Évènements méditerranéens
avant le 15 août 1944


<< La conquête du Maghreb, en novembre 1942, par des forces anglo-américaines est le prétexte saisi par les Allemands pour s'emparer de la zone libre en France. Une gestion directe par les forces d'occupation s'établit progressivement. Les commissions d'armistice sont supprimées. En AFN, elles ont été contrôlées par les services secrets français et n'ont réalisé que des enquêtes superficielles sur les effectifs et les matériels militaires.

Hitler n'ignore pas qu'une armée d'excellente valeur et de moral élevé s'y met en place et que des cadres de l'armée d'armistice ont quitté, sur ordre, le territoire français pour la rendre plus opérationnelle.

L'Allemagne a des soucis avec son alliée méditerranéenne au bord de la trahison. La Wehrmacht désarme 20 divisions italiennes, en Italie du nord et dans le sud de la France, soit 330 000 hommes. Par une opération militaire, elle s'empare de la côte française de Provence. Elle y installe une barrière d'ouvrages défensifs où sont utilisées des unités de l'Ostlegion composées de volontaires recrutés dans les pays de l'est soumis.

En décembre 1943, le général D. Eisenhower commande les forces alliées en Méditerranée. Il fait étudier les plans d'un débarquement dans le sud de la France. Cette opération stratégique a été prévue à la conférence de Téhéran.
Les Anglais ne sont pas favorables à un tel projet (1).

La préparation se fait avec des fortunes diverses. Sa réalisation dépendra du succès des combats en Italie et des disponibilités en unités combattantes et en moyens matériels de transport.

Les Français n'ont connaissance du plan élaboré qu'en mai 1944. Ils souhaitent participer à la libération d'un territoire français et le font savoir.

À Casablanca, s'est tenue, en janvier 1943, la "Conférence d'Anfa". Le président des USA F.D. Roosevelt a promis au représentant français, le général Giraud, d'équiper en armements américains 11 divisions de l'Armée d'Afrique et d'aider au renouveau de son aviation. En premiers résultats, à partir d'avril 1943, débarquent à Alger, les matériels pour moderniser 3 divisions d'infanterie avec leurs services. Des "Liberty ships" livrent les premiers véhicules et la maintenance pour la création d'unités blindées.

Le Comité Français pour la Libération Nationale (CFLN) formé à Alger, le 3 juin 1943, contrôle l'amalgame des "giraudistes" et des "gaullistes" au sein des forces armées françaises d'AFN.

Dès le courant de l'été 1943, 4 divisions d'infanterie et 2 divisions blindées françaises sont sur pied. L'entraînement est intensif. L'adaptation aux armements américains a été immédiate. Un "Corps Expéditionnaire Français" est créé que la "Conférence du Caire" décide d'engager dans la guerre.
Condition à son utilisation en France : faire ses preuves sur les champs de bataille italiens.

Au premier trimestre 44, les "Forces Françaises d'Afrique du Nord" comprennent 8 grandes unités bien armées et manoeuvrières :

- 4 constituent le CEF "Corps Expéditionnaire Français" sous les ordres du général Juin. Débarqué en Italie, en décembre 1943 le CEF a immédiatement démontré ses qualités combatives.

- 3 autres sont confiées au général de Lattre de Tassigny.

- 1 unité blindée est transportée en Grande-Bretagne et participe au débarquement de Normandie : la 2e DB.

À ces grandes unités s'ajoutent un régiment de parachutistes, le Bataillon de Choc et le Groupe des Commandos d'Afrique.

Le 4 juin 1944, après une offensive générale, Rome est conquise. Disloqué, le front italien perd de son importance. Des unités du CEF peuvent être prélevées et lancées sur les côtes de Provence.

En France, l'offensive alliée se poursuit en Normandie et démontre la nécessité d'un nouveau et excellent port à grand trafic. Ce sera Marseille.

Le débarquement est décidé pour le 15 août 1944. Il porte le nom de code de "Opération Dragoon". Les unités françaises sont, dans un premier temps, placées sous les ordres directs du général US Clark. Puis, elles agissent en force autonome française en liaison avec l'E.M. général des Alliés.>> (2)


Préliminaires au Débarquement allié
sur les côtes de Provence

<< Le plan stratégique du débarquement allié sur les côtes de la Provence reçoit le nom de code de "Opération Anvil". Définitivement arrêté à la mi-juillet 1944, on lui donne la nouvelle appellation de "Opération Dragoon". L'idée de manoeuvre est simple. Elle consiste à établir une large et profonde tête de pont entre Saint-Raphaël et Cavalaire.

Le débarquement de forces importantes réussi, on s'empare des places fortes de Toulon et de Marseille. Puis, on neutralise les vallées alpines et on fonce par la plaine du Rhône vers Lyon et Vichy, siège du gouvernement français.


