L'Exèdre

« À l'ouest de la Butte Saint-Antoine, hors les remparts, est conservée dans l'espace vert d'une résidence privée (rue Jean-Carrara) une exèdre de plan carré d'époque antique,faisant partie d'un ensemble plus important fouillé en urgence au début des années 1980.

Le site du Clos Saint-Antoine (du nom de l'ancien lotisssement prévu à cet emplacement) constituait un ensemble complexe composé de plusieurs édifices de nature différente, couvrant une période allant du début de notre ère jusqu'à l'Antiquité tardive. Par leur imbrication et leur superposition, les plans de ces divers états ont donné des indications importantes sur l'évolution du cadastre extra-muros de Fréjus.

De l'époque augustéenne a été reconnu, bordant une voie (où un égout couvert de dalles plates a été mis au jour), un long mur, complété par une série de salles rectangulaires s'ouvrant au sud, s'inscrivant dans le cadastre primitif de la cité (orienté nord-nord-est/sud-sud-ouest et perpendiculairement).

Vers le milieu du 1er siècle, l'une de ces pièces a été remaniée avec l'ajout à l'ouest d'une première exèdre dont les murs étaient alignés sur le réseau cadastral daté du 1er siècle apJC (nord-est/sud-est et perpendiculairement). L'exèdre a été ensuite rasée et remplacée par une nouvelle, un peu plus vaste, décalée de 2 m vers le sud, revêtue de marbre, s'inscrivant en hors-d'oeuvre dans un enclos pentagonal.

Dans cet enclos a été bâtie une petite construction en forme de U, adossée à la voie. Cet édicule muni de banquettes évoquait par son agencement et sa décoration un triclinum destiné à des banquets commémoratifs funéraires, interprétation avancée lors des fouilles.

À la fin du 1er siècle, un établissement thermal succédait à cet enclos, reprenant le plan irrégulier des constructions précédentes. Ces thermes ont été agrandis, puis occupés jusque vers la fin du IIIe siècle. Aux IVe et Ve siècles, huit tombes en caissons de tuiles ont été installées sur le site abandonné, marquant sa dernière occupation elles seraient a rattacher à la nécropole occidentale de la ville.[...] » (1)

L'exèdre sauvée des eaux

« Monument unique en Gaule, l'exèdre (cella memoriae ) du Clos Saint-Antoine devait être sauvée à tout prix. Il s'est avéré impossible, sauf investissement hors de proportion, de la conserver in situ  à cause de l'encaissement des niveaux antiques (invisibles de la rue et difficilement accessibles), et surtout à cause du niveau élevé de la nappe phréatique qui noie toutes les élévations neuf mois sur douze. Il fut donc décidé de la déplacer d'une vingtaine de mètres au nord, au niveau actuel de circulation en bordure de la rue, sur une parcelle de 230 m2 cédée à cette intention par les promoteurs.

Le parti pris fut d'abord de lui conserver son orientation originelle (face au sud-est), ensuite, de ne modifier d'aucune manière l'ouvrage architectural en replacant chaque moellon à sa place d'origine. Seuls le cœur de l'édifice et les joints ou enduits seraient repris avec de nombreux matériaux, (chaux grasse et brique pilée à la main) suivant la technique traditionnelle.

L'opération a été rendue possible par le bon état de conservation du petit appareil régulier, et la mise à disposition, par la ville de Fréjus, des ouvriers qualifiés indispensables à la réussite de l'entreprise. La D.A.H. de Côte d'Azur a, quant à elle, délégué M. J.-Cl. Bessac, maître-artisan tailleur de pierres, pour les directives techniques et le contrôle d'exécution.

Après trois mois de travail intensif et compliqué, et grâce au talent des ouvriers appliqués à cette tâche (MM. Krempp et Fornarino), l'opération était parfaitement réussie.» (2)

(1)- Texte d'Isabelle BÉRAUD dans "Fréjus antique" - Guides archéologiques de France par C.Gébara,I. Béraud et L. Rivet (P. 75 et 76)
(2)- Auteur et photographes inconnus (dans "Histoire et archéologie" n°57 - octobre 1981

ICONE : Cl. J. HOUBEN