L'enceinte médiévale

<< La datation des remparts est très imprécise, car, si les vestiges actuellement visibles peuvent être tardifs (deuxième moitié du XIVe siècle), l'existence d'une fortification antérieure est assurée.

Tour ronde de l'enceinte médiévale : c'est un des rares vestiges de l'enceinte médiévale qui se dégage encore bien des constructions modernes sur la rue Grisolle, en bordure sud de la ville médiévale. Il s'agit d'une tour ronde, bâtie en petit appareil peu régulier, sans bossages. Des documents du XVe siècle indiquent une tour neuve bâtie dans le sud de la ville [...] La datation de cette tout reste problématique.

Les autres vestiges de l'enceinte médiévale sont plus difficilement observables, car ils sont englobés dans les caves ou les superstructures des bâtiments récents. Les restes de deux tours bâties en moyen appareil régulier à joints minces et bossages, ouvertes à la gorge, sont encore visibles, près de la rue Jean Jaurès, au nord et à l'ouest de la cathédrale (tours carrées). Par leur facture et leur ouverture à la gorge, elles appellent la comparaison avec d'autres constructions semblables, connues d'ailleurs en Provence (Avignon et Riez) et suggèrent donc une datation assez basse : deuxième moitié du XIVe siècle. D'autres tours ont aujourd'hui disparu [...]

La probabilité d'une datation tardive (cours du XIVe siècle) des vestiges encore visibles de l'enceinte médiévale est confirmée par un acte du 10 septembre 1387 par lequel la reine Marie accorda divers privilèges à la ville de Fréjus, car celle-ci venait de subir de grosses dépenses, en particulier des dépenses de fortification [...] Cependant, des ouvrages défensifs dont les vestiges actuellement visibles ne sont pas nécessairement l'image exacte, existaient antérieurement.

En voici les traces :

- Au dessous du jardin de l'ancien hôpital, les fouilles ont découvert un profond fossé orienté nord-sud et comblé avec un matériel contenant de la céramique des XIe-XIIe siècles. S'agissait-il du fossé d'un premier ouvrage défensif de la cité ? Cette destination est seulement hypothétique.

- La transaction de 1180, citée plus haut, mentionne l'existence d'une porte, donc logiquement d'une fortification.

-La transaction de 1271 atteste l'existence de remparts, de fossés et d'espaces situés en avant des remparts, qui sont communs, pour lors,
à l'évêque et au chapitre [...]

Quant au tracé de ces remparts du XIIe siècle, il est aussi peu attesté que leur nature et leur datation. Il est donc problématique de proposer, pour le cours ou la fin du XIIIe siècle, une description de la très petite agglomération qui se pressait à l'intérieur et à l'extérieur de ces fortifications imprécises [...]

- L'étendue très médiocre et les limites de la ville médiévale se reflètent, clairement, dans les tracés de la rue Jean Jaurès, de la rue Grisolle et du cours Paul Vernet. Une enceinte semi-ovalaire irrégulière entourait la ville au nord, à l'ouest et au sud; un mur rectiligne fermait cet espace du côté de l'est. Mais ce tracé des remparts n'est pas garanti avant une époque tardive, peut-être le deuxième moitié du XIVe siècle. Les fortifications antérieures ont très bien pu présenter des différences, notamment à l'est où on ignore à quelle date le quartier du Bourguet fut englobé par la muraille.

- L'image de très forte concentration de l'habitat, agglutiné autour du groupe épiscopal, est sans doute en partie trompeuse. Les XVe et XVIe siècles ont connu, en effet, une densification certaine de l'habitat qui a dû modifier le nombre des maisons ainsi que le nombre et le tracé des rues existant dans les siècles antérieurs. À cela s'ajoutèrent les incessantes transformations de détails (parfois importants) qui sont intervenues jusqu'à aujourd'hui.

