L'histoire de FORUM JULII

Le site

« La colonie de Forum Julii  fut établie à l'extrémité d'une longue butte de grès qui prolonge l'Estérel vers le sud-ouest [...].

L'irrégularité des contours de la butte ainsi que les accidents topographiques de la surface de cette dernière( culminant à 36 m.) ont imposé des contraintes aux constructeurs : sinuosités dans le tracé de l'enceinte, aménagement des pentes et des différences de niveaux à l'intérieur de l'espace urbanisé. Ces servitudes n'ont pas disparu dans la ville actuelle.

• Vers le nord, la butte domine par une pente assez raide de la vallée du Reyran (1 km. de large en moyenne) canalisé après la catastrophe du barrage de Malpasset en 1959. Ce torrent présentait naguère des dangers par ses inondations et par sa vitesse.

• Vers l'ouest, la butte plonge doucement vers la plaine où confluaient le Reyran et l'Argens et dont l'altitude se situe entre 2 et 5 m. Cette plaine sépare Fréjus du rebord des Maures, l'Argens y serpente avec une pente très faible, avant son embouchure. C'était une zone humide et marécageuse.

• Vers le sud, le grès de la butte [...] domine de quelques mètres, une plaine très basse (4 m. à la Poste, 2 m à la plage).

Depuis l'antiquité, le paysage a, ici, changé notablement : le rivage se trouvait alors plus proche de 200 à 300 m. et des étangs séparaient le site deFréjus de la mer. C'est dans l'un de ces étangs que le port de Forum Julii  dut être aménagé [...].On peut souligner trois avantages de cette butte gréseuse : l'espace ne manque pas, l'eau se trouve assez facilement par des puits, ressource précieuse avant l'achèvement de l'aqueduc, la hauteur de ce site le mettait, enfin, à l'abri des inondations et de l'humidité de la plaine et facilitait relativement le défense.

La permanence de l'habitat - permanence remarquable, qui empêche d'ailleurs les fouilles dans la plupart des quartiers intra-muros habités à l'époque romaine - atteste la valeur du site choisi par les Romains.

Situation

Les avantages naturels du site permirent à la ville de tirer profit d'une situation géographique extrêmement favorable. Au débouché de la vallée de l'Argens, entre le massif des Maures et l'Estérel, à faible distance de la mer, la ville put développer un rôle de carrefour régional.

Fréjus a bénéficié, d'abord, de la proximité de l'Estérel. Durant les siècles de roulage et de portage, la traversée du massif constituait une étape rude et dangereuse. Au pied occidental de l'obstacle, Fréjus offrait la possibilité d'un repos et d'un relais succédant ou préparant aux fatigues de la route.

La proximité de la mer Méditerranée permit la création à Fréjus d'un port accueillant des navires de faible tonnage, flottes de guerre mais aussi bateaux de commerce. L'avantage de ce trafic maritime ne faiblit pas lorsqu'aux siècles du Haut Moyen-Âge, l'insécurité et l'isolement de l'intérieur valorisèrent les ressources côtières (sel, pêche) et le cabotage.

Enfin, un grand nœud routier pouvait s'établir près de Fréjus et assurer la conjonction de la mer et d'un arrière-pays vaste et contrasté. En premier lieu, d'est en ouest, l'axe majeur qui joint l'Italie au Rhône et à l'Espagne, débouche de l'Estérel, emprunte la basse vallée de l'Argens, remonte cette dernière et la relie à la vallée de l'Arc et à Aix-en-Provence. Sur cette direction est-ouest, viennent se greffer, près de Fréjus, les routes qui, vers le sud, joignent la côte des Maures. Du nord, le trafic s'enrichit par l'intermédiaire des affluents de l'Argens qui offrent des accès faciles à l'itinéraire reliant Sisteron, Riez, Castellane et Grasse. Par là, on arrive à la grande et antique route de la Durance et du col du Mont-Genèvre.

Un port sur une mer fréquentée et un arrière-pays sillonné d'artères vivantes donnent à Fréjus un rôle de carrefour et de marché régional qui fut la plus permanente des fonctions de la ville au cours de son histoire.

Deux circonstances historiques ont dû, particulièrement, inciter les Romains à tirer parti du site et de la situation de Fréjus :

Tout d'abord, le territoire de Forum Julii échappait à l'emprise des Massaliotes. De Saint-Tropez(Athenopolis ?) à Antibes (Antipolis) un grand vide interrompt la successions des comptoirs Massaliotes. En s'établissant dans ce «créneau» côtier, les Romains se donnaient la possibilité d'un accès direct et rapide vers la vallée de la Durance et, au-delà, vers les Alpes, le Rhône et l'Italie. Alors que les Massaliotes étaient installés au débouché des autres grandes vallées de passage avec Massalia même pour l'axe du Rhône à l'ouest et avec Nice pour les vallées du Var et du Paillon à l'est.

