La cathédrale

<< Le centre de la ville médiévale de Fréjus est marqué dans le paysage par la masse du groupe épiscopal. Certes, dans les temps modernes, les ruelles ont été élargies et la place de l'ancien cimetière, en avant de l'église, agrandie; certes une partie du palais épiscopal est tombée sous les coups des démolisseurs, et l'enceinte urbaine du Xlle siècle a en grande partie disparu, englobée dans les maisons; et pourtant, les grandes lignes du plan de la cité qu'illustra Jean XXII - et plus tard le cardinal de Fleury - sont encore lisibles de nos jours.

Cette cité médiévale est une petite agglomération ceinte d'une muraille de forme ovale et où toutes les rues viennent converger auprès de l'église.

Lorsque le promeneur arrive sur la place, devant la cathédrale, pour peu qu'il sache interroger les pierres, il apprendra à connaître une bonne partie de l'histoire de la communauté chrétienne.

Face à lui, voici l'octogone du baptistère du Ve siècle avec ses larges fenêtres en plein cintre.

Sur la gauche, dans la rue qui monte, s'étale la façade romane de la maison du Prévôt derrière les murs de laquelle se dissimule le cloître des chanoines.

À droite du baptistère, s'ouvre sous un arc en accolade le portail gothique de l'église, et au dessus du porche, monte le clocher carré roman que surmonte un tambour polygonal ajouté au XVIe siècle.

Enfin, sur l'autre côté de la place, une façade très sobre, celle du palais épiscopal du XIXe siècle, a remplacé la muraille fortifiée de la forteresse
médiévale dont il ne reste que l'aile orientale.

La première communauté chrétienne à Forum Julii est attestée en 374 et il y a de fortes chances pour que la création de l'évêché soit de peu antérieure à cette date. Où se réunissaient alors ces chrétiens, nous l'ignorons; mais ce qui est sûr, c'est qu'au Ve siècle, un groupe épiscopal a été bâti à l'emplacement de la cathédrale actuelle. Ses dispositions générales sont relativement bien connues. La présence de deux nefs juxtaposées, dédiées l'une à Notre-Dame et Saint-Léonce et l'autre à Saint-Etienne, et leur indépendance architecturale et fonctionnelle (la première fut le siège de l'évêque et l'autre l'église paroissiale), sont un souvenir de la cathédrale primitive formée de deux édifices jointifs. Une disposition semblable est connue dans des cathédrales de la fin de l'antiquité, comme Trèves, Aquilée, Parenzo ou Salone. Si seul le plan sommaire des églises primitives peut être restitué - rares sont les fragments de murs qui, en effet, peuvent être attribués à ce Ve siècle - par contre, un des monuments de cet ensemble complexe qu'était le groupe épiscopal est conservé: c'est le baptistère octogonal que son plan et son décor amènent à rapprocher du baptistère d'Albenga en Ligurie, bien daté par ses mosaïques du Ve siècle. Un massif décoré intérieurement de niches alternativement rectangulaires et semi-circulaires porte un tambour octogonal percé de fenêtres; le tout était couvert d'une coupole qui a été refaite
au XXe siècle.

Des transformations du monument durant le haut moyen âge, bien peu de chose subsiste, et qui plus est, il est difficile de donner une époque précise aux constructions les plus anciennes que les récents travaux de décapage permettent d'étudier.

Dans la nef de Saint-Etienne, des murs décorés d'arcades sont apparus et par place est conservée une voûte en petit appareil assez régulier. Sans doute est-ce là une construction du XIe siècle, mais la certitude manque. Cette nef a subi un remaniement dans le courant du XIIe siècle: alors ont été placés les piliers qui supportent une voûte en plein cintre faite d'un moyen appareil régulier à marques de tâcherons.

Vers le même moment ont été bâtis le narthex et la base du clocher. Dans les décades qui suivirent, la nef Notre-Dame reçut des voûtes d'ogives à branches carrées portées par de forts piliers rectangulaires. Pendant que la cathédrale changeait ainsi peu à peu d'aspect, les chanoines firent bâtir leur cloître au nord du baptistère.

Les travaux durèrent assez longtemps dans le XIIe siècle et sans doute le début du XIIIe siècle, pour que l'on puisse distinguer deux étapes nettement différenciées : construction de la galerie inférieure avec des arcatures brisées et des chapiteaux aux formes très stylisées, puis construction de la galerie supérieure décorée d'arcs en plein cintre, de chapiteaux au feuillage plus nerveux et de minces colonnes géminées.

Cette activité architecturale, particulièrement importante à partir du milieu du Xlle siècle, doit être replacée dans son contexte régional : la Provence connut alors un moment original de création artistique et cet essor de l'art coïncide avec une phase de développement économique sensible dans la plupart des cités et des bourgades de la région.

À une époque mal définie - dans le courant du XIIIe ou dans les premières années du XIVe siècle - doit se placer la construction du Palais épiscopal fortifié dont les murs en bossage sont partiellement conservés. Au rez-de-chaussée subsiste une salle voûtée en berceau avec des doubleaux et à l'étage, se voit encore la chapelle [...] couverte de voûtes d'ogives.

