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I- De 1823 à 1988 : Histoire des travaux.

II- Aux origines de Forum Julii.

III- L'épanouissement de l'habitat à l'époque augustéenne.

IV- Les réaménagements urbains du 1er siècle de notre ère.

V- Deux ou trois siècles de continuité topographique.

VI- Le renouveau de l'Antiquité tardive :
deux campagnes de construction d'importance majeure.

VII- Le Haut Moyen-Âge, jusqu'au premier âge roman.

VIII- "Romane" ou "Gothique" ? Une activité en tous cas
intense au commencement du XIIIe siècle.

IX- Au XIVe siècle, un Palais-forteresse.

 

I- De 1823 à 1988 : Histoire des travaux.

<< L'arrivée à Fréjus de Mgr de Richery le 1er octobre 1823 entraîna de profondes modifications du palais épiscopal. Dès cette année, des plans avaient été dressés par l'architecte départemental Lantoin pour faire l'état de la situation et un projet de reconstruction des ailes sud et ouest avait été déposé le 12 septembre pour être transmis au Ministère des Affaires ecclésiastiques.

D'autres projets portent la date de 1825. Une façade sobre avec un porche classique fut prévue et réalisée dans les années suivantes en arrière de l'ancienne entrée ; un jardin fermé d'une grille marqua bientôt la séparation entre la place publique où fut installée plus tard une fontaine ornée d'une des pleureuses du tombeau des Valbelles et la propriété ecclésiastique [...]

Le cloître était passé, depuis la révolution, dans le domaine privé pour une large part : la commune était propriétaire de la partie proche du baptistère et l'avait laissée au clergé comme presbytère. Des maisons avaient gagné sur les galeries et un étage avait été ajouté, en particulier au nord et à l'ouest.

Dès 1903-1904, l'architecte en chef des Monuments historiques J.C. Formigé Père, à la demande du Conseil municipal, faisait un état des lieux et proposait une restauration des deux étages de galeries, encore visibles dans la partie méridionale [...] Entre temps, J. Formigé Fils restaura la tour qui s'élève au-dessus de l'abside de la nef de Notre-Dame et l'aile orientale du palais, devenu hôtel de ville après la Séparation [...] Ces travaux se poursuivirent en 1921.

Cette année 1921 est aussi celle où fut donnée l'autorisation de travaux pour la restauration du cloître dont les galeries étaient dans un état alarmant du fait du déversement des murs.

On commença par la galerie sud ; en 1922, on passa à la galerie est et en 1923 étaient attaquées les parties ouest et nord. Mais la réalisation [...] fut lente du fait de la complexité des problèmes et particulièrement à cause du mauvais état des colonnades : il fallu, par exemple à l'est, enlever toutes les colonnes et soutenir le mur sur lequel pesait la charpente qui couvre les galeries. La même opération fut répétée au nord et à l'ouest. Les galeries étaient remises en état dès 1926 mais il restait encore beaucoup à faire tout autour. En 1931, continuait la restauration de la façade sur la rue de Fleury.

Le baptistère intéressa J. Formigé et, dès 1923, il entreprit des sondages dans les murs et en proposa la restauration l'année suivante. Ce qui permit la découverte de la cuve baptismale primitive, partiellement conservée et, derrière la coupole moderne, celle du tambour percé de fenêtres qui portait à l'origine une coupole dont l'amorce apparaissait nettement.

En 1929, un devis de restauration était présenté et l'autorisation fut donnée en 1930. [...] Mais une controverse s'engagea bientôt entre Formigé et le Docteur Donnadieu sur la restauration de la coupole et son aspect primitif. La solution de Formigé paraît cependant la bonne.

Le débarquement des Forces alliées, le 15 août 1944, entraîna des bombardements qui touchèrent la voûte du narthex, la façade occidentale du cloître, les toitures ; les vitraux du XIXe siècle disparurent, en particulier celui de l'abside de Notre-Dame. Furent aussi détruites les maisons au nord du cloître. Des restaurations furent nécessaires, tant pour effacer les dommages que pour mettre en valeur la salle septentrionale du cloître dont on put dès lors voir le bel appareil régulier.

L'architecte Paul Colas avait pris la succession de Formigé après 1945. Il lui revint d'effectuer ces divers travaux comme ceux qui furent nécessaires à la protection du clocher touché par la foudre en janvier 1952. Plus important fut néanmoins le projet déposé en 1959, ajourné à cause de la catastrophe de Malpasset, repris en 1961 et 1962, de décapage des murs et voûtes des nefs de Notre-Dame et Saint-Etienne, accompagnées de la démolition de la tribune des orgues - ce qui donna son volume originel à l'entrée de l'édifice - et des tribunes qui flanquaient la dernière travée de Notre-Dame [...]

