est attestée mais très incomplète.

La pièce U
Au centre de l'aile Nord, a subsisté en place un décor très riche dans une pièce presque carrée (5m44x 5m26) qui se signale par la seule mosaïque de tesselles de la maison ; un simple tapis blanc avec une bordure de tresse en noir et blanc entre deux lignes noires.


Pièce U au moment de la fouille (Cl. L.Rivet)

Au bas des parois, une plinthe ocre jaune mouchetée de noir au contact du sol (16cm) est surmontée d'un registre rouge ocre uni (40cm), scandé de quatre compartiments rectangulaires étroits : un dans chaque angle et deux au milieu de la paroi, cernés de filets blancs et occupés par des croix de Saint-André de même couleur.

Dans l'angle gauche sur le mur du fond (Nord), sous la plinthe actuelle, apparaît une plinthe rouge bordeaux dont la base revient à l'horizontale sur la mosaïque de tesselles qui lui est antérieure.


Pièce U : mur Nord, détail de la superposition des plinthes
des deux états. (Cl. A. Barbet)

Au cours de la restauration, on a constaté qu'elle était mouchetée de vert et de blanc et surmontée d'un champ rouge bordeaux. Il y a donc bien eu un premier décor posé après la mosaïque, éventuellement peu après, qui avait été appliqué et aboli. En regardant de plus près, on s'aperçoit
également que la pontata, c'est-à-dire le joint de mortier entre les deux zones, forme un bourrelet disgracieux sur le bord du panneau rouge et qu'il a été posé donc sur l'ancien décor. C'est bien toute une partie de la zone basse qui a été refaite. [...]


Pièce U : Mur Nord,détail d'un panneau restauré.
(Cl. A. Barbet)

Sur le mur est, on distingue trois petits personnages nus, de profil ; celui du centre est agenouillé, les deux autres qui l'encadrent sont tournés vers lui, jambes écartées, en train de courir. On peut penser à des jeux de la palestre [...]. Sur le milieu de la frise du mur Nord prenaient place deux oiseaux face à face sur une ligne de sol, reconstitués à partir des fragments recueillis.[...]


Pièce U : Mur Nord,frise recomposée avec oiseaux.
(Cl. A. Barbet)


Les graffiti

Parmi les plaques recomposées, une est fort intéressante : à fond rouge en limite de la frise, elle porte cinq lignes de graffiti à gauche et quatre lignes à droite, très faiblement incisées et interrompues par des lacunes. La lecture est rendue très difficile par la finesse des traits. Toutefois, la position de ces graffiti juste au-dessus de la zone inférieure, à 3cm du sol, suppose que la personne qui les a tracés pouvait être étendue par exemple sur un lit de tridinium. En effet, on imagine mal un jeune enfant assez savant pour avoir écrit ces textes auxquels P. Pebuffat, qui en a tenté le déchiffrement, reconnaît une certaine tenue littéraire
[...] ; d'autre part, pour un adulte s'accroupir pour livrer ses pensées paraît peu vraisemblable. L'hypothèse d'un désoeuvré qui aurait écrit cette sorte de poème ou de maxime au cours d'un banquet semble plus judicieuse, ce qui, du même coup, donnerait de la crédibilité à l'usage qui était fait de cette pièce comme salle de festins ou tridinium.

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Restitution de la pièce U en triclinium avec personnage traçant un graffiti.
(Cl. J-F Lefèvre)


Un autre graffito a été repéré : il représente assez grossièrement un oiseau, tourné vers la gauche, et se situe justement sur la bande verte qui surmonte la frise du mur Nord, au-dessus des oiseaux. Placé à cette hauteur, est-ce l'oeuvre d'un enfant qui s'est inspiré du motif peint situé immédiatement en dessous, ou d'un convive ?
[...]

Pièce T

A droite de la pièce U s'étend une belle pièce toute en longueur (3m56 x 0m70). Sur les parois le décor en place permet de noter une différence entre les murs étroits Nord et Sud et le mur long Ouest/Sud Ouest.
[...]

Mur Ouest.
Sur ce mur, la zone inférieure (70cm5 de haut) est divisée en une plinthe marron mouchetée de taches assez grossières et surmontée d'un registre de compartiments longs et étroits à fond noir.
Les compartiments longs sont composés de losanges couchés, tracés par des filets blancs inscrits dans un rectangle, timbrés d'un fleuron dans un carré droit. Des traits verticaux et horizontaux blancs cantonnent les angles. Les compartiments étroits sont composés de losanges dressés timbrés d'un fleuron. Une bande verte sépare ce registre de panneaux rouge ocre à filets d'encadrement intérieur vert bleu, à 10cm environ des bords, qui se croisent au lieu de s'arrêter en angle droit. Ils sont séparés les uns des autres par une bordure verte bordée de deux traits noirs.
[...]

