Du milieu du XIIIe au début du XIVe siècle

<< Du milieu du XIIIe au début du XIVe siècle, une petite partie du grand vide de notre information vient d'être comblée par deux documents récemment retrouvés (1) ou exploités. Ils apportent quelques fragments de connaissance sur les institutions (presque exclusivement ecclésiastiques et seigneuriales) et quelques lueurs sur la vie urbaine.

- La transaction de novembre 1271 entre l'évêque Guillaume de la Font (1269-vers 1280) et le Chapitre conclue avec l'arbitrage de l'archévêque d'Aix, Vicedominus [...] Ce document, long et précis, est divisé en 64 articles correspondant chacun à un arbitrage ou à une déclaration de Vicedominius sur les questions qui opposaient l'évêque et le Chapitre.

- Une série incomplète des registres de justice des évêques de Fréjus (entre 1300 et 1370), saisis en vertu du droit de dépouilles des prélats décédés en Cour romaine, par les fonctionnaires fiscaux de la Chambre apostolique, pendant le séjour à Avignon de la Cour romaine [...] Au travers des enquêtes et des sentences, apparaissent, pour la première fois et avec une fraîcheur remarquable, des aspects concrets de la vie des habitants.

Pour lors, les évêques de Fréjus continuaient à fréquenter l'entourage des comtes de la première dynastie angevine et à servir d'auxiliaires précieux : tels Bertrand de Saint-Martin (1248-1264) ou Jacques Duèse (1300-1310). Ce dernier, riche d'une grande expérience administrative, conseiller de Charles II (1285-1308) et chancelier, fut transféré, après son épiscopat fréjusien, à l'évêché d'Avignon, puis élu pape sous le nom de Jean XXII (1316-1334). Nous saisissons mieux l'organisation du Chapitre, dont le rôle dut grandir avec la propension des évêques à l'éloignement. Aux quatre dignitaires connus depuis le début du XIIIe siècle - prévôt, archidiacre, sacristain, chantre - s'ajoutaient huit autres chanoines. Ce nombre total de douze fut arrêté par les statuts de 1235 [...]

Depuis 1180, le Chapitre disposait de la libre administration de ses églises [...] En 1253, intervint le partage des prébendes dans une charte approuvée par l'évêque Bertrand de Saint-Martin (21 février) et par l'archevêque d'Aix (28 juillet) [...] À cette époque, les chanoines résidaient encore à Fréjus [...] Par la transaction de 1271 [...] le Chapitre se vit attribuer douze maisons dont certaines présentaient des confronts. Deux de ces maisons étaient localisées in croso (= dans le "creux", c'est à dire dans le cimetière ?). Si cette interprétation est exacte, il pourrait s'agir du cimetière ancien (XIe siècle), situé au nord de la cathédrale, que les fouilles de 1979-1982 ont retrouvé. D'après le résultat de ces mêmes fouilles, il ne serait pas étonnant de voir ce cimetière et ses alentours construits, en 1271. Inversement, dans le cas du
cimetière situé au sud de la cathédrale (signalé dès 1225), la localisation de ces maisons serait beaucoup plus difficile à admettre. Cette indication de 1271 est, peut-être, la première trace de ce bourg canonial dont parle Espitalier [...] les chanoines y possédaient des maisons à habiter ou à louer. Ce bourg s'étendait
au nord de la cathédrale, mais aussi vers le nord-ouest de cet édifice (au delà de la rue de Fleury) et vers l'est (dans la rue de Beausset). Nous le connaissons mal, car ces maisons, exemptées d'impôt, n'apparaissent pas dans les cadastres anciens.

La transaction de 1271, indiquée ci-dessus, nous montre l'état de la seigneurie épiscopale qui se trouvait, pour lors, partagée entre l'évêque et le Chapitre. Ces derniers possédaient chacun une partie de la ville non délimitée par la transaction.

