Matériaux employés par les Romains à Fréjus

Matériaux de construction

« Quoique les anciens historiens ne nous aient conservé aucun vestige du nom de Fréjus antérieurement à la domination romaine de la Provence, il est difficile de na pas admettre que la fondation de cette ville remonte au delà de l'invasion de César. Si le témoignage de Tacite n'était pas suffisant pour appuyer cette opinion, l'étude seule du pays ne saurait manquer de la faire naître. Si les Romains n'eussent pas trouvé, en cet endroit, un établissement déja formé par les Marseillais, on se demande en vain quel motif aurait pu les décider à choisir ce lieu pour y établir le principal port de toutes les Gaules, surtout quand on accepte l'opinion commune qu'il a été entièrement creusé de mains d'hommes.

Fréjus, située sur le penchant d'une colline qui s'étend de l'est à l'ouest en suivant le rivage de la mer, se trouve privée des matériaux les plus nécessaires à la construction. Son territoire, entouré d'une chaîne de montagnes primitives, ne fournit aucune source un peu abondante. Vers le midi, il est borné par le fleuve Argent, dont les débordements désolent les environs sans que la ville puisse en retirer aucun bienfait. La colline sur laquelle Fréjus est bâtie est un terrain volcanique, stratifié par le grès rouge. Ces roches n'ont pu fournir aucune pierre d'appareil pour la construction de la ville. On a été obligé de tirer de fort loin les pierres de taille nécessaires pour quelques édifices. Tous ceux qui subsistent encore sont construits en moellons smillés et en béton.

Les grès.

Les remparts de la ville sont bâtis avec des matériaux pris sur les lieux et aux environs. On y remarque le grès rouge, extrait des roches sur lesquelles la ville est élevée. [...] Cette qualité de pierre est tellement attaquable par la gelée, que, dans bien des endroits, le moellon a disparu et le mortier forme des espèces de cellules. L'amphithéâtres est construit avec la variété verte, extraite du pied des montagnes de Bagnols. Ce grès est beaucoup plus dur que le précédent. [...]

Le porphyre rouge.

Il est extrait des montagnes de l'Esterelle et de Bagnols. Toute la chaîne du Vinaigre qui entoure le territoire de Fréjus est composée, presque en entier, de cette roche[...] Il ressemble beaucoup au porphyre de Suède, mais en général, il se trouve coupé en tous sens et comme délité, ce qui empêche d'en extraire des morceaux d'un volume un peu considérable. Les Romains l'ont toujours employé en moellon smillé dans la construction des aqueducs et du port.

L'argylophyre ou porphyre décomposé.

Il se trouve en général sous les coulées de laves qui cernent la base des montagnes de la Basse-Violette et qui s'étendent jusqu'à Fréjus. Cette roche est employée en petite quantité.

Les laves

Ces roches, très abondantes dans le territoire de Fréjus, sont celles qui offrent le plus de variétés. Tout le revers nord de la colline sur laquelle la ville est bâtie présente des traces nombreuses d'exploitations de laves, tant anciennes que modernes. Dans cet endroit, la lave offre un aspect spongieux, qui l'a fait rechercher par les Romains pour la composition de leurs bétons. Le grand môle du port, qui a 9 m. d'épaisseur et 6,40 m. de longueur, est entièrement formé d'un béton composé de débris de laves et de grès rouges [...]

Le revers de la colline de Fréjus est baigné par le cours du Rayran, gros torrent qui coule du nord au sud, et qui va se jeter dans l'Argent un peu au-dessus de son embouchure.[...] Le Rayran traverse dans son cours les terrains les plus variés, les calcaires de Maraus, les gneiss et les granits d'Escole, les terrains houilliers de la vallée de l'Esquine et les porphyres du Gargalon, qui viennent rouler jusqu'à Fréjus. Les paysans recueillent avec soin les pierres calcaires qui se trouvent dans son lit : c'est un des moyens de se procurer de la chaux à Fréjus. [...]

Le sable du Rayran est fort estimé pour les mortiers, les Romains le préféraient à celui de l'Argent pour la confection de leur béton. Ce sable, formé par les débris de roches très dures, est préférable, en effet, au sable boueux de l'Argent. [...]