Mur Nord.
Il a été enduit et peint avant le mur Ouest car l'angle en cache le bord. Le décor est plus simple ; la plinthe est semblable à celle du mur Ouest mais le registre au-dessus est différent : un panneau à simples filets qui se croisent, blancs, sauf à droite, sous la bordure jaune à filets noirs du panneau rouge ocre de zone médiane où un rectangle dressé est dessiné par des filets. Cette bordure et ce rectangle sont l'axe de symétrie du décor qu'il suffit de reporter à l'identique à droite pour déterminer la largeur d'origine de la pièce qui n'est pas connue : soit depuis l'angle jusqu'au milieu de la bordure jaune 1m75à répéter en symétrie. Nous obtenons 35cm6 au maximum pour la largeur de la pièc.
[...]

Dans un premier temps, les "fouilleurs" avait imaginé la largeur d'origine en se fondant sur une ligne de plaquettes de marbre incluses dans le béton de sol bien visible [...]. En fait, par suite de lessivages répétés à l'air libre et un meilleur nettoyage, les lignes de plaquettes de marbre se sont révélées plus nombreuses et disposées en échiquier assez régulier. La ligne prise comme repère d'axe n'était donc plus valable. Il est à observer que la différence d'estimation n'est pas énorme mais permet de donner des proportions plus harmonieuses à cette pièce dont la fonction nous échappe. Sur le mur long Ouest subsistent quelques traces d'un deuxième décor assez fruste et impossible à restituer.

Mur étroit sud
Il était identique au mur Nord mais moins bien conservé.


Pièce AA

A gauche de la pièce U se trouve une chambre modeste (3m44x5m36) dont le décor a, lui aussi, subi des transformations ; aucun des trois murs n'est pareil.

Mur Est :
Il est le plus ancien ; la zone inférieure se divise en plinthe rosé uni, sans mouchetures apparentes, surmontée d'un registre noir divisé par des compartiments rectangulaires larges et étroits tracés par des filets blancs. Dans le compartiment étroit central, losange dressé tracé par un trait bleu entre deux traits blancs, timbré d'un fleuron schématisé en points blancs. A droite, compartiment large orné d'un carré droit tracé par des filets jaunes et points dans la diagonale, timbré d'un fleuron également schématisé. Un trait blanc horizontal sur le milieu du carré le relie au cadre du compartiment. Une bordure vert clair et blanche sépare cette zone de la zone moyenne non conservée qui était rouge ocre. La présence du carré au milieu du compartiment long nous fournit l'axe de symétrie du rectangle qui mesurait donc 52cm x 2 = 1m04

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Pièce AA, mur Est (Cl. A. Barbet)


Mur Nord.
En zone inférieure (45cm de haut), la plinthe est rosé mouchetée, bordée d'un solin d'étanchéité au sol ; le registre au-dessus est noir. Puis des panneaux rouge ocre, larges de 1m40, sont agrémentés de filets d'encadrement intérieur mis en place par un tracé préparatoire gravé.

Mur Ouest.
Il diffère des autres car la plinthe est rouge bordeaux mouchetée de grosses taches blanches, surmontée d'un registre noir, et une bande rouge bordeaux large s'intercale entre cette zone inférieure et la zone moyenne à panneaux rouge ocre.

On peut restituer l'ordre de pose des décors. Le premier est celui du mur Est, avec la finesse des tracés de filets multiples pour les compartiments géométriques
[...], puis vient sans doute le décor des murs Nord et Ouest, légèrement différents, peut-être à cause de l'aménagement d'un solin sur le mur du fond, nord, pour lutter contre l'humidité. Enfin, est intervenue une réfection sur le mur Est qui est couvert d'un badigeon [...]. Nous pouvons donc distinguer quatre phases successives, ce qui suppose une durée d'utilisation appréciable mais non quantifiable avec exactitude.


Pièces H Nord et H Sud

Les murs Nord et Sud de cet espace ont des décors tellement dissemblables qu'ils ne peuvent appartenir à une même pièce, c'est la raison pour laquelle nous proposons d'y voir deux pièces distinctes. Nous restituons deux petites chambres carrées dont la fonction de cubicula paraît évidente. Le cubiculum Sud conserve un début de paroi à panneau rouge qui donne une idée du décor disparu. Le cubiculum Nord montre une paroi noire effondrée.

Pièce GG

De l'autre côté de l'atrium, côté Ouest, face à l'espace H, la fouille n'a pu être poursuivie. Seule l'amorce d'une pièce à l'angle Sud-Ouest avec une mince cloison revêtue d'enduit peint a été partiellement explorée.

Nous avons procédé à un sondage rapide pour reconnaître le décor du mur Sud. La zone inférieure (79cm de haut) est blanche, mouchetée de marron-rouge et limitée par une bande, également marron-rouge, qui était à l'origine ocre-jaune,mais rubéfiée par le feu. Au-dessus, deux panneaux blancs sont séparés l'un de l'autre par la même bande jadis ocre jaune (13cm5 de largeur). Des filets d'encadrement intérieurs sont situés assez loin des bords (de 10 à 12cm selon les panneaux). Ils ont la particularité de se croiser en forme de T. Dans l'intervalle, le champ veiné imite un marbre.
A l'angle gauche,une bande marron-rouge (ocre-jaune à l'origine) longe la verticale

Le seul panneau entièrement dégagé a une largeur de 1m335 et cette mesure est suffisante pour nous permettre de restituer toute la largeur de la paroi, en supposant un minimum de deux panneaux égaux (1m375x 2 = 2m75) auxquels il faut rajouter les bandes de séparation connues et les bordures latérales aux angles, soit 2m92ou 3m00entre les deux murs nus. [...].