Le pouvoir de l'évêque avait donc des limites. En tant que seigneur, il devait reconnaître les droits du comte [...] À l'intérieur de sa seigneurie, il devait respecter les droits du Chapitre qui résultaient du partage de la seigneurie et de la propriété que le Chapitre avait sur certaines terres [...]

Pour lors (deuxième moitié du XIIIe - début du XIVe siècle), autour du groupe cathédral transformé et augmenté d'un palais épiscopal, une petite cité était établie dans des formes peut-être point trop éloignées du noyau médiéval que nous pouvons voir aujourd'hui." (2)

Il faut conserver, à ce développement urbain, bien réel, des dimensions modestes qui furent notablement dépassées seulement à la fin du XVe siècle et au XVIe siècle. Fréjus était une ville minuscule, aussi bien par ses dimensions (260 m. environ est-ouest; 170 m. environ nord-sud; 3,5 ha, soit 1/10 de la surface de la ville antique) que par sa population. La première précision est de 233 feux de queste, en 1316 [...] alors que Draguignan en comptait 500.

Mais il faut être très prudent et on ne peut se contenter de multiplier ce nombre de feux par cinq personnes (chiffre moyen généralement admis pour les feux urbains) en majorant d'un quart pour tenir compte des exemptions pour cause de privilège ou de
pauvreté. D'une part, les clercs et les chevaliers devaient être assez nombreux dans cette ville de seigneurie épiscopale. D'autre part, les pauvres pourraient bien avoir constitué une foule très supérieure à ce que l'on présume habituellement [...]

La transaction de 1271 permet de distinguer quelques unes des catégories sociales qui formaient l'oligarchie dirigeante, associée à la gestion de la seigneurie et du diocèse.

- Autour de l'évêque et des chanoines, des entourages (familia) de clercs, d'officiers, de parents et de serviteurs devaient avoir un statut protégé. Par exemple, la population récriminait contre les membres de l'entourage des chanoines qui n'avaient pas à payer les amendes prévues par le ban en cas de faute [...]

- Au château, des nobles (milites) à qui, peut-être, l'évêque avait confié, dans le passé, la défense de la cité, bénéficiaient de terres et de droits lucratifs : en 1271, ils recevaient la moitié des ventes du bois des terres communes [...] La mention "...dans la cité et au château [...]" incite aussi à imaginer la possibilité d'un droit différent pour ces nobles. Nous ignorons la localisation de ce château qu'il faut rechercher vers le sud-ouest de la ville, peut-être aux anciens thermes de Villeneuve. Ces chevaliers se trouvaient dans la seigneurie de l'évêque [...] À notre connaissance, il semble que l'on ne trouve plus mention de ce château après la fin du XVe siècle.

- Dans la ville, la transaction de 1271 montre des prud'hommes ou des prob'hommes (probi homines) à qui l'archévêque Vicedominius a demandé leur témoignage avant de rendre ses sentences d'arbitrage [...]

Il existait donc des habitudes d'organisation municipale antérieures à 1303. C'est à cette date seulement que nous connaissons l'existence d'une communauté d'habitants à Fréjus [...]

À cette occasion, et dans la chapelle Saint-André du palais épiscopal, l'évêque Jacques Duèse et le Chapitre passèrent une transaction avec la communauté de Fréjus représentée par trois syndics. L'évêque renonça à la gabelle du vin, c'est à dire au privilège de vendre son vin avant tous les autres, moyennant une
somme de 700 livres réforcats .

Très petite par ses dimensions, Fréjus était donc une ville par ses fonctions de commandement et par sa différenciation sociale >> (3)


(1) - Ce texte a été édité en 1987 (NDLR)
(2) - " FRÉJUS - Ve -XXe siècle, Déclins et Renaissances " par Louis ROBION,professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1987) pages 25 à 28
(3) - Ouvrage cité, pages 31 et 32



ICONE : Fond en provenance de document inconnu