C'est ainsi que les Romains durent tirer parti des mauvais matériaux qui les entouraient pour construire leurs monuments. Mais il manquait une chose de première nécessité : la chaux ne se trouve nulle part aux environs de Fréjus. On est conduit à croire qu'ils la tiraient des montagnes de Fayence et qu'elle arrivait à Fréjus par l'embranchement de la voie romaine passant à Auriasque car il est certain qu'ils ne la faisait pas venir du pays de Draguignan qui la fournit aujourd'hui. En effet, on remarque dans leurs bétons des morceaux de calcaire qui ont échappé à la cuisson, et cette roche ne se retrouve qu'aux environs de Grasse et de Fayence : c'est une pierre blanche, compacte, qui produisait une chaux grasse, mais de bonne qualité. [...]

Les matériaux propres à la confection du mortier étaient déposés dans de grandes fosses carrées construites en maçonnerie. On en a retrouvé plusieurs : les unes contenaient de la chaux qui n'avait pas perdu toutes ses qualités, et les autres du tuileau pilé.

Les terres cuites ont suppléé, en grande partie, à la disette de matériaux. Cependant, on ne retrouve aucun édifice qui en soit entièrement construit. On remarque un beau lit d'argile au pied de la citadelle de l'est. Il est probable que les anciens en ont extrait de ce lieu. [...]

Nous avons déja fait remarquer que c'est à la rareté des pierres de taille que l'on doit la démolition des monuments de Fréjus. Les gradins de l'amphithéâtre ont été enlevés, en l'an 980, pour construire les tours de la cathédrale, sous l'épiscopat de Riculphe. Une de ces tours, démolie dernièrement, a permis de reconnaître un grand nombre de pierres qui avaient été employées par les Romains. C'est aussi au même motif que l'on doit attribuer la disette d'inscriptions et, par conséquent, de documents certains pour l'histoire de Forum Julii. [...]

 

Matériaux employés pour la grande décoration

Roches étrangères au pays.

Le marbre de Carrare

La plupart des monuments subsistants, comme il a été dit, ont été construits en petit moellons, mais ils portaient des revêtements plus ou moins riches, qui cachaient aux yeux ces matériaux de peu de valeur. Le marbre de Carrare était le plus communément employé pour cet objet. [...]
Le marbre gris veiné a également été employé dans la décoration des édifices. [...]

Brèche

Les fûts de colonnes trouvés dans les fouilles de l'hospice sont de belle brèche verte africaine, tachée de rouge et de blanc. On sait que la dureté de cette roche égale sa beauté. [...]

Roches du pays

Le grès.

Le grès a été employé pour des fûts de colonnes et des entablements. [...]

La pierre calcaire.

La rareté de la pierre calcaire dans ce pays, l'a fait mettre au nombre des matériaux propres à la décoration. [...]

Le marbre d'Empus.

Les carrières d'Empus, à l'ouest de Draguignan, qui sont encore exploitées aujourd'hui avec avantage, ont fourni des marbres aux anciens habitants de Fréjus, mais les débris que l'on en rencontre ne paraissent provenir que de dalles de revêtement. [...]

Les granits.

[...]Les granits ont été employés partout en dallage et en revêtement. On en voit des fragments qui n'ont pas plus de 2 centimètres. On ignore pour quels monuments ils ont servi. Dans la partie de la voie romaine située à l'est de Fréjus, on voit quelques pavés d'un granit verdâtre, dont les gisements n'ont pas été retrouvés; il est probable qu'il est tiré des montagnes de la Napoule ou des environs de Cannes.

Le porphyre

De tous les matériaux précieux, dont les Romains ont enrichi la ville de Fréjus, il n'en est point qui puisse soutenir la comparaison avec les porphyres bleus qui ont été employés dans plusieurs monuments. Sur le grand môle, et dans le môle du nord, on trouve, encore en place, d'énormes colonnes qui ont servi à amarrer les navires. Les traces de scellement de quatre anneaux de bronze témoignent que tel était leurprincipal usage. [...] » (1)

(1)- "Mémoires à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres de l'Institut national de France - Antiquités de France - Tome II : Mémoires sur la ville et le port de Fréjus" par Charles Texier. Paris 1849 (pages 246 à 262)
ICONE : Cl. J. HOUBEN

 

Toutes ces photos ont été prises lors d'une exposition organisée par le Service archéologique de Fréjus en 1988.

 

Les photos suivantes sont en attente de légende. Recherches en cours.

Quelques siècles plus tard, les bâtisseurs du Groupe épiscopal n'ont pas hésité à utiliser des pierres "romaines" (Cl. J. Houben)