Le portail de la cathédrale

<< L'embrasure de la porte en arc brisé [...] a une faible profondeur de 0,50 m. Les parties en pierre sont presque entièrement refaites. La mouluration accentuée des voussures fait apparaître quatre arc brisés, superposés en ressaut. Les arêtes et les gorges de cette mouluration se poursuivent, sans décoration, le long de l'ébrasement jusqu'à une base prismatique qui repose sur un empattement de calcaire blanc [...]

Les deux vantaux de la porte offrent un jalon dans l'évolution du travail du bois en Provence, entre d'une part les portes de la cathédrale Saint-Sauveur d'Aix qui comptent encore beaucoup d'éléments gothiques et d'autre part les portes de Saint-Pierre d'Avignon imprégnées d'inspiration antique. La caractéristique de la porte de Fréjus réside dans le mélange d'une décoration Renaissance et d'une figuration très traditionnelle des scènes de la vie de la Vierge ou des saints [...]

Le sommet des vantaux rappelle un entablement à ressauts; une rosace marque chacun des ressauts; quant aux quatre renfoncements, ils portent un cartouche marqué de la clef du Chapitre et soutenu par deux dauphins affrontés (la clef vient du nom du village de Claviers, compris dans la prébende du prévôt du Chapitre depuis la donation de Hugues de Claviers avant 1179). Les décorations de la corniche et de l'architrave, comme celles de côtés et des plafonds des caissons, consistent en rais de coeur, feuilles d'eau et oves.

Dans chaque vantail, le montant extérieur est décoré d'un pilastre, légèrement incisé et orné d'une arabesque. Une superposition de grotesques, incisés à mi-bois, constitue le montant central. Le montant interne reste lisse.

Dans tous les caissons, on retrouve une abondante décoration caractéristique du goût du début de la Renaissance : enroulements de feuillages et de fruits, figures stylisées de dauphins ou d'oiseaux, putti, vases et candélabres variés. Seuls, quelques caissons ont, pour nous, une signification historiée explicite.

- Au bas, la première rangée des caissons est très abîmée par les intempéries. À l'extrême gauche, on voit une représentation de l'enfer, avec un chaudron sur des flammes et deux diablotins maintenant le couvercle sur les damnés.

- Dans la deuxième rangée, la décoration s'enrichit. Sur chaque vantail, deux belles têtes d'homme et de femme se font face. Vers l'extérieur, ces têtes sont encerclées par une riche couronne de triomphe; vers l'intérieur, par des cartouches circulaires, plus simples et décorés de rais de coeur. Nous ignorons l'identité de ces quatre personnages.

- La troisième rangée de caissons est moins énigmatique.

- Extérieur droit : une tête d'évêque dans une couronne; elle a été refaite.

- Extérieur gauche : une tête masculine barbue, dans une couronne.

- Au centre, deux scènes de la vie de la Vierge, dans une manière très traditionnelle.

- À droite : scène d'Annonciation, divisée en deux parties égales par la tige d'un grand lys à trois boutons, symbole de la triple pureté de la Vierge (avant, pendant et après l'enfantement).
La Vierge, tête nue et cheveux dénoués, prie, à genoux, et reçoit l'annonce, d'un ange agenouillé aussi; la colombe du Saint-Esprit survole la scène.

- À gauche : scène du Mariage, sur une composition triangulaire. De part et d'autre du grand prêtre, Joseph, déjà vieux et barbu, et Marie, fluette et jeune, se prennent la main. Au premier plan, les prétendants malheureux manifestent leur dépit et l'un d'eux brise son rameau d'amandier qui n'a pas fleuri.

- La plus haute rangée de caissons montre saint Paul, à droite, tenant le glaive, et saint Pierre, à gauche, tenant la clef.


Au centre deux scènes de la vie de la Vierge :

- À droite : une scène de Nativité. Sous un toit, Marie agenouillée est en adoration devant l'enfant nu, couché dans un pan du manteau de sa mère et réchauffé par le souffle d'un boeuf. Joseph se rend utile en éclairant la scène d'une chandelle. Plus bas, un ange, portant un philactère, annonce l'évènement à des bergers; dans la lumière aveuglante de l'ange, les bêtes s'affolent et les bergers protègent leurs yeux de leurs mains.

- À gauche : une scène de Couronnement. La Vierge, debout et immense, occupe presque tout le manteau. Des anges, dont certains sont musiciens, l'environnent; deux d'entre eux la couronnent.

La date inscrite sur le linteau situe approximativement la facture des vantaux de la porte : 1er avril 1530. Le décor du linteau est semblable à celui de la porte : un cuir central - actuellement martelé, il portait, peut-être, la clef du Chapitre - s'inscrit dans une couronne tenue par deux putti dont le bas du corps s'effile et donne naissance à des rinceaux.>> (1)

(1) - " FRÉJUS - V° -XX° siècle, Déclins et Renaissances " par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1987) pages53 à 55.

ICONE : photo J. Houben