Comme pour la pièce T, c'est donc l'observation de la composition du décor qui nous fournit la largeur de la pièce d'origine et, par conséquent, le mur de clôture Ouest de la maison. On ignore en revanche la longueur de la pièce, son usage, de même que nous ne savons pas s'il en existait une ou deux autres. Du fait de la construction de cette cloison mince, du type de décor sommaire, il est évident qu'il ne s'agit pas de pièces d'apparat et qu'il n'y avait pas d'étage au-dessus. Son élévation est envisageable à un minimum de 3 m (79 cm pour la zone inférieure et 2m97pour la zone moyenne, en appliquant la règle de deux unités en largeur pour trois en hauteur). La zone supérieure n'est pas conservée.


Maquette

Une maquette de travail de la domus, à l'échelle l/20e, a été élaborée par F. Monier, où ont été figurées toutes les peintures en place complétées par les ensembles remontés. Ce travail préliminaire a été discuté, avec S. Roucole en particulier, et a servi de base à la maquette définitive.

Grâce à cette réflexion sur les volumes où prenaient place le décor, il a été possible de proposer des détails nouveaux, notamment dans la distribution des fenêtres de l'étage et dans le parcours d'ensemble, et de donner des proportions précises. Ainsi l'atrium a une hauteur de 5m et les pièces de l'étage 2m20 pour tenir compte de la pente du toit. Nous avons dû résoudre le problème de la jonction des plinthes, différentes en hauteur et en couleurs, entre les pièces et la cour-atrium ; en fait, la disparité ne choque pas car des piédroits en bois masquent le raccord. Nous avons dû faire des choix : ainsi restituer le premier état sur tous les murs de la pièce AA dans l'ignorance des schémas complets des états postérieurs. Le passage de la restitution théorique d'un décor à son intégration dans un volume nous a obligés à soigner chaque détail et à proposer des motifs plausibles pour les parties manquantes, par exemple les candélabres de l'atrium ou les frises à fond noir du triclinium U, enrichis de motifs bien connus en Gaule romaine à la même époque.


Maquette au 1/20e de la maison vue de l'Ouest par F. Monier (Cl. R. Hacquard)


Les peintures fragmentaires de l'étage


Ensemble II
Ce décor d'étage à fond blanc, dont les fragments erratiques proviennent des pièces AA et U, montre une zone inférieure à deux registres : une plinthe rouge-bordeaux et un registre découpé en compartiments ocre-jaune marbré alternativement de marron ou de gris, séparés par une bande verticale grise limitée par deux filets blancs. Une bande rouge-bordeaux à un filet blanc inférieur et noir supérieur fait transition avec la zone moyenne à grands panneaux blancs, séparés par des candélabres dressés entre deux bordures également rouge-bordeaux à filets noirs (20cm de largeur en tout) qui tombent à angle droit sur la bordure de limite de zone inférieure.
Les candélabres ont une hampe ocre-jaune, à côté ombré, un pied en balustre et des ombelles plates avec noeud de ruban en coque à un pan. L'une d'elle, au sommet, se termine par un élément décoratif difficile à interpréter : vase à deux anses stylisés ou bulbe digité ?.

Ensemble X
Ce décor a été trouvé dans la pièce T. Il s'agit de l'angle d'un mur conservé sur une largeur de 40cm avec son retour étroit (14cm) et le biseau le long d'une porte. L'ensemble présente une plinthe blanche grossièrement mouchetée de gris et de rouge-bordeaux d'une hauteur connue de 21cm.
Au-dessus, une bande rouge-bordeaux, large de 5cm, remonte dans l'angle et délimite un panneau blanc à filet d'encadrement intérieur gris. Il en est de même sur le retour où bande et filet horizontaux s'interrompent au niveau du biseau. Le revers porte les empreintes de moellons.

Nous avons encore ici un décor tombé d'une pièce de l'étage au-dessus de la pièce T avec une indication précieuse : une porte située près d'un angle de mur. Nous l'avons placée sur le mur Nord, dans l'angle Ouest de cette pièce plutôt que dans l'angle Est du mur Sud, imaginant une communication par un couloir périphérique de toutes les pièces de l'étage, mais l'autre solution est également défendable.


Ensembles XI et XII
Parmi les fragments provenant de l'espace G, seule une plaque présente un décor vraiment lisible d'entablement et se place, chose bien normale, juste en dessous de l'angle avec un plafond. On a pu distinguer une partie de la frise, avec un cartouche à deux volutes affrontées, encadrées en haut et en bas par un petit triangle et un fleuron. Au-dessous de ce cartouche, on a identifié un bande à modillons puis une autre frise nue, ainsi que la moite gauche d'un chapiteau très mal conservé.
A gauche et à droite du cartouche à volutes, se distinguaient encore les débuts d'autres cartouches, probablement rectangulaires, dont on ignore le décor, et, chose intéressante, l'une d'elles présentait non seulement l'angle de contact avec le plafond, mais aussi un angle de mur latéral.

