L'enceinte romaine

« Forum Julii  n'était pas une ville ouverte et Fréjus conserve non seulement des pans entiers des murailles du Haut-Empire, mais encore certains éléments défensifs et décoratifs (tours, portes). Or, la fortification des villes était un phénomène rare dans la Gaule du Haut-Empire romain : 18 cas sont connus, au maximum, avant 250 (dont 9, en Narbonnaise il est vrai). De plus, les enceintes du Haut-Empire des autres villes fortifiées ont pratiquement disparu, au point que leur tracé, sinon toujours leur existence, fait problème. Les vestiges de Forum Julii  présentent donc un intérêt doublement exceptionnel.

Caractères de l'enceinte.

L'enceinte se développe sur 3.700 m et renferme environ 35 ha. Un double souci peut expliquer l'ampleur de ces dimensions :

• Une préoccupation de défense tout d'abord, bien compréhensible dans les circonstances troublées qui entouraient encore la fondation coloniale. L'illusion de la paix ne reposait pas encore sur le système des « limes », concentrant aux frontières menacées de l'Empire les hommes et les ouvrages nécessaires à la protection des provinces. Et comme il ne fallait exclure de l'enceinte aucun accident de terrain favorable aux attaquants (butte, rebord de plateau, versant de vallon), le développement des murs pouvait dépasser les stricts besoins de la vie urbaine. En fait, ce rôle militaire n'explique pas tout.

D'abord, on peut douter de la résistance même des ouvrages : les 2 m 50 d'épaisseur des murs aux fondations parfois incertaines, le 1 m 20 d'épaisseur des murs des tours creuses auraient-ils longtemps résisté aux machines de guerre ? De plus, la construction de l'aqueduc (au cours du 1er siècle ?) ruina les possibilités défensives du rempart dont le chemin de ronde dut supporter la conduite d'eau.

• C'est donc aussi dans une préoccupation politique qu'il faut rechercher l'explication de la longueur de la muraille. Le droit de fortification constituait un privilège : il signifiait que la ville n'était pas née d'une agglomération de hasard mais d'une fondation selon les règles. Le rempart était un signe : orgueil pour la cité de faire partie de l'État romain, mais orgueil aussi d'être par les murs, l'image et l'égale de Rome, et donc de conserver une certaine autonomie. Les colonies en étaient pourvues et l'étendue des remparts manifestait ainsi, par l'ampleur de l'emprise au sol, le prestige de la ville et sa force. La rançon de ces amples dimensions se trouve dans l'irrégularité du tracé des remparts : pour ceinturer une aussi vaste surface de terrain, il fallait se résoudre à englober des inégalités topographiques et les sinuosités des contours de la butte que l'on couronnait de murs. Aucune symétrie, donc, pas plus que dans les enceintes des autres colonies de la Narbonnaise.

Ces remparts de Forum Julii  donnent une bonne image des enceintes romaines du Haut-Empire. Les fondations sont absentes lorsque la proximité du rocher offre un soutient direct. Ce n'est pas toujours le cas, comme on le voit à l'est de la Plate-Forme. Les murailles (épaisseur des murs = 2,50 m. environ) étaient constituées d'un blocage de pierres non taillées, liées par un abondant mortier, et parementées sur les faces visibles, d'un petit appareil. L'examen des parements révèle des différences dans l'exécution et les matériaux. Elles résultent soit du travail de plusieurs ateliers d'ouvriers aux méthodes dissemblables, soit des délais de construction entraînant une évolution dans la façon de faire. Il faut ajouter la part des réparations échelonnées sur toute la durée de l'Empire.


Le tracé de l'enceinte

Dans sa section est, le tracé de l'enceinte se suit fort bien, sur une ligne droite, depuis la Plate-Forme jusqu'à l'angle nord-est : un talus planté de grands chênes et d'importants vestiges le soulignent. Divisons en deux portions par rapport à la Porte de Rome, située approximativement près de la N. 7. Dans la portion sud, la partie de l'enceinte qui soutenait, sur 80 m. de longueur, les terres de la Plate-Forme est encore bien visible. Elle est renforcée de deux tours, distantes de 52 m. entre axes, qui ouvraient sur la ville par une poterne (diamètre intérieur = 6,80 m. épaisseur des murs = 1,12 m.). Les travaux de remblaiement de la Plate-Forme obstruèrent la plus méridionale des deux. La muraille (épaisseur des murs = 2,35 m.) est d'une construction soignée, mais le petit appareil n'y atteint pas sa parfaite régularité. La poussée des terres a endommagé la construction située au sommet d'un versant de vallon et peut-être non fondée, en cet endroit, sur le rocher. Dans sa portion nord, l'enceinte présente un double intérêt. D'une part, c'est sur cette portion de murs qu'était établi l'aqueduc dont la jonction avec l'enceinte s'était effectuée à la tour nord de la Porte de Rome. D'autre part, subsistent des pans entiers de murailles jusqu'à leur sommet [...]

À partir de la Porte de Rome, la conduite de l'aqueduc est établie sur le sommet du rempart. Or, le rempart primitif suivait les mouvements de terrain et son sommet ne présentait pas une hauteur uniforme. Pour assurer la régularité de l'écoulement de l'eau, il a donc fallu, soit exhausser le rempart par endroits, soit diminuer sa hauteur dans d'autres sections [...]

Après un coude brutal, la muraille s'oriente vers le sud-ouest et, dans cette nouvelle section nord/nord-ouest, abandonne la ligne droite. À l'exception d'une courte portion qui coupe l'angle nord-est pour des raisons de niveau, l'aqueduc surmonte toujours l'enceinte jusqu'à la porte de l'Agachon ; il alimentait, alors, le château d'eau situé, vraisemblablement, sur la butte du moulin à vent (alt. 33,70m.).

Après la porte de L'Agachon et jusqu'à l'amphithéâtre, le tracé devient très douteux : tout a disparu et rien ne figure sur les dessins anciens. On peut supposer que la muraille couronnait les points hauts du plateau dominant la vallée du Reyran. L'amphithéâtre demeurait à l'extérieur de l'enceinte dont on retrouve les traces (avec deux tours d'angle) sur la butte qui domine le monument vers l'est [...]

Dans la section sud-ouest, de l'amphithéâtre à la Butte Saint-Antoine, la construction du chemin de fer a fait disparaître d'importants vestiges. Subsistent, encore, sur un tracé compliqué de nombreuses irrégularités :

• la Porte des Gaules,
• des traces dans les caves des maisons.

Dans cette section, une porte dite « Paticière », maintenant détruite, fut ouverte dans une tour, à une date indéterminée.

De la Butte Saint-Antoine à la Plate-Forme, le relais était établi par des murs qui avaient, aussi, une fonction de soutènement. Nous ne connaissons pas l'emplacement de la porte cardine. Sur le tracé très irrégulier qui suit les rebords de la butte, on peut voir encore quelques vestiges :

• au sud de la rue Reynaude, sur le bord est du « Clos Didier »,
• au fond du terrain, maintenant loti, appelé « le Paradis ».

Par contre, derrière la Villa Marie, les murs, hauts de 8 m. et consolidés par des contreforts en éperons qui soutenaient les remblais de la Plate-Forme, ne sont pas des portions de remparts. On ne peut restituer ces derniers, en ce point. » (1)

(1) - « FRÉJUS - Forum Iulii, une ville romaine » par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var. (C.R.D.P. de Nice année 1982) pages 50 à 54
ICONE : Cl. J. HOUBEN