Ensuite, Forum Julii offrait une base de surveillance bien placée, tout près de la zone côtière peu sûre tenue par les tribus ligures. » (1)

 

Forum Julii pendant l'Empire romain

« Il est impossible de tracer un tableau complet de la vie de la colonie et de ses habitants pendant les cinq siècles de l'Empire romain.

La province

Pendant le Haut-Empire (1er et IIe siècles de notre ère), à travers quelques sources littéraires et l'épigraphie, nous saisissons un peu mieux la vie de Forum Julii. La colonie est alors le chef-lieu d'une des cités de la Narbonnaise, nom nouveau de la «Provincia » qu'en 22 avant J.C., Auguste avait remis au Sénat. Un personnage d'ordre sénatorial, ancien prêteur désigné par le Sénat, administre pour un an, avec le titre de Proconsul. Comme il n'avait pas d'attributions militaires, nous ignorons les rapports qu'il entretenait avec l'officier commandant la flotte de Forum Julii : celle-ci constituait une des rares forces militaires des Gaules, avec le détachement des cohortes urbaines de Lyon et les cohortes de Ligures et de marins de Cimiez. Ces proconsuls devaient être, parfois, de passage à Forum Julii, au cours de leurs tournées d'inspection ou de justice à travers la province ; peut-être étaient-ils, alors, hébergés dans l'une des résidences officielles de la Butte Saint-Antoine ou de la Plate-Forme ? [...]

Nous ne connaissons pas les répercussions que les grands événements politiques et militaires du Haut-Empire ont pu avoir sur Forum julii, à l'exception de ceux de la guerre civile (68-70). À l'occasion de ces derniers, le récit de Tacite montre, qu'à cette époque, la colonie et son port conservaient un rôle militaire de poids, à la jonction de l'Italie et des Gaules [...]

Le cadre provincial se transforma avec le nouveau découpage territorial de Dioclétien. Au début du IVe siècle. Forum Julii est une des cités de la Narbonnaise Seconde, l'une des sept provinces constituant le diocèse de Viennoise. Par la suite, nous le savons, vers 355, la province de Viennoise absorbe la Narbonnaise Seconde mais, dès avant 381, la Narbonnaise Seconde réapparaît. Cette situation : une province Viennoise, une Narbonnaise Première (à l'ouest du Rhône) et une Narbonnaise Seconde se prolong encore, au début du Ve siècle.

Le territoire de la cité de Forum Julii

La colonie de Forum Julii exerçait des responsabilités administratives sur un vaste territoire dont nous connaissons très mal et de façon indirecte certaines limites.

Vers l'ouest, Cabasse (Matavo) devait en faire partie [...]
Vers l'est, la Siagne limitait sans doute les cités d'Antibes et de Fréjus : c'était la limite de deux diocèses du Moyen-Âge et la borne que le comte Guillaume fixait à l'évêque Riculphe en 990.
Vers le nord, la région de Fayence pourrait avoir fait partie de la cité ;la source de la Siagnole à Mons alimentait Forum Julii. [...]

Ainsi délimitée approximativement, la cité ne correspondait pas au territoire d'un seul peuple indigène, mais résultait du regroupement de plusieurs d'entre eux.

La ville

Par les droits de ses habitants et par ses institutions municipales, la colonie de Forum Julii  était l'image d'une petite Rome. Colonie de droit romain, Forum Julii  vit ses premiers habitants, les vétérans de la VIIIe Légion, citoyens romains de plein droit, c'est à dire possesseurs de droits civils (droit de mariage, droit de commerce, droit d'ester en justice, droit d'héritage et de transmission) et des droits publics (droit de vote et d'éligibilité dans la cité mais aussi à Rome) [...]

Par delà les carrières accomplies au sein de la cité, l'élite de leurs notables put donc envisager, très vite, d'accéder aux plus hautes carrières impériales et aussi d'entrer au Sénat romain. Nous connaissons bien l'exemple d'Agricola dont le gendre Tacite a tracé la biographie [...] D'autres carrières plus modestes apparaissent dans les rouages des institutions municipales qui, à Forum Julii, ne présentaient aucune originalité.

La Curie, une sorte de petit Sénat, détenait la véritable souveraineté dans la cité. Responsables des affaires publiques, ses membres, les décurions, formaient le premier ordre municipal. La Curie désignait des duumvirs chargés d'exécuter ses ordres [...]

Les magistratures inférieures - questeurs, chargés du trésor municipal, édiles chargés des questions techniques et des travaux publics et de l'entretien de la ville - n'apparaissaient pas dans nos documents. L'autonomie municipale n'était pas complète : Curie et magistrats devaient composer avec le pouvoir impérial et ses représentants.

Pour défendre leurs droits auprès des services impériaux et des tribunaux, les cités avaient recours à des « patrons », personnages haut placés et bien en cour, désignés par le Sénat municipal qui espérait protection et services au bénéfice de la cité [...]

Depuis la fin du 1er siècle, les empereurs désignaient des curateurs qui contrôlaient les biens et les finances, souvent obérées, des villes. L'existence d'un curateur signifie-t-elle l'incompétence ou la malhonnêteté dans la gestion municipale ? [...]