En 1967, restaient, ruinées, les salles situées à l'est du cloître. Elles firent donc l'objet d'une réfection et, plus tard, elles purent devenir salles d'exposition. Plus à l'est et au nord de la sacristie, le long de la rue de Beausset (ancienne rue des Prêtres), des maisons subsistaient, mais très délabrées. Elles furent acquises par la municipalité et détruites. Ainsi, un terrain s'offrit pour des fouilles, les premières que l'on pouvait réaliser en milieu urbain, dans une ville médiévale. Celles-ci débutèrent en juin 1979
et se poursuivirent les trois années suivantes. Elles eurent comme prolongement une autre fouille dans la cour méridionale de l'hôpital, menée en 1981 et 1982.

Le nouvel architecte en chef, Jean-Claude Yarmola entendit réaliser un vieux souhait exprimé par ses prédécesseurs : le rétablissement des quatre clochetons disparus qui flanquaient la partie octogonale du clocher et que l'on pouvait voir sur les vues anciennes de la ville. Cela se fit à l'occasion d'une restauration d'ensemble de cette partie du monument en 1986.

Dans la cathédrale, les restaurations étaient restéesinachevées et se dressait toujours, dans le chæur, l'autel donné par Mgr de Beausset en 1778, mais restauré en 1895. Pour répondre à la fois aux nécessités de la liturgie et au nombre des fidèles d'une ville en plein développement, il apparut nécessaire de déplacer une nouvelle fois cet autel et de gagner des places en abaissant le niveau de la troisième travée.

La décision fut prise en 1987 et, dès l'été, des fouilles furent entreprises dans l'extrémité de la nef de Saint-Etienne où l'autel devait être placé. Elles se poursuivirent à partir du mois de février suivant dans la troisième travée de la nef Notre-Dame où, malgré la présence de caveaux médiévaux ou modernes, une fois grâce à l'un d'eux, des niveaux anciens furent atteints. Peu auparavant, les murs latéraux de toute cette nef avaient été décapés, permettant ainsi une analyse de la construction, nécessaire avant toute restauration complète du monument.

Depuis des années, la municipalité souhaitait donner un visage plus digne à la place située devant l'hôtel de ville et la cathédrale. À la fin de 1987, la décision fut prise de confier la réalisation de ce décor nouveau à l'architecte des Bâtiments de France Louis Fahrner. Des fouilles commencèrent le 8 février et se poursuivirent jusqu'au 31 mai 1988. >> (1)

Les TEXTES et les PLANS qui vous sont proposés
concernent des fouilles qui ont été réalisées il y a plus de vingt ans,
certaines même dans les années soixante.

C'est dire que, parfois, les indications fournies sont peut-être erronées
vus les résultats de recherches plus récentes.


 



II - Aux origines de FORVM IVLII

<< Les traces archéologiques les plus anciennes mises au jour dans le centre de Fréjus ne peuvent fournir des datations très précises ni coïncider parfaitement avec les connaissances textuelles. Les découvertes sont très fragmentaires, seulement représentées par quelques murs et sols ; elles ne nous permettent de dessiner qu'une image très lacunaire et imprécise de la ville.

Au nord de la cathédrale, dans un sondage de surface réduite, il nous a été permis d'entrer en contact avec une structure d'habitat proche, sinon contemporaine, des origines de la ville. Il s'agit de la croisée de deux murs d'orientation (nord-nord-ouest/sud-sud-est) faits de petits blocs liés à la terre, et d'une aire empierrée liée à l'un d'eux.

Le faible nombre de tessons de céramique récoltés en association avec ces constructions n'autorise qu'une datation incertaine ; on pourrait toutefois situer ces murs dans les années qui marquent le début du principat d'Auguste, soit vers 29-20 avant notre ère. Ces maigres vestiges sont les traces les plus anciennes d'un habitat organisé dans la ville romaine.

Différentes surcharges et réfection de sols indiquent que l'habitat inscrit dans ces murs est resté en fonction jusque dans les années 50-60 ou même 70 de notre ère.

Également faits de pierres liées à l'argile, les murs les plus profondément enfouis retrouvés dans le chantier de la nef de Notre-Dame de la cathédrale sont à rattacher à cet urbanisme primitif de direction nord-nord-ouest/sud-sud-est [...]

Il en va de même du mur (nord-nord-ouest/sud-sud-est) de même facture mis au jour dans un sondage au sud-est de la place Formigé ; il a été repéré en fondation et sur quelques assises d'élévation. Là encore, les rares tessons de céramique retrouvés n'apportent pas d'indication chronologique.

L'ensemble de ces découvertes paraît se rattacher à une même phase d'urbanisme. Mais ces minces traces d'occupation ne permettent pas de se représenter l'allure générale du tissu urbain ; tout au plus peut-on dire qu'il s'agit d'habitats et que ceux-ci, avec des sols en terre battue, ne se remarquent pas par des aménagements luxueux.