Etude technique

Dans là pièce U.
Les différentes phases du travail sont décelables grâce aux traces qu'elles ont laissées. Ainsi, on a retrouvé des tracés préparatoires pour établir la place des cordons de feuillage sur fond rouge. Les tracés à la règle, les repères d'angle de panneau et de groupes de feuillage sont incisés, et souvent doublés, probablement par suite de maladresses, car des ratés sont visibles. Il subsiste faiblement un tracé en bas du panneau central, qui se confond avec le joint de zone peinte ; il servait sans doute à régulariser cette dernière. Sont traités à fresque les panneaux rouges et les bandes de séparation noires ; les surfaces rouge-ocre apparaissant parfois sous le noir, elles ont naturellement été appliquées les premières. Il n'apparaît aucune solution de continuité dans toute la hauteur des panneaux, qui pourrait indiquer deux étapes dans l'élaboration de ces surfaces. Le polissage des fonds rouges, parfaitement exécuté, est réalisé horizontalement, sauf à proximité des bandes de séparation, le long desquelles il est exécuté verticalement. Tous les éléments de décor semblent ensuite peints sur un enduit déjà trop sec ou a tempera ce qui explique peut-être un degré de conservation très inégal. Les thyrses, notamment, ont parfois entièrement disparu et le fond noir est très altéré. Parmi les mesures enregistrées pour le décor du triclinium revient assez souvent celle de 9,5cm à 10cm, soit un tiers de pied romain. Elle concerne la demi-largeur des bandes de séparation, l'écart entre les cordons de feuillage et le bord des panneaux, l'écartement entre les groupes de feuillage. Il est impossible de savoir si le peintre s'est servi d'une mesure en pieds divisée par tiers, par exemple, ou d'un module aléatoire.

Ensemble II de l'étage.
La lumière rasante met en évidence l'empreinte d'une cordelette ayant servi à positionner la bande de séparation horizontale ; une autre empreinte verticale, dans l'axe du candélabre, est masquée par la peinture. On distingue également une empreinte digitale rouge-bordeaux. A l'évidence, le peintre en tendant son cordeau n'avait pas les doigts bien propres.


Les mortiers

Pour le mur Nord de la pièce U, l'étude quasi-stratigraphique des couches au moment de la restauration nous a permis d'en noter tous les avatars [...]

Les mortiers d'origine sont au nombre de trois :
1- mortier gris beige, à sable grossier (grains supérieurs à 0,5cm) ;
2- mortier beige, au gravier relativement trié (moins de 0,5cn) avec pour caractéristique des nodules (diamètre 0,1 à 0,2cm) couleur de l'oxyde de fer ;
3- mortier blanc, à gravier fin (0,1 à 0,2cm), à grains blancs ou gris clair bien arrondis.

Les mortiers de la réfection sont également au nombre de trois :
4- mortier blanc, à gravier fin (0,2 à 0,4cm), de grains jaunes ou beige, polyédriques, peu émoussés ; 5- mortier blanc, sans gravier, de la texture du stuc (très riche en chaux, peu chargé en sable) ;
6- mortier rosé, sans gravier, de la texture du stuc.

Les mortiers de réfection ont été appliqués après raclage quasi complet de l'état d'origine, d'après les traces visibles en lumière rasante. Le mortier blanc (mortier 4) comble la partie détruite de la zone 1, entièrement couvert par la fine couche rosé (mortier 6) et parfois remplacé par le mortier blanc (mortier 5) ; sur ces petites étendues de mortier blanc, la couche rosé est quelquefois plus épaisse. Par ailleurs, les analyses menées par le Laboratoire de géologie des bassins sédimentaires, de l'Université P et M Curie à Paris, a permis de noter l'utilisation des matériaux locaux intéressants sur des échantillons de la pièce U, mur Nord [...]. On a mis en évidence l'existence d'au moins deux types de mortier, composés de granulats d'origines distinctes bien que locales, employés apparement pour des fonctions spécifiques : le mortier à grains fins d'origine volcanique pour la couche moyenne, et le mortier à grains fins d'origine granitique pour la couche supérieure. Ces deux couches étant a priori contemporaines, nous sommes donc en présence d'un choix technique délibéré.

Les échantillons du mur Nord de la pièce U présentent des augites en abondance, des sphènes et des grenats qui correspondent à une altération de roche volcanique. La région de Fréjus est caractérisée par la présence de cendres volcaniques et de dolérites altérées [...] susceptibles de fournir de tels minéraux. L'association d'augite et d'hornblende fait penser à des formations présentes à proximité de Fréjus, aussi bien dans le massif de l'Estérel que dans le bas Argens. On doit, de plus, noter que les augites ont un aspect en baguette prismatique très bien conservé, souvent encore revêtu de leur gaine de ponce [...]. Ceci implique, en accord avec le tri médiocre observé en granulométrie, un très faible transport aquatique du sédiment avant son dépôt (une centaine de mètres).