À la description des institutions municipales, on peut joindre celle du culte impérial. À Forum Julii, nous connaissons quelques exemples de sévirs augustaux. Choisis, chaque année, par les décurions, ces six personnages -des citoyens riches ou même des étrangers et des affranchis - rendaient, au nom de la population, un culte public au numen d'Auguste. Sortis de charge,ils s'agrégeaient à l'ordre des Augustales, second ordre municipal, après l'ordre des décurions et avant celui des collegiati (gens de métier). À ceux qui n'avaient ni l'ingénuité ni l'honorabilité indispensables pour exercer les fonctions municipales, le sévirat offrait une activité publique mettant leur richesse et leur loyalisme au service de la cité et du monarque.

 

La religion à Forum Julii

Nous ne connaissons pas les lieux de culte. Le Docteur Donnadieu a proposé, sans aucune certitude, de situer le capitole sur l'emplacement de l'ancien hôpital. En effet, les travaux de construction de ce dernier (1825) avaient ramené au jour des vestiges semblant appartenir à un temple : morceaux d'entablement, architrave; débris de chapiteaux et de colonnes [...] Pour le moment, l'épigraphie et la statuaire ne nous laissent pas apercevoir de divinités et de cultes indigènes, mais seulement des dieux et des cultes importés :

• le culte impérial
• des cultes orientaux : Cybèle, Isis
• des divinités du panthéon gréco-romain : Jupiter, Apollon, Hercule, Minerve, Hermès... [...]

 

Quelques aspects de la vie économique

La population

Les historiens anciens ont eu tendance à surestimer le nombre des habitants de la colonie, proposant jusqu'à 20 000 et même 30 000 habitants. Ils fondaient leurs hypothèses sur le nombre de places de l'amphithéâtre : 10 000 environ. Les estimations actuelles se situent très en retrait, plutôt au niveau de 5 000 à 6 000, en considérant que la densité par hectare des villes romaines dépasse rarement 150 [...].

L'exploitation agricole de la terre

Elle apparaît sous deux formes :

•la centuriation, dont la photographie aérienne a retrouvé quelques axes orthogonaux dans la plaine entre L'Argens et Fréjus. L'orientation de ces axes ne correspond pas à celle des grands axes de la ville [...]
• les villae, dont d'assez nombreux vestiges sont connus : Villepey, la Gaillarde, Saint-Raphaël, Roussiveau, Saint-Lambert, Sainte-Brigitte, les Escaravatiers.
Parmi les productions, on peut, sans risquer d'erreur, placer au premier rang le blé dont le riche terroir de Fréjus fut gros producteur du Moyen-Âge au XXe siècle. Peut-être, comme au Moyen-Âge, le port antique faisait-il commerce de cette denrée [...].

L'exploitation minière et industrielle du sol
et du sous-sol

Elle formait une autre activité de Forum Julii . Beaucoup de matériels de construction furent extraits sur place ou à proximité. Si les carrières de grès rouge sont difficiles à étudier, car elles ont subi une réutilisation ultérieure, on peut encore voir les carrières romaines de grès vert (à la Baume, sur la route de Bagnols), et de porphyre bleu (aux Caous et à Boulouris). Immédiatement à l'est des remparts de Forum Julii, un important gisement d'argile fut exploité jusqu'à une époque récente dans le quartier de Bellevue. Il a favorisé le développement d'ateliers de potiers dont l'existence connue permet de dessiner une sorte de quartier artisanal aux abords orientaux de la ville.

L'exploitation de la mer

Elle a constitué une activité durable de Fréjus attestée depuis l'époque romaine jusq'au Moyen-Âge.[...]. Pline l'ancien cite la fabrication de salaisons, plus précisément à Forum Julii [...]

Les archéologues pensent avoir retrouvé les vestiges de cette industrie à Fréjus même : des traces de bassin (à macération ?) à la Butte Saint-Antoine, sous les niveaux augustéens, et au Clos de la tour avec les bassins situés au nord et au sud et l'ilôt 1. Le Docteur Donnadieu avait émis la même hypothèse pour la villa de Villepey, près de Saint-Aygulf, dont les installations d'adduction d'eau et d'écoulement lui paraissaient remarquables. Il avait aussi retrouvé un vivier à poissons dans une petite crique aux Issambres ( pointe de le Tourtelle, à environ 1,5 km. de la Gaillarde).

L'existence du port et le passage d'une grande route se conjuguaient pour rendre faciles, à Forum Julii , le transport et les échanges. Sans aucun doute, les ressources de certaines parties de la population provenaient du commerce, et une activité commerciale s'ajoutait à la fonction militaire du port. Une telle activité créa des liens - par les affaires et les voyages avec les autres cités de la Narbonnaise et même plus loin encore [...] » (2)

(1) - « FRÉJUS - Forum Iulii, une ville romaine » par Louis ROBION,
          professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1982) pages 30 à 32
(2) ouvrage cité, pages 89 à 97


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