En revanche, du point de vue de l'organisation topographique, ces vestiges nous livrent une information importante. Tous ces murs, de direction nord-nord-ouest/sud-sud-est (ou perpendiculaires), ont été repérés dans ce seul quartier de la ville, c'est à dire au sud-ouest des futurs axes majeurs, cardo maximus (nord-ouest/sud-est) et decumanus maximus (nord-est/sud-ouest), dont on ne perçoit archéologiquement les traces qu'à partir des premières décennies du 1er siècle de notre ère (c'est le cas, de façon très précise, au Clos de la Tour). Il y a donc eu modification de la trame urbaine. Dans la partie sud-ouest de la ville, les directions originelles ont été conservées ; ailleurs, un nouveau plan a été imposé, lié à l'enceinte et à ses portes (dites "de Rome" et "des Gaules").

Reste un problème : cette extension de l'agglomération vers l'est et le nord date-t-elle seulement de l'époque tibérienne (après 14 de notre ère) ou bien est-elle antérieure de quelques années ? Il faut, en effet, attendre les années 14-20 de notre ère pour que soit révélée, par l'archéologie, une modification. D'autres fouilles préciseront,sans doute, cette chronologie.>> (2)

 


III- L'épanouissement de l'habitat à l'époque augustéenne.


<< On a indiqué que l'habitat reconnu sur une faible surface, au nord de la cathédrale, reste en fonction jusqu'au tout début de l'époque flavienne.

Avec les constructions mises au jour sur la place Formigé, on constate que, dès le règne d'Auguste, cette zone du quartier sud-ouest est rénovée. Est édifiée une nouvelle maison dont la fouille a permis de retrouver la majeure partie du plan.

Ne dissimulons pas l'imprécision de la datation : l'étude précise de la céramique recueilli est encore à faire et on doit se contenter, pour fixer les idées, de dire que l'on se situe autour du début de notre ère.

Le caractère exceptionnel de cette découverte réside dans le bon état de conservation du bâtiment : il présente des élévations de murs sur des hauteurs rarement rencontrées par ailleurs en Gaule, pour cette époque. Une raison explique cela : la maison s'effondrant sur elle-même moins d'un siècle après sa construction, le terrain a reçu immédiatement un nouveau bâtiment établi sur des fondations très profondes (2,50 à 3 m) les ruines n'ont pas été déblayées, de nouveaux remblais ont été apportés. Les couches de destruction et de remblais ont ainsi scellé et protégé cette domus, telle qu'elle était au moment de son abandon, soit vers les années 50-60 de notre ère [...]

On notera enfin que cette maison, avant de s'effondrer, a été incendiée ; sur chaque sol on a retrouvé du bois carbonisé. Pourtant, les habitants n'ont pas été pris par surprise, car ils ont eu le temps de déménager les meubles et les principaux objets de leur vie quotidienne ; on n'a, en effet, retrouvé que très peu d'objets (charnières ou appliques de meubles ou de placards, vaisselle, conteneurs de réserve, etc, tous matériaux qui résistent au feu) sur les sols, hormis une lampe en bronze, un grill en fer, un chaudron en bronze et quelques assiettes de céramique sigillée, des cruches et des marmites en terre cuite.

Toujours pour l'époque augustéenne, les fouilles menées en 1981-82 sous le terrain du jardin de l'actuel palais de justice ont mis au jour un puissant massif (à la fois maçonné et aménagé dans le rocher) contre lequel se développe un escalier monumental d'orientation nord-est/sud-ouest. On est là, à l'est du cardo maximus, c'est -à-dire dans l'autre cadastration de la ville. Cet aménagement pourrait correspondre à la façade méridionale d'un grand édifice public compte tenu des découvertes d'importants éléments d'architecture signalés par Ch. Texier, en 1949, lors de la construction de l'hôpital [...]

L'étude archéologique n'a pas permis de dater précisément ces constructions : marches et dalles sont encastrées directement dans le sol géologique, sans apport d'un remblai qui aurait pu contenir du matériel, et en particulier des tessons de céramique, c'est-à-dire des indices chronologiques. Mais, comme on a pu démontrer que cet escalier était abandonné sous Tibère, vers 15-30 de notre ère, et en considérant qu'on ne supprime pas immédiatement un aménagement d'une telle envergure, on peut rapporter sa construction à l'époque augustéenne. " (3)

 

 

IV- Les réaménagements urbains du 1er siècle de notre ère.


<<
Il faut attendre l'époque tibérienne pour reconnaître, archéologiquement, les rues dans la ville ; sans doute, cela tient-il du hasard car les constructions précédemment décrites devaient nécessairement déjà s'inscrire dans un réseau de voies.

