L'histoire du Port romain


Le nom de Forum Julii se trouve mentionné dans de nombreux textes de l'antiquité grecque et latine. Ce lieu est désigné par Strabon comme Navale Augustii et baptisé Claustra Maris (La clé de la mer) par Tacite.

Le port fut creusé dans l’intérieur des terres, sous les murs de la ville. Il communiquait avec la mer par un chenal sinueux de deux mille mètres de longueur. Pour défendre son entrée contre les sables que les vagues y apportaient, et le tenir toujours libre, on avait amené dans le port une dérivation de l’Argens, dont le volume était suffisant pour entraîner les dépôts et tenir l’embouchure constamment libre. Dès que cette dérivation cessa d’être entretenue, le chenal se combla, le port ne communiqua plus avec la mer et devint marais.

Bassin

« L'ancien bassin, actuellement comblé mais non envahi par des constructions[...] s'étendait au Sud-Est des pentes sur lesquelles la colonie était établie :

• dimensions mesurées par Aubenas :

565 m. de la Lanterne d'Auguste à la Butte Saint-Antoine.
500m. de la Bastide Mège au quai nord-ouest.

• surface : une vingtaine d'hectares enserrée par deux kilomètres de quais environ.    Il est difficile d'être plus précis car l'emplacement et le tracé exacts des quais    Nord-Ouest est mal connu.

• profondeur : les sondages effectués par M. Denizot, avant 1939, à travers les    couches d'alluvions qui ont ensablé le port, ont donné environ 2,50 m. En 1774, à    moitié comblé, le port avait encore 24 pieds de profondeur, mesure faite dans    l'étang, partie centrale de l'ancien port qui subsistait encore seule en eau.

Quais

Seuls sont bien identifiables les tracés des quais sud et d'une partie des quais orientaux :

• Dans sa portion sud, il est facile de suivre le quai de la Butte Saint-Antoine à la
Lanterne d'Auguste. Le chemin actuel qui conduit à la Lanterne est établi sur
le massif de béton qui supportait le quai. Ce dernier (L = 540 m. l = 4 m.) était protégé par un mur (H = 4 m. l = 1.2 m.) pourvu d'un chemin de ronde crénelé et    dont la base s'élargissait, vers l'extérieur, pour une meilleure assise. Ce quai sud    n'était pas rectiligne et, à 150 m. de la Lanterne, s'infléchissait vers le Nord en    arc de cercle.

• Dans leurs portions orientales, les quais ont pratiquement disparu de notre vue,    mais leurs débris ou leurs substructions restaient au XVIIIe siècle (Girardin) et    encore au XIXe siècle (Aubenas).

• Vers l'Est, un quai orienté Nord-Sud fermait le port, en ligne droite, depuis un    point indéterminé jusqu'à la Bastide Mège. Le quai nord formait un angle droit    avec le précédent et se poursuivait est-ouest, en ligne droite, sur 166 m. jusqu'à    l'entrée du port.

• Au Nord et au Nord-Ouest, entre la Butte Saint-Antoine et les abords de la    Plate-Forme, les quais - s'ils existaient- ont entièrement disparu depuis    longtemps,  détruits ou recouverts par les atterrissements du Moyen-Âge.

Les remparts de la colonie dominaient, à une distance variable, cette section des quais et nous ignorons l'emplacement de la ou des portes mettant en communication le port et la ville en ces lieux.

Entre les remparts et ces quais nord-ouest, deux surfaces plus étendues pouvaient, peut-être, former des aires de service (docks, entrepôts,ateliers de réparation navale) :

• Vers le sud-ouest, la première de ces deux surfaces a été occupée, à une date    indéterminée par des thermes.

• Plus au nord, la deuxième surface correspond au Clos Didier et au Paradis.
  On a retrouvé, à l'occasion de travaux dans le Paradis, du sable et des coquilles    à un niveau légèrement supérieur à celui de la mer. C'était donc une plage marine.    (qui pouvait servir de mouillage ?)

Aménagements

Dans le bassin, ou à proximité de celui-ci, nous connaissons quelques vestiges antiques impossibles à identifier. Sans aucune preuve, les historiens anciens de Fréjus ont proposé d'y retrouver les restes de bâtiments qui abritaient des services portuaires comme la douane ou la capitainerie du port :

• à la jonction du quai est et du quai nord, une petite bastide (Bastide Mège chez   Aubenas et Donnadieu) [ N'existe plus en 1999 - NDLR ] se dresse sur des   substructions antiques (une construction carrée de 8 m. de côté, émergeant d'un   mètre au-dessus du sol actuel et comportant, à l'intérieur, deux salles voûtées   parallèles auxquelles on accède par une porte cintrée).

