Le Barban

Le roc du Barban, à 8 km au Nord de Saint-Raphaël, à pic de tous côtés, sauf à l'Ouest, forme
au-dessus de la source des Rosiers, un plateau s'avançant de 80 m environ vers l'Est, sur une largeur moyenne d'environ 25 m. Déclive vers le Nord, il montre plusieurs tas de pierres sèches dont la forme circulaire paraît être celle d'anciennes huttes ruinées, où abondent d'ailleurs les restes de tuiles à rebord. Le long du sentier d'accès, un amoncellement d'éboulis semblerait indiquer l'existence d'une ancienne muraille longeant la crête, s'il ne paraissait plus naturel de les attribuer à des murs perpendiculaires dont on aperçoit encore des restes, l'un, vers le haut, ayant encore 5 m de long, un autre à 6 m au-dessus, et un troisième à environ 25 m. D'autres vestiges, qu'on aperçoit un peu plus au Nord, pouvaient peut-être contribuer à barrer le côté le plus accessible. Enfin il en a subsisté quelques-uns dans certaines anfractuosités de la barre naturelle qui pouvaient offrir un passage, et un ouvrage accessoire existait encore sur l'éperon Sud où s'aperçoivent plusieurs pans de murs de 1 m 50 d'épaisseur : l'un au Nord, visible encore sur 5 m de longueur, élevé sur les rochers en dessus d'une arrête transversale, l'autre formant l'angle Sud-Est de l'ouvrage et enfin le dernier peu visible, à l'Ouest.

Sur la surface, de 8 m à peine sur 5, entourée par ces ouvrages, nous avons trouvé un fragment de meule en porphyre rouge parfaitement taillé, de 0,2O wm sur 0,2O m. On reconnaît d'ailleurs de nombreux blocs de ce même porphyre étranger, évidemment ramassés dans les cailloutis du ravin, au milieu des matériaux de construction en pyroméride, empruntés sur place à la roche elle-même.
La plupart des poteries recueillies étaient à pâte fine, fragments d'amphores, etc.; cependant aux tegulœ à rebords se trouvaient aussi mélangées des poteries primitives grossières et mal cuites, ainsi que quelques galets et fragments calcaires, sûrement apportés.

La vue est masquée au Nord par l'Estérel, qui ne permet pas d'apercevoir l'Auriasque; à l'Est, le Bonnet du Capélan est au premier plan. A l'Ouest, s'élèvent les Maures avec le Pic de Cabasse et Peygros, le Castellas de Roquebrune et le camp de Collet-Redon. Au fond de la vallée d'Argens apparaissent les collines des Arcs et de Taradeau.

A environ 1200 mètres au Sud de la maison dite Logement des Cantonniers, dans la forêt domaniale de l'Estérel, se trouve l'énorme rocher de Barban, isolé sur une crête que couronne à son sommet une plate-forme défendue sur tout son pourtour par des escarpements naturels et complétée par places au moyen de murs en pierres sèches. J'ai trouvé dans cette station un grand .nombre de poteries grossières, à peine cuites, à gros éléments, comme on en ramasse dans les autres camps. C'est à 1800 mètres environ à l'Est que se trouve un autre rocher, tout analogue, mais encore plus important, présentant aussi les traces d'une enceinte complémentaire. C'est le Bonnet de Capélan, coté 214 sur la carte d'Etat-major.(1)


Un système de défense peu attesté sur l'oppidum du Barban à Fréjus

Dans le cadre d'une campagne de prospections sur la massif de l'Estérel, un aménagement particulier de l'accès Sud-Est de l'oppidum du Barban a été observé. Il s'agit de blocs de pierre bruts, plantés de chant en avant de l'entrée. Un sondage pratiqué s'est révélé stérile en matériel archéologique, mais a montré que l'aménagement était volontaire. Il pourrait remonter au IIe ou Ier siècle avJC.
Les auteurs s'interrogent sur sa fonction, défensive ou cultuelle.

Circonstances de la découverte

A la faveur d'une campagne de prospection archéologique qui s'est déroulée en 1993 et qui a porté en grande partie sur le massif de l'Estérel et les sites de hauteur [...], nous avons eu l'occasion de visiter à nouveau les oppida déjà recensés sur la commune de Fréjus, et notamment celui du Barban [...], situé dans la forêt domaniale de l'Estérel, au lieu-dit le Bas Malpey, à 8 km au nord de Saint-Raphaël [...].

Cet habitat fortifié de sommet, voisin à l'est du Bonnet du Capélan, et culminant à 251 m NGF, domine les pentes de l'Estérel vers les Darboussières et Plan Guinet. A pic de tous côtés à l'exception de deux couloirs étroits à l'Ouest et au Sud-Est, où l'accès est cependant en pente très raide, il est situé à proximité d'une source (source des Rosiers), sur un piton exigu de 2000 m2 de superficie environ (fig. 1).