Les échantillons de l'ensemble XI sont intéressants aussi car ils présentent une grande richesse en tourmaline (44%) et la présence conjuguée de matériaux granitique et volcanique qui évoque un mélange - naturel ou artificiel - d'une arène granitique et de cendres volcaniques. La prédominance du zircon dans un échantillon fait songer au granité de Plan-de-la-Tour

 

Les couleurs et leur dégradation

Nous avons déjà fait allusion aux nombreux cas de transformation de l'ocre-jaune en rouge. Ce processus est dû à la présence d'oxydes métalliques dans le pigment, une terre d'ocré-jaune (oxyde de fer hydraté) qui se transforme à la chaleur en oxyde de fer anhydre rouge [...]
.
Sur certains fragments à galons brodés de coeurs et points blancs, séparant le fond noir des thyrses de la bordure verte d'angle de paroi, on s'aperçoit que le vert est devenu jaunâtre, que le noir est devenu gris et le blanc...noir [...]. On le voit, par cet exemple spectaculaire, il faut se défier de sa propre vision dès lors que l'on a des indices certains d'un incendie.


Restitution de l'effondrement des peintures dans la pièce U

Sur les photos prises pendant la fouille, on peut voir essentiellement les deux-tiers du panneau de gauche du mur Nord, face peinte vers le haut. Pour les strates inférieures, il n'y a pas eu de photos car les enduits se présentaient face peinte contre le sol de mosaïque. A la suite de ces observations, nous avons tenté une reconstitution de l'effondrement des enduits peints : il y a d'abord eu de grandes cassures "en éventail" et le décollement des mortiers ; dans la partie supérieure, trois couches se séparent simultanément du mur ; dans le tiers inférieur, et on le voit bien sur le panneau de gauche, seules deux épaisseurs (env. 3 cm) se décollent de la troisième qui adhère encore au mur. Les fragments du haut, par leur poids considérable, poussent ceux du bas à la fois vers le sol et loin du mur. Le repli s'est effectué en portefeuille, une partie face vers le haut, l'autre partie face vers le bas, à environ 1m50 de hauteur.

Au cours des opérations de nettoyage des fragments, on a pu constater la présence, à plusieurs reprises, de "décalque" de fragments de plafond sur les fonds rouges, ce qui indique une chute des plafonds postérieure à celle des murs.

Etude stylistique

Au cours de la description des différentes pièces, on a remarqué une grande homogénéité du décor. En zone inférieure, les plinthes sont mouchetées, surmontées d'un registre où dominent les fonds noirs à compartiments géométriques ; les panneaux de zone moyenne sont rouge-ocre à bordures vertes, agrémentés de candélabres et de galons, sauf dans les espaces de service et les décors de l'étage où le fond blanc domine, parfois relevé d'imitations de marbres. L'impluvium a reçu un décor spécifique.

Zone inférieure à compartiments géométriques

Le découpage de la surface généralement noire, en formes géométriques simples, est typique de la peinture romaine, tant italienne que provinciale, du début du 1er siècle où règne le IIIe style dit pompéien [...].

La structure de la zone inférieure en petits et grands compartiments est connue, mais la division au moyen de deux filets en diagonale peut être comparée à un décor d'Avenches de l'insula 10, dit du Salon noir, où la zone basse rouge-bordeaux porte les mêmes compartiments à filets blancs en croix de Saint-André. Cet ensemble est daté du milieu du 1er s. apJC. [...]

Les mêmes croisillons se retrouvent ailleurs à Fréjus, au Clos de la Tour, dans la maison romaine de l'ilôt III. Dans la pièce l8, le mur Est conservait en place une zone inférieure composée d'une plinthe jaune mouchetée de rouge, puis un registre noir à compartiments longs à filets d'encadrement intérieur rouges et compartiments étroits à deux croisillons blancs[...]


Candélabres

Pour animer les fonds rouges, très saturés, des zones moyennes, les décorateurs ont employé un répertoire très caractéristique du IIIe style pompéien mûr, à savoir des candélabres grêles enrichis d'animaux ou de figures, comme on peut en trouver tant en Campanie qu'en Gaule romaine. Ces candélabres, imitant des types métalliques, témoignent d'une esthétique typique des années 30-40 de notre ère. A noter que certains détails sont peu visibles, car trop fins, à plus de 3m du sol, ce qui est le cas pour la partie située au-dessus de la grande porte du mur Sud.

La maison de Paquius Proculus à Pompéi montre des candélabres à touffes de feuilles entre deux galons brodés de cceurs et points typiques, dans le triclinium 16. Son appartenance à un IIIe style mûr ne fait pas de doute [...].

 

Galons à cœurs et points

Nous avons déjà fait allusion aux galons brodés de cœurs et points qui ont eu un grand succès en Gaule [...] mais aussi en Espagne, les deux pays où ils ont été recensés en dehors de la Campanie [...]. Les exemples les plus proches sont à rechercher en Aquitaine, à Périgueux. Le motif survit au début du nouveau style, le IVe, qui s'impose au milieu du 1er siècle apJC, ainsi dans la villa San Marco à Stabies, dans le décor d'un couloir où il borde une bande ornée d'un candélabre, et celui d'une pièce à exèdre , [...]