• à l'est de la précédente, en bordure du quai nord, une autre bastide (Bastide   Méro) [ N'existe plus en 1999 - NDLR ] se dressait sur de larges massifs de   maçonnerie. En face, sur le quai sud, s'élèvent d'autres vastes massifs de   maçonnerie supportant la Lanterne d'Auguste. Le Docteur Donnadieu voulait-y   voir les restes d'une entrée fortifiée du port.

• au centre du bassin du port, les plans de Peiresc (1626) et de Vitozzi ( XVIe   siècle Archives de Turin) signalent des vestiges de construction [...]

Questions relatives au port de Forum Julii

Si l'on peut retrouver sans trop de difficultés et dans l'ensemble, le tracé des quais et la surface du bassin, d'autres problèmes, relatifs au port, restent obscurs.

• Premier problème : l'aménagement de ce port. L'irrégularité surprenante des    contours du bassin peut être l'indice d'une origine non entièrement artificielle du    port, par approfondissement d'un étang côtier plus ou moins marécageux.    D'ailleurs, à proximité immédiate de Fréjus, d'autres marécages ou bras de    fleuves sur la côte - côte moins colmatée qu'aujourd'hui - devaient pouvoir    accueillir également la navigation. Les débris d'un navire du Bas-Empire, trouvés    entre 1957 et 1961 sur les bords de l'étang de Villepey, montrent que ce dernier    servait de petit port ou de mouillage fréquenté : l'étang était alors un plan d'eau    de mer dans lequel se jetait l'Argens ou l'un de ses bras principaux.
   L'aménagement d'un marécage côtier en port de Forum Julii pourrait donner une    indication chronologique : le procédé rappelle celui qu'Agrippa utilisa au Portus    Julius près de Baies, peu avant 36 avJC.

• Autre problème : le port recevait-il, à l'époque romaine, l'eau de l'Argens par un    canal passant au nord de la Butte Saint-Antoine ? ou bien, ce canal a-t-il été    creusé au XVIe siècle seulement par Adam de Craponne ? La première hypothèse    semble peu probable car ce canal traverse des niveaux romains et, en particulier,    crève un égout.

• Dernier problème : un canal qui commençait à la Lanterne d'Auguste reliait le    port à la mer. Non seulement le quai nord de ce canal a disparu, mais le paysage    côtier a changé, depuis l'Antiquité, non par suite d'une modification du niveau de    la mer mais par l'effet d'atterrissements qui ont provoqué un recul de la côte    (300 m. environ d'après les dernières estimations). La communication du port avec    la mer reste donc une question mal précisée. » (1)

Le port et la flotte pendant l'Empire

Nous ne connaissons, de façon satisfaisant, ni l'organisation, ni les fonctions, ni le type des bâtiments, ni le personnel de la flotte mouillée dans le port. La durée même de l'existence de cette flotte est incertaine : des historiens la font disparaître dès 22 avJC lorsque la Narbonnaise devint province sénatoriale (ces provinces sénatoriales étaientdépourvues de forces militaires).

Voici quelques points de repère :

• Règne d'Auguste (27 avJC/14)

• Strabon qui écrit, au début du 1er siècle (vers 17), qualifie Forum Julii de « port    de César Auguste » [...]

• Tacite précise que les navires capturés à Actium (31 avJC) ont formé la flotte de    Forum Julii [...] Comme ce dernier texte décrit l'état des forces impériales, en 23,    au début du règne de Tibère, il permet de prolonger l'existence de la flotte,
   au-delà du règne d'Auguste.

• Au IIe siècle

On peut penser que la flotte existait encore au début du IIe siècle. En effet, c'est à cette époque (à partir de 98 ?) que Tacite écrit les «Histoires» dont nous avons cité deux passages. Or, l'auteur, qui connait bien Fréjus, n'apporte aucune nuance restrictive dans ses affirmations relatives à l'importance qu'il attribue au port de Forum Julii. C'est donc que ce dernier pouvait, encore, conserver toute sa vitalité.

Par la suite, tout indice de port ou de flotte disparaît, à l'exception de la mention de Forum Julii faite dans l'Itinéraire d'Antonin (Itinéraire maritime de Rome à Arles).

La Table de Peutinger et l'Anonyme de Ravenne mentionnent seulement le nom de la ville sans autre indication. » (2)

(1)- « FRÉJUS - Forum Iulii, une ville romaine » par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco
    à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1982) pages 43 à 45
(2)- Idem, pages 46 à 49


ICONE : Origine inconnue