Au Clos de la Tour, le carrefour d'un cardo et d'un decumanus - dans un schéma d'urbanisme nord-ouest/sud-est - a été daté des années 20-30 de notre ère.

Dans le chantier situé au nord de la cathédrale a été fouillée la voie principale nord-ouest/sud-est de la ville, le cardo maximus, mais les plus anciens niveaux de circulation ne sont attestés qu'à partir de l'époque flavienne...; sans doute, la disparition des sols antérieurs (y compris celle d'un éventuel dallage) s'explique-t-elle par les travaux et les affouillements réalisés durant cette période et qui se manifestent, en particulier, par la réalisation d'un réseau complexe d'égouts dont les prolongements ont été découverts dans la nef Saint-Etienne durant l'été 1987.

Cette rue était pourvue d'un trottoir, protégé par un portique qui reposait sur des colonnes dont deux ont été retrouvées en place.

Les maisons reconnues à l'ouest de cette rue - et qui, on s'en souvient, datent des années 20-30 avant notre ère - ont été radicalement transformées, du moins en façade, au tout début de l'époque flavienne [...]

Plus au sud, à la limite des nefs Saint-Etienne et Notre-Dame de la cathédrale médiévale, sont apparues de puissantes fondations de deux piliers et, entre elles, plusieurs emmmarchements d'un large escalier. Les fouilles ont été trop réduites en surface pour que l'on puisse interpréter correctement cette construction (une arcade monumentale ?) et la situer chronologiquement. Immédiatement au sud, deux murs ont été observés qui paraissent bien dater du 1er siècle de notre ère: l'un est disposé parallèlement à l'axe du cardo ; l'autre, en revanche, suit la direction des murs découverts sur la place Formigé. Ces deux murs sont liés et contemporains. Ils montrent bien que les deux systèmes ont coexisté et qu'il a fallu aux urbanistes antiques trouver des solutions pour raccorder les deux réseaux de rues.

A quelques distances du cardo, sous la place Formigé, une nouvelle demeure fut bâtie sur les ruines de la maison d'époque augustéenne ; elle se situe, vraisemblablement, sous le règne de Néron, autour des années 60 de notre ère, ou au tout début de l'époque flavienne. De cette nouvelle habitation, on ne sait que peu de choses, les niveaux d'occupation, établis très haut (peut-être au niveau actuel de la place) ayant disparu, sans doute très tôt, dès la fin de l'antiquité [...]

A l'est de cette maison, peu de traces de l'occupation antique ont été repérés. En effet, tout cet espace a été profondément modifié à la fin de l'Antiquité et par les murs des palais épiscopaux médiévaux [...] >> (4)


 

V- Deux ou trois siècles de continuité topographique


<<
Tels qu'ils viennent d'être sommairement décrits, les habitats et bâtiments ne trahissent pas de transformations sensibles jusqu'aux IVe et Ve siècles, voire jusqu'au VIe siècle.

Au nord de la cathédrale, l'effondrement des murs d'une boutique, située archéologiquement après 330-335, nous montre qu'au IVe siècle elle était toujours utilisée dans son état originel. L'abandon s'est fait de façon brutale, car on a récupéré, sur les sols, de nombreux objets correspondant à l'équipement d'un maison et des ustensiles de la vie quotidienne [...]

Sous le jardin du palais de justice, la fouille a montré que l'ensemble monumental n'a été désaffecté qu'après le milieu du VIe siècle. Les terres de comblement ont livré un ensemble important de fragments d'inscriptions sur marbre et d'éléments de sculptures.

La permanence de l'occupation, sur le site de la place Formigé, apparaît nettement avec la construction du baptistère dont le mur sud est appuyé directement sur l'arase du mur nord de la maison d'époque augustéenne (ce mur ayant déjà été réutilisé par la maison agrémentée d'un jardin). >> (5)


 

VI- Le renouveau de l'Antiquité tardive : deux campagnes de construction d'importance majeure.



<< 1)- À la recherche de l'urbanisme "épiscopal"

Dans l'histoire des villes, les constructions liées à l'émergence du pouvoir épiscopal constituent un événement marquant qui, généralement, prend place dans le courant du Ve siècle. Elles n'apparaissent souvent qu'après les premières attestations de la présence d'un évêque ou d'autres témoignages de l'existence d'une communauté organisée. Rappelons qu'un évêque de Fréjus assistait au concile de Valence en 374.

On sait que l'on désigne par le terme "groupe épiscopal" ou "groupe cathédral" les différents bâtiments associés en compositions monumentales qui s'élèvent alors dans les centres urbains. Ils rassemblent une ou plusieurs basiliques, un baptistère, la demeure de l'évêque avec des dépendances [...]