Les siècles qui suivirent amenèrent peu de modifications à l'architecture du groupe épiscopal ; mais quelques éléments du mobilier petit à petit accumulé ont subsisté. Au milieu du XVe siècle, les chanoines ont fait placer dans le chæur des stalles, avec des panneaux ornés de rosaces flanquées de gables et de clochetons.

Au même moment, un bénéficier du chapitre, Antoine Bonet, commanda au peintre niçois Jacques Durandi un retable décoré de l'image de Sainte-Marguerite et d'autres saints.

En 1530, fut rénovée l'entrée de l'église; elle s'ouvrit alors sous un grand arc en accolade décoré de feuilles de choux et flanqué de clochetons. Vraisemblablement en même temps, furent sculptés les vantaux de bois de la porte, oeuvre d'un artisan qui sut unir les traditions gothiques et les motifs ornementaux de la renaissance italianisante pour figurer des scènes de la vie de la Vierge, des images de Pierre et de Paul et des portraits. Ces tendances nouvelles, elles s'étalent dans un tableau représentant la Sainte Famille et peint en 1561, signé : Saturnus Romanus. Autre oeuvre classique, le tombeau des évêques de Camelin, Barthélémy (1599-1637) et Pierre (1637-1654), réalisé par un sculpteur génois. En 1778, le maître-autel de marbre fut donné par Monseigneur de Beausset. Les autres oeuvres d'art conservées à la cathédrale (crucifix du XVlle siècle, retables, Vierge de bois) sont mal datées.

Si du XVIe au XVIIIe siècle, les évêques et les chanoines n'apportèrent pas à la cathédrale des transformations considérables, il n'en alla pas tout à fait de même dans le reste de la ville. À l'époque où de nouveaux faubourgs se développaient à l'ouest de l'agglomération médiévale, vinrent s'installer les Minimes, vers 1522. Ils édifièrent la chapelle Saint-François de Paule dont l'activité du chantier nous est connue par les registres communaux entre 1542 et 1557 au moins : vaisseau couvert d'ogives à nervures.

Ainsi petit à petit s 'est modifié le paysage religieux de la cité pour répondre aux besoins de la communauté chrétienne et aux exigences des transformations économiques et sociales. >> (1)


Description

<< Il s'agit d'une cathédrale à deux nefs dont les remaniements successifs n'ont peut-être pas altéré la disposition primitive. Les fonctions de cette dualité des vaisseaux ne sont pas clairement établies, mais ce dispositif se retrouve ailleurs en Provence (Aix, Apt, peut-être Antibes) et dans le monde romain. À Fréjus, l'existence d'une nef nord Saint-Etienne et d'une nef sud Notre-Dame est attestée dès 1179. Jusqu'au XVIIIe siècle, la première servait d'église paroissiale et la seconde d'église cathédrale. L'aspect actuel résulte, pour l'essentiel, des campagnes de travaux des XIIe et XIIIe siècles qui ont surmonté et englobé les édifices antérieurs. L'absence de fouilles véritables empêche une compréhension précise du développement des constructions. Cependant, les décapages de 1960 ont permis à P-A. Février de proposer une chronologie relative fondée sur l'examen externe des bâtiments.

- Un vestige des constructions antiques (Ve siècle) pourrait se trouver dans le mur de la nef Notre-Dame situé au nord du narthex. Des travaux de l'époque carolingienne subsistent seulement quelques fragments de plaques de chancel du IXe siècle [...]

- Au XIe siècle, dans la partie occidentale de la nef Saint-Etienne, pourrait avoir existé une nef voûtée. Sur l'emplacement du narthex et de la nef Notre-Dame,une nef plus ancienne (l= 12,5 m.) était couverte d'une charpente. Pour lors, le cloître n'existait pas.

- Vers le milieu du XIIe siècle, la nef Saint-Etienne qui avait été prolongée vers l'est de trois travées voûtées, reçut, sur sa moitié occidentale, une nouvelle voûte en berceau plein-cintre sur doubleaux ; elle communiquait alors avec la nef Notre-Dame par une série d'arcs étroits. À l'intérieur des murs de la première travée de l'ancienne nef Notre-Dame, fut construit, comme base d'un clocher, le narthex actuel.

- À la fin du XIIe siècle ou au début du XIIIe siècle, la réfection de la nef Notre-Dame reprit et prolongea les murs latéraux de la nef antérieure ; des voûtes d'ogives retombant sur des piliers massifs couvrirent les trois travées ; trois arcades construites en sous-œuvre ouvrirent une large communication entre les deux nefs. On assista aussi à l'achèvement du narthex et à l'édification du clocher. Dans le même
temps, les travaux de construction du cloître étaient peut-être en cours [...] >>
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(1)- La cathédrale de Fréjus (Var) par P-A Février (Imprimerie Lescuyer et fils-Lyon) photos : Guillet, Lescuyer
(2) - " FRÉJUS - V° -XX° siècle, Déclins et Renaissances " par Louis ROBION, professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1987) pages 47 et 48
(3) ouvrage cité page 50
(4) ouvrage cité pages 53 à 55


ICONE : photo J. Houben


Illustrations en attente de légendes

Marques de tâcherons