Port-Fréjus

Les origines et les évolutions


Les origines de Fréjus remontent à une époque largement antérieure à la naissance du Christ. La vocation maritime de Fréjus, possible capitale des Oxybiens, est établie par une occupation de la basse vallée de l'Argens. Les marécages existant au sud-est de la butte Saint-Antoine ont pu servir d'abri pour des embarcations dès l'âge du fer. Il est vraisemblable que cet abri sommaire, déjà alimenté par un petit bras dérivé du fleuve Argens dont on retrouve encore des vestiges au quartier de Villeneuve, a été
choisi par les Romains pour y construire leur port dès 39 avant J.C.
.
Le bassin, aménagé et terminé, semble-t-il, aux environs de 31 avant J.C. Est vaste puisqu'il recueille près de 300 navires de tous modèles, saisis par Octave et le général Agrippa à la bataille d'Actium. Des ateliers, nombreux et importants, bordent le port.

Il est possible de suivre l'histoire du port jusqu'au règne de Marc-Aurèle, c'est-à-dire environ 180 après J.C. Il fonctionne parfaitement, il est même agrandi et fait l'objet de nombreuses améliorations, comme par exemple des ouvrages de protection pour le mettre à l'abri des vents du sud et, surtout, de l'est et du sud-est, les plus dangereux.

A partir de la fin du règne de Marc-Aurèle, l'Antiquité reste muette sur ce port fameux.
Au Moyen Âge, la charte de la fin du Xe siècle consentie par le comte de Provence pour le récompenser d'avoir restauré la ville détruite et ruinée par les Sarrasins, concède à l'évêque Riculphe l'exploitation et la jouissance du port à perpétuité, c'est-à-dire que l'évêque perçoit, pour le compte de son diocèse, les droits sur toutes les marchandises entrant dans le port ou en sortant.

Pendant toute l'époque médiévale, Fréjus exportera le blé et les marchandises venant à dos de mulets de toute la basse Provence.

Puis le silence s'abat de nouveau sur le port jusqu'en 1560, date à laquelle, dans une brève relation de voyage en Provence, le chancelier de L'Hôpital, qui chaperonnait Marguerite de France, dernière fille de François 1er, écrit au sujet de sa visite à Fréjus :

" Des jardins ont pris la place de ce port romain maintenant délaissé par la mer"

Une seule phrase relevée dans l'histoire de Fréjus de Charles Lentheric donne l'explication de cette disparition du Port romain de Fréjus.

"Un port comme Fréjus, établi en pleine zone d'atterrissements, était destiné à une décadence rapide. Comme Ravenne, Ostie, Narbonne et Aigues-Mortes, le port de César a subi la loi fatale de l'envasement. "

En définitive, ce port aura fonctionné pendant près de quinze siècles avant de restituer à la nature les marécages que l'homme avait chassés. Toutefois, une réalité s'impose l'origine de la ville de Fréjus ne peut s'expliquer que par la création par les Romains d'un abri de dimensions importantes autour duquel sont venues s'entraîner la plupart des légions qui s'embarquaient pour l'Afrique et dont la présence a provoqué l'installation de commerçants et d'industriels avec leurs familles. Très bientôt, la population a atteint 20 000 puis 30 000 âmes.

Cette lointaine histoire explique la volonté de François Léotard de restituer à la ville sa vocation maritime en la dotant d'un port de plaisance qui soit digne du port romain. Il n'était pas question, certes, de creuser à nouveau un port à l'emplacement du précédent.

Au sud de l'ancien port existait, après la Seconde Guerre mondiale, une zone, anciennement marécageuse, mais totalement asséchée, pratiquement inhabitée, s'étendant sur une trentaine d'hectares et débouchant sur la plage de Fréjus.

Le 12 juillet 1948, un arrêté interministériel approuve le plan d'urbanisme de Fréjus qui prévoit l'ouverture entre le centre ville et le front de mer, d'une voie nouvelle.
Toutefois, il faudra attendre, en 1961, l'élection d'André Léotard pour que cet arrêté soit mis en œuvre et prenne le nom de boulevard du Clocher. Il reçoit l'approbation unanime du conseil municipal mais rencontre une opposition très soutenue de la part des riverains, et sa
construction étant sans cesse retardée, le mandat du<maire s'achève sans qu'il ait reçu un commencement d'exécution.