2)- Quelle image du bâti à l'époque de la création du groupe épiscopal
de Fréjus ?

Si la fouille a permis de saisir les traces d'une intense activité de construction au Ve siècle dans le futur quartier de la cathédrale - au moins à l'emplacement et au sud de celle-ci -, on ne conçoit pas très bien, en revanche, ce que pouvait être devenu le bâti plus ancien et quel était son état de conservation. Qu'en était-il par exemple, vers le nord, de la physionomie du cardo ? La fouille ne l'a suggéré que médiocrement. Pourtant, à défaut de son tracé complet, il devait en subsister quelques axes directeurs puisqu'un mur daté de l'Antiquité tardive - le seul identifié au nord de l'actuelle cathédrale - vint s'articuler sur une harpe, point fort de la composition murale de la bordure occidentale de cet axe majeur de la voirie antique [...]

C'est cependant vers une partie de la ville antique où le tissu urbain avait été dense, à proximité de l'ancien tracé du cardo maximus, que fut implanté le groupe épiscopal, incontestablement représenté encore par le baptistère, daté de manière assez floue - nous devons en convenir - du courant du Ve siècle. Les restaurations qu'il a subi naguère n'ont pas été précédées ou accompagnées de véritables recherches archéologiques. La fouille de la place Formigé a simplement révélé que son élévation méridionale chevauchait, en reprise totale, le mur qui avait limité, au nord, les pièces les plus fastueuses de la maison
d'origine augustéenne [...]


3)- Les deux campagnes de l'îlot sud.

Il a été difficile aussi de se faire une idée claire de ce qui s'est passé dans l'unité voisine à l'est, sous l'emplacement du palais épiscopal médiéval. Deux campagnes de construction s'y sont succédées dans le courant du Ve siècle, et l'on n'a pas de preuves péremptoires pour rattacher le baptistère à l'une plutôt qu'à l'autre. S'agit-il même, dans les deux cas, de bâtiments appartenant au groupe épiscopal ? On ne saurait l'affirmer [...]

4)- Une salle d'apparat mosaïquée sous la troisième travée de la nef Notre-Dame.

En profitant de travaux de restauration pour sonder cette partie de la nef de Notre-Dame, l'espoir était de recueillir des informations sur la physionomie d'une basilique qui aurait précédé l'actuelle élévation datée du XIIIe siècle. Cette perspective a été déçue dans la mesure où on s'est aperçu que l'espace de la troisième travée était occupée, non par l'église, vraisemblablement, mais par une grande salle [...]

L'absence d'éléments se rapportant avec certitude à une architecture basilicale ferait volontiers situer l'emplacement de la cathédrale du Ve siècle à l'ouest de la travée fouillée, entre elle et le mur de façade proche du baptistère. D'autres indices peuvent être rassemblés dans le sens de cette interprétation. Mais il faut bien dire que, s'il n'y avait pas précisément le baptistère, rien n'indiquerait que ces constructions puissent déjà être liées à l'expression architecturale de la fonction
épiscopale.>> (6)




VII- Le Haut Moyen-Âge, jusqu'au premier âge roman.

<< Une longue période de continuité et d'obcurité

Temps de conservations et de survivances, le haut Moyen Âge est une époque de plusieurs siècles au cours desquels, en Provence, sources archéologiques et sources écrites se font aussi laconiques les unes que les autres. Ce sont des siècles difficiles au cours desquels les raisons de la crise dépassent largement les seules "invasions". Il est vrai que, localement, la présence des arabes au Freinet a d'autant plus attiré l'attention des historiens qu'un évêque de Fréjus, Riculfe, à la fin du Xe siècle, demanda au comte d'Arles, Guillaume le libérateur, la reconstitution de son évêché ruiné, disait-il, par eux.

Mais, en dépit de ces difficultés, l'archéologie à Aix-en-Provence, comme à Fréjus, a apporté le témoignage de certaines continuités urbaines, du moins en ce qui concerne le cadre monumental ou ses dépendances. Il n'y eut jamais désertion totale, mais la difficulté essentielle concernant cette période réside en l'absence de matériel archéologique caractéristique, en particulier céramique, susceptible de préciser une chronologie.

Qu'il y ait eu dans ces temps un certain recul de la densité d'occupation dans le quartier est manifeste, en particulier au nord de la cathédrale. Là, comme à l'emplacement des jardins de l'ancien hôpital, il n'y a, alors, que terrain vague. Au sud de la cathédrale, les deux ailes organisées de manière orthogonale, autour de la cour centrale, continuent cependant à être utilisées [...] Au total, s'il n'y eut aucun remodelage important, il n'y eut pas non plus d'abandon caractérisé.


La fin des temps obscurs et le premier âge roman.