L'entrée principale du site (fig. 2), au Sud-Est, est barrée par un mur en pierre sèche à parement simple en restanque. A l'Ouest, un passage très escarpé permettant de rejoindre un sentier de crêtes traversant un vallon, est également barré par un mur de restanque à parement unique.

Sur le plateau sommital, affectant une forme allongée d'Est en Ouest, mais relativement plat et protégé du mistral par des saillies rocheuses, une série de clapiers indiquent la présence de constructions, sans doute les vestiges de cabanes, assez nombreuses, bâties sur des terrasses dont on voit encore certains murs de soutènement.

Le matériel, relativement abondant, inclut de la céramique italique, de la céramique commune à pâte claire, de la sigillée claire, de la céramique modelée et des fragments d'amphores africaines et massaliètes, des tegulae, ainsi que des fragments de meules en rhyolite.

Une monnaie de Sévère-Alexandre y a également été trouvée il y a quelques années [...]. Il est donc possible de dater l'occupation originelle du site entre le IIe et le Ier siècle avJC, avec une réoccupation au IIIe s. apJC. (à cette dernière période appartiendraient peut-être les fonds de cabanes visibles actuellement).

Lors de la visite de vérification du mois d'avril, nous nous sommes aperçus de la présence de nombreux blocs de pierres parallélépipédiques de hauteur variable (que nous avions d'abord pris pour des coffrages, peut-être de tombes), émergeant plantés de chant sur un replat précédant le raidillon d'entrée Sud-Est de l'habitat, et formant barrage au ras du sol à l'accès du site. Cette formation énigmatique nous a poussés à ouvrir un sondage consécutivement à la campagne de prospection.


Résultats du sondage

D'une dimension de 3,50 m sur 2,50 m, il a été pratiqué à l'Ouest du chemin d'accès, à l'emplacement d'un ensemble de blocs plantés particulièrement visible. Il s'est révélé stérile en matériel archéologique, à l'exception de deux tessons de céramique commune trouvés dans la couche d'humus, et qui paraissaient provenir du sommet du site. Les blocs, grossièrement taillés et de forme parallélépipédique (rectangulaire ou carrée), ou triangulaire, au nombre de 26, étaient plantés peu profondément dans une couche de terre jaune au contact direct avec le substrat rocheux (grès rouge permien) qui affleurait en plusieurs endroits. Des pierres de petites dimensions servant de calage ont été notées au pied de certains d'entre eux. La hauteur des blocs (il en a été dégagé 22 en tout) varie entre 29 et 59 cm, avec une majorité mesurant entre 35 et 45 cm. Certains éléments de dimensions plus importantes ne sont pas des blocs indépendants mais des remontées du rocher laissé en place. L'ensemble est grossièrement aligné d'ouest en est, de manière à former un véritable hérisson barrant l'entrée du site.

Au terme de l'opération archéologique, le sondage a été remblayé et le site rendu à son aspect initial.


Les pierres plantées du Barban : fonction défensive ou cultuelle ?

La fonction de cet ensemble de blocs partiellement fouillé qui part d'un premier éperon rocheux
(A fig. 2) à l'entrée Sud-Est du Barban, et s'étend jusqu'à un rocher isolé et à-pic plus l'est (B fig. 2), nous est apparue d'emblé
évidente. Il s'agirait d'un dispositif de protection complémentaire, sorte de cheval de frise minéral précédant l'entrée principale de l'habitat et visant à ralentir l'arrivée à pied ou à cheval du visiteur, amical ou non.

Ce renforcement du dispositif défensif, qui semble de prime abord superflu à cause de la nature déjà difficile du terrain, est cependant justifié par la vulnérabilité plus grande de l'accès Sud-Ouest. En effet, l'autre entrée du site (à l'Ouest), également barrée par un mur, est moins évidente et abordable, de par sa situation, pour un voyageur ne connaissant pas la région. Elle est aussi plus étroite et abrupte, et donc plus facile à surveiller ou à défendre. L'entrée Sud-Est, plus directe et qui n'est protégée par aucun fossé mais par le mur en pierre sèche déjà mentionné, justifie donc plus de l'utilisation d'un système de type "ralentisseur". [...]
(2)

(1)- Texte de H. Muterse dans le C/R du Congrès préhistorique de France par A Guebhard - 1905
(2)- "Un système de défense peu attesté sur l'oppidum du Barban à Fréjus" par C. GÉBARA, I. BÉRAUD, A. CONTE, F. LAURIER et J-M. MICHEL dans "Documents Archéologie méridionale 19-20" (1996-1997) pages 201 à 204.


ICONE : Cl. Y. Jude