Edicules de zone supérieure

Les édicules de la zone supérieure dans l'atrium sont extrêmement grêles et se réfèrent toujours à la même mode que celle des candélabres. Sans consistance, "transparents", ils sont bien typiques de cette architecture irréelle et aérienne qui se développera encore plus au milieu du 1er siècle apJC.


Les imitations de marbre

Inventées par la peinture structurale grecque, imitée par les Romains au IIe siècle avJC. dans ce qu'il est convenu d'appeler le 1er style pompéien, puis au IIe style au 1er siècle avJC, elles subissent une période d'éclipsé au IIIe style avant de revenir en force et avec abondance à partir du milieu du 1er siècle apJC, soit avec la naissance du IVe style pompéien. C'est à ce moment-là que l'on trouve des diagonales de veinures grises, pour les locaux de service, comme dans l'entrée de cette maison de Fréjus.


Peintures de jardin

La peinture de jardin est un genre à part, utilisé dans les espaces de semi plein air des péristyles ou des exèdres pour prolonger la perspective paysagère créée par les plantations qui ornent généralement ces lieux. Il y en a de multiples exemples dans les maisons de Pompéi, d'Herculanum et dans les villas du pourtour de la baie de Naples. Née au IIIe style, où elle revêt souvent des pièces fermées, amplifiées par ces grands fonds bleus peuplés de riants vergers, elle gagne les nymphées et les murs de clôture des jardins qu'enferment les colonnades des péristyles.

Il ne faut pas confondre les fins lattis de bois complètement plats du IIIe style, avec les treillages plus épais et en volume du IVe style. Les zones basses sont toujours noires à barrières à croisillons, les zones moyennes à fond bleu planté d'arbres, de fleurs, de vasques de fontaine fictives où viennent s'abreuver des oiseaux, comme dans la maison dite de Vénus à la Coquille à Pompéi : une représentation de statue de Mars et une Vénus marine enrichissent le paysage [...]

Puis une nouvelle mode se fait jour, vraisemblablement sous le règne de Néron. Au fond bleu on substitue ou on juxtapose un fond jaune d'or, couleur solaire qu'apprécié tout particulièrement l'Empereur. Plusieurs pièces transformées en jardins d'intérieur sont ainsi peintes à Oplontis dans la villa de sa seconde femme Poppée, vers 60 [...], et la même mode se retrouve dans la villa San Marco à Stabies. Dans la maison de la Vénus à la Coquille, les deux couleurs de fond sont employées sur deux murs adjacents.

A Fréjus, le peintre a donc reproduit le modèle romain en le simplifiant : pas de vasque mais une fontaine bien réelle sous un oiseau posé sur la fameuse barrière à croisillons et se détachant sur fond jaune d'or. A côté, le fond de la niche est bleu. La perspective ainsi créée est superbe depuis les pièces du fond de l'aile nord où se déroulaient la vie d'une maisonnée sûrement assez réduite.


Dessin de Ph. RIFFAUD-LONGUESPE

Datation

La datation des décors s'établit entre les années 40 apJC pour les premiers, qui se rattachent au IIIe style finissant, et aux années 60 apJC dans l'orbite du IVe style néronien pour le décor de l'impluvium.

La céramique et le matériel ne contredisent pas cette estimation mais il est dommage qu'ils ne soient toujours pas publiés ce qui permettrait de mieux confronter les données.

La mosaïque de tesselles et le premier état du décor de la pièce U sont contemporains, des années 35-45 ; ce décor peint se caractérise par la frise à oiseaux, les thyrses de séparation accompagnés d'un galon brodé de cœurs schématisés en V. La réfection subie n'affecte que la zone basse qui se trouve décorée de croisillons.

Il est donc bien clair que le premier programme décoratif de la maison est engagé à l'extrême fin du règne d'Auguste et au début de celui de Tibère, et que les propriétaires, à la génération suivante, ont ressenti le besoin d'une "toilette" générale pour restaurer les murs gagnés par l'humidité.

Nous avons vu qu'il y a eu des réfections sur certaines zones basses des pièces du fond, que ce soit dans la pièce U ou sur le mur Nord de la pièce AA ou encore pour le mur Ouest de la pièce T. Des morceaux de peinture ont été réutilisés pour le mortier du mur à niche, dont la décoration suit les nouvelles modes ; puis l'impluvium a été modifié en jardinières. Il est délicat d'établir une stricte chronologie de tous ces remaniements ponctuels.

Quoiqu'il en soit, un incendie, qui ne peut se placer avant les années 70, sinon même un peu plus tard, ravage la maison qui sera reconstruite mais sur un épais remblai de 2m [...]. Ces circonstances dramatiques ont préservé les structures de cette première demeure romaine nous fournissant un bon témoignage de l'art de vivre des habitants de Forum Julii, il y a plus de dix-neuf siècles.