Dans la nef Notre-Dame, l'enlèvement récent d'enduits, qui n'a malheureusement pas été contrôlé partout, a montré que les murs latéraux de l'actuelle première travée de nef (travée occidentale) appartenaient à un état antérieur à l'élévation actuelle [...] Peut-on envisager, comme cela a été proposé naguère, l'existence, dès l'Antiquité tardive, de deux basiliques adjacentes formant le noyau du groupe épiscopal ? [...]

Au XIIe siècle, le clocher-porche fut implanté dans la partie occidentale de l'église, à l'intérieur delà surface déjà déterminée sur trois côtés par des murs d'origine plus ancienne, et l'on peut se demander si la disposition des appuis ne fut pas alors choisie en fonction d'une division tripartite de l'église primitive. Quoi qu'il en soit, la fouille a confirmé que les murs latéraux de la nef Notre-Dame dépendaient tous deux d'alignements -ou peut-être même de fondations - soit antiques pour le mur sud, soit de l'Antiquité tardive pour le mur nord.

Quant à la nef Saint-Etienne, ce n'est pas avant le XIe siècle, et peut-être seulement sa seconde moitié, que l'on peut être certain de son existence. On sait que, de ce temps, subsiste le mur nord animé de quatre arcatures existantes ou restituables.

Dans l'état actuel des connaissances, c'est à ces quatre travées voûtées dès l'origine en berceau (celui-ci a été restauré au milieu du XIIe), que l'on doit limiter l'église Saint-Etienne dans son premier état [...]


Le centre urbain vers 1100.

Ainsi, la demeure de l'évêque, ou ce qui allait devenir le palais, ne semble guère avoir subi de grands bouleversements depuis l'Antiquité tardive. Vers 1100, le groupe des églises était constitué d'une part de la basilique Notre-Dame, située approximativement dans l'axe du baptistère, dépendante dans son implantation de celle d'un lieu de culte de l'Antiquité tardive et longue d'un peu moins de 25 m, et, d'autre part, de la nef Saint-Etienne, longue d'une vingtaine de mètres, appuyée à l'ouest sur une élévation subsistante de l'Antiquité tardive mais peut-être plus récente quant à sa conception et ses origines.

Au nord, c'est aussi peut-être de l'aménagement de la nef Saint-Etienne qu'il faut rapprocher la genèse et le développement d'une nécropole qui prit place dans un terrain resté libre depuis l'Antiquité tardive. Soixante-dix tombes à coffrage de pierre y ont été découvertes [...] L'étude anthropologique des squelettes illustre les conditions difficiles de la vie de la population de la ville, dans le courant du XIe siècle ; l'impressionnante mortalité infantile en est la manifestation la plus frappante.

De l'ancienne cité médiévale, seules ces bribes architecturales émergent. Évoquer le rétrécissement du périmètre urbain, la menace des invasions, relève dans une certaine mesure du discours littéraire masquant une réelle ignorance. Parmi les questions posées sont celles des limites encloses, et éventuellement défendues à cette époque.

Lors de la fouille du jardin de l'ancien hôpital, à l'aplomb de la rue de
Richery, fut découverte la contrescarpe d'un fossé profond de 2 m qui séparait le quartier de la cathédrale du quartier du Bourget. La présence de ce fossé ne fournit qu'une nouvelle hypothèse pour fixer la limite orientale de l'ancienne cité médiévale. Il faut en effet abandonner maintenant l'idée d'une fortification urbaine longeant le chevet actuel de la cathédrale et suivant le dessin pourtant si suggestif de la rue de Beausset. Ce dernier périmètre, fortifié de manière irrégulière et discontinue, ne correspond qu'au seul quartier épiscopal
et canonial. >> (7)


 

VIII- "Romane" ou "Gothique" ? Une activité en tous cas intense au commencement du XIIIe siècle.


<< En Provence, à partir de la seconde moitié du XIIe siècle, une certaine prospérité régionale s'exprima par de grandes campagnes de construction. C'est le plein épanouissement d'un second âge roman dont les édifices remplacent les bâtisses plus légères du premier art roman, ou des élévations encore antérieures. C'est l'époque aussi où la richesse urbaine et celle du clergé s'exprime par de nouveaux bâtiments, et en particulier par la construction des cloîtres canoniaux. Ceux-ci amplifient encore, à l'intérieur de la cité, l'emprise monumentale de l'architecture religieuse [...]


L'allongement des deux églises.

Dans cet ensemble fortifié, le nouveau chevet de la nef Notre-Dame, avec la tour qui le surmonte, occupe une situation privilégiée. Selon une interprétation que suggèrent les fouilles récentes, la position de ce chevet résulte d'un agrandissement vers l'est de l'église primitive, rallongée d'une vingtaine de mètres aux dépens d'abord de l'espace occupé naguère par la salle à sol mosaïqué qui est inscrite exactement à l'intérieur de la travée nouvelle [...]

