Saint-Raphaël


<< Saint-Raphaël (avec la plage de Fréjus) est reconnue par les Alliés comme étant le point clé du débarquement permettant des offensives terrestres rapides afin de dégager une tête de pont de 70 km sur 30 km. Pour interdire tout renfort par la vallée de l'Argens et les routes de pénétration alpines, une division aéroportée est larguée dans la zone du Muy, le matin du jour J.

Des noms de code sont attribués aux plages de débarquement. Les Services de Renseignements alliés connaissent avec précision, à l'est et à l'ouest de Saint-Raphaël, les moyens de défense dont la Wehrmacht dispose.

Le Haut Commandement allemand sait que, confronté aux puissants moyens des Alliés, la faible couverture littorale de la Wehrmacht volera en éclats. Il pare au plus pressé. Dès le 3 août, les bataillons arméniens et russes de l'Ostlegion, recrutés dans les territoires occupés de l'est, jugés peu sûrs, sont renforcés par des compagnies d'infanterie allemande d'excellente valeur.

Les passages de formations de bombardement alliées devenant incessants, les habitants des villes de Saint-Raphaël et de Fréjus se réfugient dans des abris. Les services de la défense passive territoriale ne sonnent plus les alertes trop rapprochées. Des familles ont fui dans les collines boisées de l'Estérel.
Rappelons que ce mot ne vient pas d'estelio (étoile) mais de esterlo (stérilité). Une sainte ermite, Esterelle, donnait des enfants aux femmes en pèlerinage dans ce désert de roches. Cette légende inquiéta-t-elle le contre-amiral américain Don P. Moon, celui qui doit donner l'assaut à "Red Beach" ?
Le 5 août, il se suicide. Événement banal. Peut-être un intersigne pour la flotte US qui doit se présenter devant Saint-Raphaël.


15 août

À Saint-Raphaël, c'est la fête de l'Assomption habituellement célébrée à la paroisse de Notre-Dame de la Victoire, vaste bâtisse qui domine les quais du port. La statue de Saint-Pierre, le patron des pêcheurs raphaëlois, n'ira pas,passager d'une barque, rendre hommage à la statue de la Vierge Marie sur l'île du Lion de Mer. Car l'église est dans le réseau des défenses allemandes. Tout autour, des maisons ont été détruites à l'explosif par l'occupant pour dégager les champs de tir. Depuis plusieurs jours, des bombes pleuvent sur les plages et l'arrière-pays. Des coups de canon... On évoque le débarquement allié dont on parle tant. Les ouvrages de fortification que les unités du Génie allemand ont multipliés depuis dix mois résisteront-ils ? Il y a tant de barbelés, d'obstacles en béton piégés avec des mines, de rails plantés aux abords des plages,
de barrages sur les routes...


11h

Des dragueurs de mines s'aventurent en direction de "Red Beach". Le feu adverse est si précis qu'ils doivent s'éloigner. Les batteries allemandes s'acharnent sur les LST manoeuvrant à 4 miles en mer. Les tourelles de 155 du croiseur français "Dugay-Trouin", celles de 305 du cuirassé américain "Arkansas" pilonnent les défenses de "Red Beach". Vers midi, ils sont relayés par 93 bombardiers Liberator qui lâchent 200 tonnes de bombes. L'amiral Lewis, commandant naval de la "Force Camel", a demandé cette intervention massive.>> (1)

(1)- H. Julien "Le Guide du Débarquement de Provence" (Éditions de Provence 1994) Pages236 à 239.