Du milieu du XIIe au milieu du XIIIe siècle.

<< Jusqu'au milieu du XIIe siècle, l'histoire de Fréjus, ou du moins celle de ses évêques, s'inscrit dans le cadre d'un affermissement du pouvoir comtal. L'atmosphère restait difficile et guerrière car les comtes catalans affrontaient des périls majeurs : l'insoumission des grandes communes de Provence occidentale, des régions alpines et de la Provence orientale.

Dans ces luttes, qui se greffaient sur le conflit sans cesse renaissant avec les comtes de Toulouse, les liens entre les comtes catalans et les évêques de Fréjus se renforcèrent "...conseillers, arbitres, ambassadeurs, bailleurs de fond...", tous les évêques, pratiquement, parurent dans l'entourage comtal et certains y jouèrent un rôle de premier plan, tels Frédol d'Anduse (1166-1197), Raimond de Capelle (1203-1206), Bernard Cornut (1206-1212) et Raimond-Béranger comme prévôt du Chapitre (1223-1233) et évêque (1235-1248). Cette présence des prélats auprès des comtes fut, en partie, le fruit de la politique traditionnelle des Catalans, défenseurs de l'Église et partageant avec le clergé un soucis d'ordre et de paix. Les circonstances politiques valorisèrent aussi la position de Fréjus (et d'Antibes) aux confins de la Provence orientale. L'appui des évêques avait du prix dans ce secteur, car les comtes y manquaient de moyens, de fidèles nombreux et d'un domaine reconnu, et ne s'y manifestèrent qu'épisodiquement jusqu'en 1229-1230. Et il fallait, de plus, réduire l'attraction politique et économique de Gênes, installé à Monaco [...]

Comme seigneurs, les évêques de Fréjus étaient soumis au comte, dans le cadre de l'armature administrative et législative dont Raimond-Béranger V avait doté la Provence. Dès 1235, par les Statuts de Fréjus, c'est à dire de la baillie de Fréjus [...] il fit reconnaître ses droits par les seigneurs de ce vaste territoire qui s'étendait, pour lors, d'une ligne Gonfaron, Cotignac, Artignosc jusqu'à la frontière italienne.

Plus tard, sous le règne de Charles 1er d'Anjou (1246-1285), le territoire de cette baillie de Fréjus fut considérablement réduit, tandis que le nom et le siège se transformaient en viguerie de Draguignan [...] À Draguignan, un viguier, assisté d'un juge et d'un clavaire, représentait le comte et défendait ses droits. Théoriquement, cet officier cantonnait son action aux terres du comte, mais, en pratique, il en allait autrement comme nous le verrons aux XIVe et XVe siècles.

Ces développements institutionnels ne durent pas rester sans répercussion sur la ville. D'une part, l'existence d'une cour de justice seigneuriale pouvait attirer ceux qui étaient en quête de protection, faire affluer les causes et les plaideurs, multiplier les gens de loi; et, par là, fixer l'aspect urbain de la société de Fréjus. D'autre part, les évêques devaient chercher à défendre et à délimiter leurs droits et, pour cela, à les manifester matériellement. Par exemple, ils regroupèrent, de façon cohérente, les biens de leur Église avec des échanges avec l'abbaye de Lérins [...] ou avec Raimond-Béranger V [...] par ce dernier acte, l'évêque donnait ses droits sur le castrum de Marsens (près du Muy) et recevait les droits que le comte possédait sur le castrum de Puget et sur la villa d'Agay. Il est tentant, mais hypothétique, de lier l'édification d'une première muraille à ce renforcement du pouvoir épiscopal sur la ville et sur son terroir. C'est en tous cas, pour lors (fin XIIe - début XIIIe siècle), qu'on sent poindre une agglomération autour de la cathédrale. Les indices sont peu nombreux, mais chronologiquement convergents.

- Un premier indice d'ordre archéologique se trouve dans le groupe cathédral qui dut recevoir l'essentiel de ses rénovations, dans le cloître et dans la cathédrale, après le milieu du XIIe siècle, donc longtemps après la restauration de l'évêché par Riculphe. Il faut sans doute lier ces travaux à une reconstitution des menses épiscopale et canoniale [...]

- Un deuxième indice se trouve dans quelques traces de topographie urbaine. Un acte de 1180 [...] mentionne, pour la première fois, des éléments d'organisation de l'espace urbain : une porte (donc une fortification ?), une rue, des maisons. Il s'agit d'une transaction entre l'évêque Frédol d'Anduse et le Chapitre, avec l'arbitrage de Guillaume, évêque de Vence [...]
Nous savons, par un acte de Raimond-Béranger V, passé "... in cimenterio ante ecclesiam Sancte Marie..." [...] qu'un cimetière s'étendait, à cette date au devant de la cathédrale [...] Ces premiers signes d'un espace urbain organisé sont confirmés, pour lors, par des fouilles pratiquées en 1979-1982 au nord de la cathédrale et sous le jardin voisin de l'ancien hôpital.

- Un troisième indice impose l'impression d'une activité économique ouverte sur l'extérieur. En 1190, l'évêque Florus (?), puis en 1204 l'évêque Raimond de Capella renouvelèrent les protections accordées aux marchands génois [...]
À cette occasion, nous apprenons qu'il y avait quatre foires à Fréjus :

- à la Saint-Laurent,
- à la Saint-Raphaël,
- à la Saint -Matthieu et au synode de l'évêque (quatrième dimanche après Pâques);

et que l'évêque prélevait, sur ce trafic maritime, des droits d'accostage (navigium, ripaticum).

Ces relations commerciales s'étendaient aussi vers l'ouest puisqu'en 1225, les hommes de Montpellier vinrent traiter de la paix avec plusieurs ports provençaux, dont Fréjus [...] Ce commerce était une source de revenus pour le comte qui possédait des péages à Fréjus et à Saint-Raphaël; [...]

Les confirmations comtales des donations de biens au Chapitre prouvent même une certaine abondance de richesses entre les mains des dignitaires ecclésiastiques [...] Les évêques étaient assez riches pour pouvoir prêter aux comtes : en 1245, Raimond-Béranger V reconnut une dette que Romée de Villeneuve avait contractée pour le comte auprès de l'évêque de Fréjus [...]

Les activités économiques et la population ne stagnait pas : les 25-31 mars 1225, Raimond-Béranger V accorda sa protection et celle de ses bailes, aux personnes et aux biens des hommes qui viendraient s'établir à Fréjus [...] C'est le signe d'un brassage démographique ou d'une immigration spontanée ou sollicitée.

Sur ces indices très fragmentaires, on a donc le sentiment qu'à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle, une petite agglomération d'allure urbaine se serrait et s'organisait autour des bâtiments cathédraux rénovés et agrandis. En même temps, les évêques reçurent des droits seigneuriaux étendus et garantis. >> (1)

(1) - " FRÉJUS - V° -XX° siècle, Déclins et Renaissances " par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1987) pages 21 à 24



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