La fouille du chæur de l'église Saint-Etienne, liée à l'étude de l'élévation, a permis de se rendre compte que l'allongement de la nef Notre-Dame fut suivie d'une sort de "mise au gabarit" de la nef de Saint-Etienne. La longueur de la nef ancienne fut doublée. L'église se termina vers l'est par un chevet plat dont l'arrachement sur les murs goutteraux et la fondation ont été retrouvés [...]


Le palais épiscopal remodelé

La prospérité du XIIIe siècle a imposé sa marque à la demeure épiscopale et l'image d'un véritable palais prend corps. La fouille récente donne l'occasion de reconsidérer les connaissances antérieures.

L'élément le plus important, dans ce contexte chronologique, est l'identification de ce qui dut être alors le soubassement puissant d'une véritable façade occidentale. Il s'agit d'une fondation profonde de plus de 3 m, faite de blocs de réemploi en grand appareil provenant d'un monument antique. Elle a été retrouvée sur une hauteur de six assises, sans que la base ait pu être atteinte. Curieusement, cette fondation a retrouvé au XIXe siècle sa fonction d'origine dans la mesure où c'est à son aplomb que fut reculée la façade existant alors.

La fouille éclaire une donnée du plan du palais levé en 1823 avant la destruction. Au sud de la grande entrée occidentale qui y est représentée, aucune trace de cette façade ancienne ne paraît plus sur le dessin en raison de réaménagements de l'époque de la Renaissance, et en particulier à cause de la construction du grand escalier à vis. En revanche, au nord de l'entrée, l'ancienne façade était bien intacte. Elle était devenue mur de refend longitudinal de l'aile ouest. Il est ainsi heureux que l'implantation des sondages récents ait permis de vérifier, au sud, la continuité de cette façade ancienne dans une partie du site où l'on n'aurait pas osé en proposer la restitution s'il n'y avait eut la fouille [...]


La conservation de la partie occidentale de l'ancien palais.

Que devenaient alors ces bâtiments antérieurs, organisés autour d'une cour, découverts dans la partie orientale de la place Formigé ? Dans ce premier état d'un véritable palais médiéval, le passé impose encore sa marque. Divers indices montrent, qu'en plan au moins, l'essentiel des deux ailes ouest et sud mises en place au Ve siècle subsistait encore au XIIIe siècle, moyennant des retouches et des restaurations qui génèrent quelques déviations minimes dans les tracés [...]

Mais dorénavant, on l'a vu, la cour était fermée à l'est par la nouvelle façade qui, en quelque sorte, en divisant l'espace ancien, isola une basse-cour autour de laquelle étaient conservés les vieux bâtiments. Et il est vrai que la fonction de service de cette partie des dépendances est apparue assez clairement [...]

Inutile de dire, par conséquent, qu'il n'y a pas encore lieu, pour cette époque, de chercher à situer dans cette aile l'entrée monumentale. Elle ne devait pas se trouver là avant longtemps encore ; de même, il n'est pas encore sûr que l'accès à l'église se faisait alors par le sud, ou alors cet accès était récent, lié à la présence du cloître et des bâtiments canoniaux qui condamnaient dorénavant l'entrée - ou les entrées - qui depuis l'Antiquité tardive existaient au nord-ouest du groupe cathédral.


L'îlot de maisons au nord de la cathédrale.

C'est après la construction des bâtiments canoniaux et l'allongement des nefs des églises qu'un îlot de maisons fut bâti dans l'angle formé par ces monuments, au-dessus de la nécropole désaffectée, et dont la partie sud, près de la nef Saint-Etienne, fut considérablement remblayée - comme l'avait été l'emplacement du cloître - pour régulariser la surface et effacer la pente.

Les limites nord et est de l'îlot correspondent au tracé arrondi que respecte la rue de Beausset qui porte ainsi la marque de l'urbanisation du XIIIe siècle. Vers l'ouest, une ruelle séparait l'îlot du bâtiment oriental du cloître. Elle est maintenant occupée par l'aile est des salles du "vieux Fréjus". Une autre rue passait entre ces maisons et la nef Saint-Etienne. Ces deux passages desservaient une entrée au cloître, encombrée plus tard par la construction des chapelles latérales de la nef Saint-Etienne et par la sacristie [...]