La nouvelle municipalité Héritier ne désavoue pas le projet et décide de classer tout le secteur en zone naturelle à urbanisation future au plan d'occupation des sols, entrepris en 1974 et voté à l'unanimité par la même municipalité le 13 janvier 1977.

François Léotard, profondément imprégné de l'histoire de Fréjus, imagine de remplacer le boulevard du Clocher par un port de plaisance. Le Conseil municipal est acquis dans son ensemble à l'idée d'un port à intérieur des terres qui ne déborde pas de son littoral et qui soit perpendiculaire à la mer afin de rompre un front d'habitations répété indéfiniment tout au long de la ligne du rivage. Les élus décident donc, à l'unanimité, en juillet 1979, d'entreprendre des études pour mettre en œuvre le projet de la Z.A.C. (Zone d'Aménagement Concertée) et du port. Consultée quelques années plus tard par un sondage classique, la population approuve cette proposition par 83 % des personnes interrogées.

La procédure

La zone qui est arrêtée par le Conseil municipal s'étend sur 287 000 m2, et est partagée entre 63 propriétaires dont la commune de Fréjus, qui possède 4,7 ha. La collectivité ne peut acquérir de terrains sans avoir consulté le service des Domaines qui fixe le prix, lequel doit être respecté par l'acquéreur. Le Conseil municipal prend alors trois décisions importantes : la création d'une SEM dénommée : Société d'Économe Mixte de l'Aire de Fréjus ISEMAFI, puis la demande au préfet d'une déclaration d utilité publique. et enfin la création d'une zone d'aménagement concertée.

Fin septembre 198ô le Conseil municipal concède à la Société d'Économe Mixte l'aménagement de la zone cette concession prévoit que, parvenue à son terme, la SEMAF devra remettre gratuitement à la commune tous les ouvrages qu'elle aura construits, bassin voirie, réseaux, parking et tous ouvrages publics. Dans le cadre de la Déclarationd'Utilité Publique (DUP), 60 propriétaires sur 63 vendent leur bien à l'amiable. Seuls les trois derniers refusent. Au final, un seul propriétaire, promoteur de son état, refusera judiciairement l'expropriation. Il s'agit d'une ZAC publique et la concertation avec les habitants et les associations locales a été permanente. Tous les citoyens de Fréjus ont pu suivre, mois après mois, l'évolution et la progression du projet.

Le plan d'eau du port, qui s'étend sur 7,2 hectares, a été inauguré le 12 juillet 1989.
Il a été creusé et aménagé par des entreprises choisies à la suite d'appels d'offres conformes aux règles du code des marchés publics sous le contrôle formel et technique des services départementaux de l'Équipement.

2 000 000 m3 de sable d'une grande pureté, retirés du futur bassin, ont été aspirés, conduits dans des tubes et déposés sur la plage de Saint-Aygulf, distante de deux kilomètres, Grâce à cet apport considérable, cette plage qui s'amaigrissait chaque année a pu être sauvée. La digue principale du port a été construite par la mise en place de 2 000 000 tonnes de blocs pierreux pesant entre 50 kg et 12 tonnes.

D'ici 2005, le grand dessein des cinq maires qui se sont succédé depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale aura enfin été conduit à son terme. Quel édile entreprendra de faire renaître le port romain ?

Le port peut abriter 740 bateaux de 5 à 30 m, 490 emplacements d'amarrage ont été amodiés pour 35 ans, les 250 autres sont loués et, aujourd'hui, font partie du patrimoine communal.

La construction des immeubles d'habitation qui ceinturent le port a fait l'objet d'une exposition présentation. L'architecture proposée a été largement approuvée par un nombreux public et l'architecte coordinateur a imposé aux promoteurs le style choisi qui,aujourd'hui encore, séduit de très nombreux visiteurs.

En 2003, le problème d'urbanisme soulevé par le Conseil d'État en 1995 a trouvé une solution. Aussi le maire de Fréjus s'apprête-t-il à mettre en œuvre la deuxième et dernière tranche du projet sur des terrains qui appartiennent en propre et sans contestation à la commune.

Texte de Gilbert LECAT dans "Fréjus, ville d'art et d'histoire" (Œuvre collective - 2004) Pages 180 à 183

ICONE : Cl. R. Hacquard


Creusement du port (Doc : Augibert, R. Hacquard, "Le Sémaphore")