Le départ de l'empereur Napoléon
pour l'île d'Elbe


<< La chute de l'Empire avait été accueillie dans le Var avec soulagement. Trop de décrets impériaux heurtaient les sentiments ou les intérêts des Varois : les jeunes gens envoyés dans les armées d'Espagne ou d'Italie, les hommes obligés d'aller assurer régulièrement le service des garde-côtes, le commerce par mer interrompu, le Pape prisonnier...etc

En route pour l'exil, Napoléon est acclamé jusqu'à Lyon, mais il va connaître dans la vallée du Rhône et en Provence une hostilité grandissante, l'humiliation, les menaces et la peur :

- Donzère le 24 avril 1814 : les habitants essayent d'immobiliser sa berline et demandent qu'on leur livre le Corse,

- Avignon le 25 avril : manifestations violentes,

- Orgon le 25 avril : Napoléon humilié est menacé de mort par la foule. Son effigie en potence est brûlée. Intervention du Commissaire russe.

Après ce calvaire, Napoléon propose de devancer sa berline d'une heure en voyageant seul, déguisé en coursier. Il parcourt ainsi pendant trois heures la route et s'arrête dans une auberge (la "Calade") avant Aix.

Il repart de nuit dans sa berline habillé en général autrichien jusqu'au Luc où il se rend au château de Bouillidou. Deux escadrons du "Liechesten-Hussard" y campent déja lorsque l'Empereur et son escorte s'y présentent vers 16h du mardi 26. Il descend de voiture enveloppé du long manteau du général Koller et coiffé d'une casquette, accoutrement qui lui avait évité d'être reconnu et lynché par la foule. Choquée de le voir ainsi travesti dans l'uniforme ennemi, sa soeur Pauline refuse de l'embrasser. Napoléon, reprenant sa dignité...reprend ses habits et remet sa tunique d'officier des Guides de la Garde.

Il était initialement prévu d'embarquer à Saint-Tropez sur le brick "L'Inconstant ", dépêché depuis Toulon par la Marine redevenue "Royale", mais le mauvais chemin des Maures ne permettant pas le passage de la trentaine de voitures de la suite et des bagages, les commissaires décident qu'on prendrait la mer à Saint-Raphaël.

Après avoir appris par son maitre d'hôtel chargé des dépenses privées du voyage que sa cassette contenant 60.000 francs avait été dérobée pendant la nuit, il quitte le Bouillidou pour gagner Fréjus où il arrive à 10h. Il s'installe à l'auberge du maître de postes Pascal (Actuellement : 129, rue Charles De Gaulle) qui lui donna, dit-on, la même chambre occupée deux mois plus tôt par le pape Pie VII. Il n'est l'objet ni d'insultes ni de menaces et les curieux envahissent même respectueusement couloirs et escaliers pour l'apercevoir.

Dans la rade, étaient mouillée deux frégates, une anglaise l'"Undaunted " commandée par le capitaine Usher, et une française la "Dryade " aux ordres de M. de Montcabrier, toutes deux battant pavillon anglais. Il refusa les services de Montcabrier et envoya vertement promener le patron du brick "L'Inconstant " qui l'aurait attendu à Saint-Tropez :

"Allez vous faire foutre avec votre brick pourri "

sans se douter que ce modeste bâtiment lui serait attribué par Louis XVIII au lieu de la frégate promise !

Le vent manquait quand le soir du lendemain jeudi, l'Anglais vient le chercher en voiture pour le conduire à bord. Ils sont accueillis à Saint-Raphaël par 24 coups de canon tirés en l'honneur des officiers russes et autrichiens que le fugitif, dans son orgueil inconscient, prend comme un hommage.

Le vent revenu, on atteindra mollement Elbe après cinq jours de mer, le 3 mai 1814.

... / ...

Un an plus tard, le 2 mars 1815, Napoléon, ayant quitté l'île d'Elbe, débarqua avec 1500 hommes à Golfe Juan. Dès qu'il en eu connaissance, le Comte Bouthillier, préfet du Var du gouvernement de Louis XVIII, se rendit à Fréjus avec quelques gendarmes et ce qui restait du IVe de Ligne, régiment stationné à Draguignan, dans le but d'arrêter dans l'Estérel l'empereur déchu ... mais celui-ci avait choisi la route des Alpes !

Pendant les Cent-Jours, la majeure partie de la population varoise se borne à une attitude de prudente expectative.

Après Waterloo, il y a naturellement un mouvement populaire contre les partisans de Napoléon : des gens sont molestés, des maisons pillées. Mais nous sommes loin des massacres qui ensanglantèrent d'autres départements.>> (1)

(1)- Texte origine inconnue

ICONE : image origine inconnue