Cette organisation d'habitat urbain en îlot est remarquable. Il ne faut cependant pas l'extrapoler à l'ensemble de la ville, où dans certains quartiers le tissu urbain connaissait une densité moindre. Dans le jardin de l'ancien hôpital, par exemple, au-dessus du comblement de l'ancien fossé effectué dans le courant du XIIe siècle, la fouille a donné l'occasion de trouver une partie de maison, de facture rustique également, mais située à l'intérieur d'un vaste enclos. >> (8)



IX- Au XIVe siècle, un Palais-forteresse



<< Tandis que l'intense activité de construction s'apaisait dans la cathédrale et dans le cloître, se bornant à des modifications de détail, le palais connut des transformations importantes, un siècle seulement après la grande campagne qui vient d'être identifiée.

Il devint une grande forteresse, disproportionnée par rapport à l'importance de la ville, accentuant encore le caractère fortifié de l'ensemble cathédral. C'est en tous cas une image impressionnante de ce qu'était la fonction religieuse dans la ville médiévale.

La fouille de la place Formigé apporte quelques éléments nouveaux de compréhension, d'interprétation et de datation, là où le plan levé en 1823 était jusque-là à peu près notre seule source. Les travaux récents ont montré que des transformations intérieurs importantes avaient eu lieu depuis le XIVe siècle, surtout dans l'aile occidentale précisément, et que c'était d'elles dont rendait compte ce document malgré tout précieux.

Le large mur d'une nouvelle façade occidentale du palais gothique a en effet été retrouvé à l'emplacement auquel il était attendu. C'est elle qui fut détruite en 1825 ; le portail "Renaissance" de la cathédrale qui s'articulait sur elle porte encore, en "coup de sabre" la marque de l'élévation ruinée [...]

Dorénavant, l'ensemble des bâtiments s'organisait et s'unifiait autour d'une seule cour centrale, celle de l'actuel hôtel de ville [...]

À l'occasion de cette réfection, silos et caves du palais précédent furent comblés. On doit à cela la conservation d'une très riche collection de vaisselle fine brisée sur place, à décor vert et brun, cruches, bols et plats, essentiellement d'origine pisane, avec quelques productions de la basse vallée du Rhône adoptant cette technique de décor. Le même type de céramique, naturellement plus fragmentée, a été recueilli lors de la fouille de la tranchée de fondation du mur de la façade occidentale. Elle permet d'attribuer le commencement des travaux, au moins dans cette partie du palais, aux années 1310-1330 et - puisqu'on ne prête qu'aux riches - à donner au futur Jean XXII, évêque de Fréjus jusqu'en 1316, le mérite de cette conception très
grandiose.

C'est dans ce palais que vécurent ensuite les évêques Guillaume de Rouffilhac (1361-1363) et Louis de Bouillac (1385-1405) dont les sépultures furent retrouvées au cours de l'été 1987 dans le chæur de l'église Saint-Etienne [...]

Vers l'ouest, le palais dominait la nécropole destinée aux fidèles qui dorénavant se développait à l'emplacement de la future place Formigé. La fouille en à révélé quelques restes, avec des éléments de parure de vêtements, boucles et appliques de ceinture, du commencement du XIVe siècle. L'utilisation de la nécropole devait durer jusqu'au XVIIIe siècle.

À cette image du palais, la Renaissance devait apporter différentes modifications dans la conception intérieure, et surtout bouleverser l'organisation de l'aile ouest. Une entrée monumentale y fut prévue dans la partie médiane, éventrant et coupant la grande salle primitive. C'était une réorganisation décisive de l'ensemble du bâtiment épiscopal qui eut pour conséquence la mise en place, adjacente à la nouvelle entrée, d'un escalier monumental destiné à desservir commodément les étages. Ce fut une escalier à vis, tournant autour d'un noyau vide, servant de puits de lumière, et bâti sur une citerne. Connu par le plan de 1823, l'emplacement de cet escalier a été retrouvé lors de la fouille et, grâce au matériel trouvé dans la tranchée de fondation de sa cage et de la citerne, il a pu être daté.

Cette campagne du XVIe siècle menait de manière décisive, on le voit, vers les indications données par le plan de 1823, avant la destruction de l'aile ouest du XIVe siècle et son remplacement par une nouvelle façade en retrait mais - qui cela fut-il conscient ou non ?- retrouva l'alignement de celle du XIIIe siècle. >> (9)

(1)- " Au cœur d'une ville épiscopale, FRÉJUS " par P.A. Février, M. Fixot et L. Rivet (Comité d'Animation et d'Action Culturelles - Fréjus 1988) pages 5 à 10
(2)-Ouvrage cité, pages 13 à 16
(3)-Ouvrage cité, pages 17 à 25
(4)-Ouvrage cité, pages 27 à 30
(5)-Ouvrage cité, pages 31 & 32
(6)-Ouvrage cité, pages 33 à 39
(7)-Ouvrage cité, pages 47 à 54
(8)-Ouvrage cité, pages 41 à 46
(9)-Ouvrage cité, pages 55 à 58


ICONE : cl. origine inconnue