 

Dépose et restauration des peintures

La dépose des peintures, sous la direction de L. Krougly, a été réalisée par M. Monraval, R. Nunes Pedroso, assistés par H. Vandersteene. La couverture photographique faite au moment de la fouille a été complétée et certains détails nouveaux sont apparus après nettoyage minutieux et élimination des concrétions calcaires les moins résistantes. Le résultat a été spectaculaire pour l'oiseau à huppe du mur à niche.

Un encollage de la surface picturale de chaque paroi à déposer a été réalisé au moyen de papier japon, de gaze de coton et de toile de jute appliqués avec du Paraloïd B 72 (un méthacrylate d'éthyl), dilué dans de l'acétone à différentes concentrations selon les couches.

Le décor ouest de la pièce T, trop grand pour être déposé en une seule plaque, a été découpé en plusieurs panneaux. Les saignées ont été faites en fonction des lignes du décor et des fissures existantes

On a pratiqué à la base des enduits une entaille sur toute la profondeur des différentes couches de mortier. Un contreplaqué épais, garni de papier, a été installé devant chaque peinture afin de la protéger, d'agrafer l'encollage et d'obtenir un support temporaire facile à transporter et à stocker. Lorsque la peinture était déformée, la planche a été capitonnée de mousse pour compenser les irrégularités. Les lames d'acier ont été généralement introduites entre la couche de mortier en contact avec le mur et celui-ci, afin de conserver le maximum d'informations sur les diverses couches d'enduit [...]
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Cependant le décor de jardin exécuté sur un mortier de tuileau très résistant, qui adhérait très fortement au mur de briques, a été partiellement déposé au moyen d'autres méthodes : deux zones en partie basse n'ayant pas été détachées par les lames, les restaurateurs ont dû renforcer l'encollage de surface par de la mousse de polyuréthane expansée, injectée entre le bois de support et la jute. Lorsque ces contreformes ont été sèches, ils ont procédé au démontage partiel du mur de briques pour libérer le revers du mortier de tuileau et détacher les plaques demeurées en place. [...]

Le décor du mur à niche a été récupéré sur son support d'origine, niche et pilastre compris, grâce à la mise en place d'une contreforme, après avoir procédé à l'encollage de surface. Lorsque le poids des plaques était trop important pour le transport le mortier de revers a été partiellement aminci.

Les panneaux déposés du mur à niche et d'une partie du mur est de la pièce AA ont été restaurés par L. Krougly assistée de M. Monraval et de B. Bedel de Buzareingues. Au revers des peintures désépaissies et remises à plat, du sable fin a été insufflé dans les lacunes. Un tissu en polyester a été collé dans les espaces les plus importants entre fragments pour former une couche de protection. Un fin mortier à base de chaux, de marbre et de calcaire a été coulé sur ce tissu afin de retrouver un niveau plan. Puis un nouveau mortier de résine a été posé, sur lequel une armature faite d'un nid d'abeille (lamelles d'aluminium entre deux couches de tissus de verre) a été collée au moyen d'une résine époxy. Cette structure en matériau inerte et très légère a pu être travaillée selon le profil exact du mur et munie d'un piétement. Les panneaux retournés de face, un enduit de mortier synthétique a été coulé de façon uniforme dans les lacunes de surface.

Nettoyage et présentation du mur à niche

Le nettoyage de la peinture, opération lente et difficile, a été menée par O. Bouet-Haddad, assistée de A. Schmidt et de S. Jeanson. Ilfallait tout d'abord enlever les concrétions calcaires, parfois épaisses de 7cm, avec un dépôt de calcite à alvéoles empêchant toute intervention manuelle. Une solution anti-calcique a donc été utilisée, préconisée par le Laboratoire de Recherches des Monuments Historiques de Champs-sur-Marne. Une fois ramollies, les concrétions minérales ont été éliminées grâce à un appareil à faisceaux ultra-sons, utilisé ordinairement comme détartreur en dentisterie. Certaines zones fragiles et pulvérulentes, comme le bleu de la niche, ont été consolidées auparavant. Pour rendre lisible la balustrade en treillis de bois, détruite en partie par les nouveaux aménagements en jardinières du bassin, nous avons peint à la gouache en tons de gris et de bleu les principales lignes du décor, sur le fond moderne uniquement, bien entendu.


Mur à niche, détail du phénix. (Cl. A. Barbet)

La restauration de la pièce AA

La méthode employée était celle, habituelle, du désépaissisement des couches de mortier, de la pose d'un tissu de verre, d'une couche de mortier synthétique et encollage par résine époxy sur un panneau en nid d'abeille. Au cours de ces opérations, nous avons noté au revers du mortier des traces d'accrochage en chevrons. Au nettoyage, nous avons gardé soigneusement les deux états du décor

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Pièce AA, mur Est (Cl. A. Barbet)


