La Butte Saint-Antoine

« À l'ouest du port se dressait une construction dont les vestiges sont encore considérables. Son nom vient de l'existence, connue depuis le XVe siècle, sur la surface de la « butte », d'une chapelle dont subsiste le porche.

À l'origine, sur cet emplacement, une butte de grès permiens prolongeait des roches identiques qui servaient d'assise à la colonie de Forum Julii. Ces couches, visibles du côté ouest (le long du boulevard de la Mer), pendent vers l'est et vers le sud et disparaissent, alors, sous des alluvions récentes. Sur les rebords de cette butte, les Romains édifièrent une ceinture de murs de soutènement élevés.

Un énorme remblaiement de terre et de sable permit, ensuite, d'aménager, en arrière des murs, un terre-plein dont la surface domine le port d'une dizaine de mètres. L'ensemble affecte la forme d'un polygone très allongé et constitué de six pans de murailles inégaux en longueur.

Les murs extérieurs

Le mur occidental [...] Ce mur a été bâti à même le rocher de grès rouge dont les couches apparaissent au-dessus du trottoir bordant le boulevard de la Mer. Il est intéressant par sa technique et par son appareil. Le soutènement des terres de la butte est obtenu par une série de niches semi-circulaires (diamètre = 3 m.) ouvertes vers l'ouest et formant contrefort. Vers l'extérieur (donc vers l'ouest), les extrémités des niches s'appuient sur un mur mince qui les dissimule comme un rideau [...]

Il est nécessaire d'opposer la facture de ce mur occidental à celle, très différente, du mur oriental de la butte. Ce dernier bordait le port sur 108 m. Nous n'en connaissons pas les fondations enfouies sous les alluvions. C'est un mur massif, fait d'une lourde maçonnerie qui s'amincit vers le sommet où subsiste une épaisseur de 2,90 m. Un chemin de ronde couronnait ce mur avec une largeur de 2,30 m, protégé vers l'extérieur d'un parapet de 0,60 m. peut-être surmonté de créneaux [...] Des constructions de la surface de la butte (forcément postérieures aux murs de soutènement) demeurent quelques parties visibles de murs.

Les autres murs extérieurs : vers le sud, les trois murs méridionaux s'adaptent, par trois pans inégaux, aux contours de la butte [...] Trois tours défendaient les angles sud et sud-est. La plus orientale (diamètre intérieur =7,20 m.) a reçu de Ch. Texier, - mais sans preuve - la fonction de phare. Au niveau du rez-de-chaussée,elle s'ouvrait sur quatre côtés

• vers les chemins de ronde au nord et au sud,
• vers la butte du côté ouest,
• vers le quai du port du côté est (par l'intermédiaire d'un escalier ? ou d'un plan incliné ?)

Vers le nord de la butte, l'incertitude pèse sur la reconstitution du mur septentrional d'une longueur de 84 m. Il est pratiquement impossible d'en retrouver l'allure première car la construction du chemin de fer a entraîné d'importants terrassements qui ont modifié complètement l'aspect du terrain. Il est donc difficile de comprendre comment s'effectuait l'accès à la butte et comment les murs de la butte se raccordaient aux remparts de la colonie.

On observe dans ces murs extérieurs de la Butte Saint-Antoine, plusieurs ouvertures leur enlevant toute valeur défensive :

• à la jonction sud du pan de mur sud-est et de la tour orientale : une ouverture bouchée dès l'Antiquité ;
• au milieu du pan entre les deux tours : une porte cintrée
• au sud du mur occidental : une large porte.

De plus, contre le mur nord, dans l'angle nord-ouest de la butte, ont été construites deux salles voûtées, à une date imprécise : IIe ou IIIe siècle (construction avec arases de briques).

 

Les constructions du terre-plein

Il s'agissait d'un ensemble considérable de bâtiments. La partie est, du côté du port n'était pas construite ; il y avait, peut-être, là, des jardins et de ce côté également, se trouvait l'accès aux bâtiments. La construction s'ordonnait autour d'une cour centrale entourée d'un promenoir ou d'un portique et bordée, du côté nord et est, par de nombreuses pièces à la destination inconnue. Il existait aussi des cours secondaires plus petites. Aucune amorce d'escalier ne permet de supposer l'existence d'un étage. Un réseau d'égouts voûtés se déversait vers l'ouest.

 

Les résultats acquis par les fouilles

Les fouilles entreprises en 1955 et reprises en 1974 ont donné quelques lumières sur la destination des bâtiments ainsi que sur la chronologie de l'occupation de la butte et de la construction.

Destination des bâtiments

L'ampleur et le soin de la construction évoquent un bâtiment officiel et P.A. Février propose - mais sans preuves - la résidence d'importants personnages, comme le préfet de la flotte ou le gouverneur de la province. Par contre, ces bâtiments n'ont ni un rôle défensif ni aucun autre rôle militaire. Il faut donc rejeter l'usage de termes comme «citadelle», «bastion» ou «redoute» employés par les historiens anciens de Fréjus.

Chronologie de la construction

Deux monnaies de bronze d'Antibes (44 - 42 av J.C.) fournissent un terminus post quem. Les séries très homogènes de céramique permettent de repousser la date de la construction aux dernières années du 1er siècle av J.C. ou autour de notre ère, sous Auguste.

Occupation de la butte

Les constructions augustéennes ne se sont pas élevées sur un site vierge. En effet, au-dessous des niveaux augustéens, sont apparus les vestiges d'une occupation plus ancienne, mais imprécisement datée (2e, moitié du 1er siècle av J.C.). Il s'agit d'installations à caractère utilitaire : four, fonds de bassins bétonnés (à garum ? les débris de poisson sont nombreux). Bien longtemps auparavant, une première occupation indigène avait laissé de la céramique dans les niveaux encore antérieurs ; elle daterait de la fin du bronze ou du premier âge du fer, mais se serait interrompue : une couche de sable recouvre ces niveaux indigènes. C'est, en tous cas, la première preuve d'une occupation préromaine du site de Fréjus» (1)

(1) -« FRÉJUS - Forum Iulii, une ville romaine » par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1982) pages 71 à 74
ICONE : Cl. J. HOUBEN