L'arrivée du général Bonaparte à Fréjus.

<< Le 17 Vendémiaire, an VIII, (9 octobre 1799), dans la matinée, quatre bâtiments de guerre furent aperçus mouillés à proximité de Saint-Raphaël, devenu le point d'atterrage du golfe, depuis l'ensablement de l'entrée du port romain de Fréjus, située à moins d'un kilomètre de ce village. C'étaient les frégates "Le Muiron " et "La Carrère ", avec les chebecks "La Revanche " et "La Fortune ".

Le bruit s'étant répandu que le général Bonaparte se trouvait à bord du "Muiron" , les habitants de Saint-Raphaël et de Fréjus s'empressèrent d'accourrir sur la plage, saluant de leurs acclamations cette arrivée inespérée de l'homme dont on attendait le salut de la France. Le petit port de Saint-Raphaël dépendait d'un fonctionnaire de la marine faisant sa résidence à Fréjus ; mais le service des quarantaines avait été placé dans les attributions de la municipalité de cette ville, dont l'autorité à cet égard, s'étendait tout au long de la côte, jusqu'à Théoule.

L'amiral Ganteaume, commandant supérieur des bâtiments sur rade, ayant demandé, pour le jour même, la libre entrée du général et de sa suite, le préposé de la Santé à Saint-Raphaël ne crut pas pouvoir prendre sur lui de dispenser les arrivants des délais sanitaires strictement prescrits. Le Lieutenant du port s'empressa de venir à Fréjus, pour rendre compte de ce qui se passait aux Agents-municipaux, dénomination substituée à celle de maires et de consuls, lesquels se rendirent aussitôt sur le bord de la mer, où ils rencontrèrent un officier chargé par Bonaparte lui-même de leur demander, à eux, la libre entrée refusée par leur préposé.

Par une délibération prise sur les lieux, et qui porte l'empreinte de l'enthousiasme qui les entouraient, ceux-ci,

" au nom des intérêts de la République " (un avenir prochain se chargeait de commenter ces mots qu'on ne lit pas sans surprise)

arrêtèrent

"que la libre entrée serait accordée sans nouveau délai au général Bonaparte et à sa suite ",

et qu'en outre,

"afin de donner au vainqueur d'Egypte une preuves de leur attachement, ils se rendraient à bord de la frégate Le Muiron, décorés de leurs écharpes, pour lui exprimer l'expression de leurs vœux, et les sentiments de leur plus vive reconnaissance ".

Ils purent fournir au général, qui depuis plus de deux mois était sans nouvelles de la France, les premiers renseignements sur les affaires publiques, qu'il avait hâte de connaître.

Déjà, au moment de quitter Fréjus, les Agents-municipaux avaient reçu de lui, par l'intermédiaire de l'amiral Ganteaume, une demande à ce sujet, en même temps qu'il les faisait prier de mettre à sa disposition un courrier extraordinaire pour porte ses dépêches au Directoire. Les actes de l'époque ne nous apprennent rien sur les circonstances du débarquement du général Bonaparte et de son entrée dans Fréjus, qui durent se faire au milieu des mêmes acclamations qui avaient salué sa présence à bord.

On sait seulement qu'il logea à l'Hôtel tenu alors par M. Peyrremond, dans le local actuel de l'Hôtel-Gay [aujourd'hui Hôtel-Arena], où se trouvait de passage le général Peyrremond, de la même famille.

Pressé de se rendre à Paris, Bonaparte ne s'y reposa que quelques instants, le temps de voir arriver une berline de voyage, que la famille Tripoul, du Puget, mettait à sa disposition.>> (1)

(1) - J-A Aubenas "Histoire de Fréjus" (Première partie, chap.1) pages 341 à 343

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