La restauration des parois du triclinium U

Elle a été menée par P. Nunes Pedroso. Les deux plaques du mur nord et celle du mur est, ont été désépaissies "stratigraphiquement", les différentes couches de mortier soigneusement étudiées et des échantillons prélevés pour analyse. Un mortier synthétique a été posé au dos des plaques puis l'ensemble a été collé à la résine epoxy mélangée de silice sur un panneau en nid d'abeille ; nous avons enlevé toile de jute, gaze et papier japon, afin de pouvoir lire le décor et le nettoyer.
Pour les peintures recomposées des parois, les plaques avaient été posées provisoirement sur des galettes de mousse de polyuréthane expansé, seul moyen commode pour transporter les différents éléments de ce grand puzzle et retrouver des collages. Cette opération terminée, il a donc fallu éliminer cette mousse et travailler sur table de verre en transparence pour agencer les motifs [...].
Ensuite, plaques déposées et éléments nouveaux recomposés ont été assemblés sur des panneaux en nid d'abeille et un épiderme commun en mortier synthétique a été coulé pour unifier le tout. Enfin, la réintégration des lacunes a été faite de façon très discrète en collant du sable de même couleur, mais en relief, pour évoquer les motifs disparus [...]


Pièce U : Mur Nord,détail d'un panneau restauré.
(Cl. A. Barbet)

Conclusion

Mais qui était le maître de maison ? Hélas, aucune inscription ne peut nous renseigner ; cependant la façon dont il a aménagé sa maison est éloquente. Si l'on admet l'hypothèse d'un escalier donnant sur la rue, il n'était peut-être alors pas très riche puisqu'il avait besoin de sous-louer l'étage de sa maison. Etait-il propriétaire des murs de la boutique qui jouxte l'entrée ? C'était un personnage d'un certain rang toutefois, à en juger par l'importance de l'entrée, la présence d'un banc pour les clients. Cet aménagement n'est connu, à Pompéi par exemple, que pour les grandes demeures.

Ici la surface au sol est de 450m2 environ, le décor des pièces est d'un niveau artistique qui reste modeste si on le compare aux maisons à péristyle de Narbonne, la capitale de la province [...].
Pas de tableaux mythologiques, pas de figures volantes, ni de paysages ou d'oiseaux au milieu des panneaux, un décor sobre à base de motifs bien connus. Des pavements dans presque toutes les pièces, mais d'un style robuste et économique, à l'ancienne, faits de béton et d'éclats de marbres. Tout cela ne reflète pas le luxe mais un certain confort, surtout lorsqu'on voit l'aménagement soigné de l'atrium, transformé en jardin d'intérieur pour y jouir d'un peu de fraîcheur et de verdure, un des rares exemples qui nous aient été donnés d'admirer pour toute la Gaule romaine.

Nous espérons que les peintures qui restent inexploitées et encore en dépôt seront prochainement restaurées et mises en valeur, telles les parois de la pièce T, particulièrement spectaculaires, et le haut de l'atrium.

Ainsi sera rendu aux habitants de Fréjus un peu de la splendeur de leurs ancêtres romains.(1)

 

(1)- Larges extraits de "La peinture romaine : fresques de jardin et autres décors de Fréjus"
par Alix BARBET avec la collaboration de Gilles BECQ, Florence MONIER et René REBUFFAT

Icone : couverture du document (1) par Ph.RIFFAUD-LONGUESPE

 

 

Mots signalés en italique dans le texte

Atrium (plur. atria) : dans la maison italique primitive, cour intérieure qui présente ou non des colonnes pour supporter la toiture.

Clients : membres de familles pauvres, esclaves, affranchis, éventuellement étrangers, liés à une famille influente.

Cubiculum : chambre à coucher.

Decumanus : voie qui traverse une ville d'Est en Ouest. Le decumanus est dit maximus lorsqu'il est principal.

Insula : îlot de maisons.

Impluvium : bassin quadrangulaire au centre de l'atrium qui reçoit l'eau tombée des toitures. Celle-ci est stockée ensuite dans une citerne.

Laraire : autel domestique en bois, en brique ou en pierre, souvent couronné d'un fronton, qui abrite les images peintes, les statuettes des Lares et autres divinités protectrices du foyer.

Modillon : ornement en double volute saillante placé sous la corniche pour y figurer l'extrémité de chevron d'un comble.

Œnochoé : cruche à vin. On s'en servait pour puiser le vin dans le cratère et le verser dans les coupes.

Opus spicatum : pavage fait de briquettes posées de chant en arêtes de poissons.

Péristyle : cour entourée de colonnes.

Pontata : surface ayant reçu une couche de mortier frais sur une longueur d'échafaudage.

Stuc : pâte plastique faite en général de chaux et de poudre de marbre, parfois de sable, modelée ou moulée de façon à donner un relief au décor. Il peut rester blanc ou être peint, gravé et enrichi de cubes et de cabochons.

Tesselles : en mosaïque, pierres taillées quadrangulaires, proches de la forme d'un cube.

Thyrse : hampe surmontée d'une pomme de pin, d'un bouquet de feuilles de vigne ou de lierre, consacrée par une bandelette nouée , emblème de Dionysos, mais aussi arme offensive, symbole de vie et de fécondité que portent les ménades, jeunes femmes assistant le dieu.

Triclmium : salle à manger dotée de lits sur lesquels on mangeait allongé.

Viridarium : jardin d'agrément souvent installé près du péristyle.