Sous ces réserves, on peut évoquer les aspects suivants :

- Au centre, se dressait la masse des bâtiments épiscopaux encore en cours de travaux. L'existence de la chapelle Saint-André (la chapelle de l'évêque, à l'intérieur du palais épiscopal) attestée dès 1303, incite en effet à faire remonter les travaux de construction du palais épiscopal, sinon l'achèvement du monument, à la fin du XIIIe siècle. Ces bâtiments devaient se distinguer nettement, par leur volume et par leur technique, des constructions environnantes, moins d'ailleurs la cathédrale peu élevée que les murs à bossages et les tours du palais épiscopal d'allure fortifiée. Beaucoup de maisons devaient avoir un aspect extrêmement modeste si l'on en juge par les matériaux et les dimensions de celles qui ont été retrouvées au nord de la cathédrale.

- Au devant de la cathédrale s'étendaient, sans ampleur ni perspective, le cimetière [...] et la place (platea) où pouvaient se tenir des assemblées de justice. Nous savons qu'il existait, au moins dans le cours ou à la fin du XIIIe siècle, une rue droite [...] Les registres de justice livrent quelques équipements collectifs de la cité : un four du chapitre (1303), un moulin de l'évêque (1303), un abattoir ou une boucherie (macellum. Peu après 1331), une boulangerie du chapitre (pistoria) peu après 1331.

- Tout autour du groupe épiscopal, les tracés actuels laissent imaginer des rues à directions radioconcentriques, sans que rien ne laisse supposer l'existence d'un plan. Certaines rues auraient suivi la forme des remparts : rue Antelmy, rue Siéyès, rue Jean XII, rue de la Juiverie, rue Raynaude. D'autres rues auraient relié les précédentes : rue de Beausset, rue du Bourguet.

- En dehors des remparts, le développement urbain étendait des bourgs, peut-être à proximité de certaines portes. Un bourg neuf, commun pour lors à l'évêque et au chapitre, est attesté dans la transaction de 1271 [...] nous ne pouvons le situer précisément.

À l'est de la ville, le quartier du Bourguet apparaît, en 1304, dans les registres des Archives du Vatican. On ignore à quel moment le Bourguet a été englobé par le mur d'enceinte oriental rectiligne (fin XIIIe ? courant ou fin XIV° siècle ?) qui serait passé, antérieurement, plus à l'ouest. L'existence de ces excroissances périurbaines
devait être bien antérieure à 1271, puisque la transaction de 1180 avait déjà signalé des maisons, appartenant aux hommes du chapitre, "en dehors de la porte".

Au total, et pour l'époque qui nous occupe, il faut souligner l'aspect proprement insolite de ce paysage urbain. L'ancienneté de cette vision familière aux Fréjusiens, est très relative.

Ce paysage diffère radicalement du paysage et de l'organisation de la ville antique, à deux exceptions près : la continuité dans l'occupation du site, ou plutôt d'une très petite partie du site de la colonie romaine; la position centrale du groupe cathédral.
Ce lien avec le passé fut assuré par ces constructions ecclésiales conduisant à un groupement humain tout alentour. Ça et là subsistaient quelques vestiges anciens : on trouve mention d'une porte d'Antibes [...] nom traditionnel de l'actuelle Porte de Rome; la transaction de 1271 indique aussi l'existence du rempart antique, à propos d'un pati partagé entre l'évêque et le chapitre, dans le bourg neuf, à l'intérieur du rempart
antique [...] À l'intérieur même du Moyen-Âge, ce paysage tranche, peut-être, avec le paysage "urbain" des Xe-XIe siècles, si l'on admet l'hypothèse, pour ces siècles, d'un habitat très différent de ce que nous voyons, comportant une structure lâche ou même formé de plusieurs noyaux dispersés autour du groupe épiscopal entouré de vides, de terrains vagues et de cimetières. >>
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(1) - " FRÉJUS - Ve -XXe siècle, Déclins et Renaissances " par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1987) pages 28 à 31

ICONE : Photo J. Houben


Illustrations en attente de légendes


Tour A


Tour B


Tour C