Dans le temps, cette manoeuvre s'articule ainsi :


Dans une première phase.

Avant l'heure H du débarquement naval, une division aéroportée est larguée sur la zone du Muy pour interdire tout renfort allemand vers les plages et neutraliser les éléments de réserves installés dans cette région.

En protection des flancs de l'opération, il y a, à l'ouest, les actions de commando du "Special Service Force" américain afin de détruire les canons lourds des îles d'Hyères et également l'attaque par le "Groupe de commandos d'Afrique" des batteries allemandes du Cap Nègre. À l'est, tactiquement moins important, le "Groupe naval d'assaut de Corse" intervient à Théoule.

À l'heure H, se déclenche simultanément, entre Cavalaire et Agay, la mise sur les plages de 3 divisions d'infanterie d'assaut US (les 3e, 36e, 45e) et d'une force blindée française.

Au jour J+1, doit être réalisée une tête de pont passant à l'intérieur des terres par Théoule, Bagnols-en-Forêt, Trans-en-Provence, Collobrières. C'est la "Blue Line".


Dans une deuxième phase.

Le 2e Corps d'Armée français débarque. Il est composé de 2 divisions d'Infanterie et d'une division blindée.

La suite du plan concrétise le débarquement du reliquat des forces en attente, des actions convergentes vers Toulon et Marseille, puis la remontée de la vallée du Rhône et la conquête des massifs alpins.

Les convois d'attaque, les transports de troupes et les unités des marines de guerre de protection et d'appui de feux viennent des zones de regroupement de :

- Mers el Kebir et Bizerte, en A.F.N.
- Corse
- Naples, Brindisi, Tarente, en Italie.

La flotte de débarquement est composée de bateaux de catégories diverses naviguant à des vitesses différentes sur des distances extrêmement variées. Les réunir au jour J avec une précision mathématique pour ne point gêner le déroulement des opérations en différents points des côtes de Provence fut un travail d'E.M. considérable et demanda des mois de préparation et d'organisation.

Une fort belle réussite !

Pour réaliser une opération de cette envergure, sans coup férir, il faut être parfaitement renseigné. Des informations sont systématiquement recherchées. Elles proviennent de reconnaissances aériennes et de comptes rendus faits par les organisations de résistance et les agents spéciaux en mission en France. Des atlas précis sont constitués ainsi que des albums photographiques. Tout détail nouveau ou prêtant à suspicion est recoupé par des missions aériennes ou fait l'objet de questionnaires précis envoyés aux réseaux de renseignements opérant sur le terrain. Le quartier général allié en AFN publie des synthèses concernant les moyens, dispositifs et mouvements des unités allemandes.

L'attaque des forces coalisées en zones opérationnelles provençales n'est, à aucun moment, un saut dans l'inconnu. Le général Eisenhower écrit dans ses mémoires :

"... nous avions la certitude qu'il restait très peu de forces allemandes dans le sud de la France... Nous étions sûrs que la ligne de défense allemande serait rapidement percée..."

Pour coordonner en France les opérations de sabotage et de guérilla, un organisme centralisateur existe à Alger. "Special Operations Branch" de l"'Office of Strategic Service" américain et "Special Operation Executive" britannique oeuvrent en commun sous la direction du "Special Projects Operations Center".

On améliore les liaisons entre les maquis français et les forces d'invasion. On parachute des "Jedburgh teams", équipes dirigées par un officier allié, comprenant un officier interprète français et un radio. Les Jeds agissent en uniformes militaires. Leur mission consiste à établir des contacts avec les réseaux de renseignements et de sabotage repérer des terrains de parachutage, évaluer les besoins des maquis.Dans le sud de la France, 11 détachements sont envoyés. Leur action est gênée par des rivalités et des querelles entre factions de la Résistance. Certains chefs de maquis exagèrent leurs effectifs et leurs possibilités d'action pour disposer d'un plus grand nombre de largages aériens de fonds et d'armement.

Pendant la préparation de l'opération "Dragoon", une intense action psychologique est menée autant auprès de la population française que des troupes allemandes. Une intoxication fut faite jusqu'à l'échelon 0KW (quartier général de la Wehrmacht). C'est l'OWI (service psychologique du QG américain de Naples) qui la conduit avec intelligence et dans le secret. À Alger, existe un service de fabrication de tracts de propagande. Il emploie de nombreux rédacteurs et traducteurs. Une diversion d'envergure est menée à la Ciotat par moyens aériens et maritimes.

Dans la préparation du débarquement allié sur les côtes de la Provence, aucun détail n'est laissé au hasard ou à l'improvisation. Les moyens matériels et d'appui de feux sont considérables.

Une attaque des îles d'Hyères est réalisée par des forces spéciales de commando.

"La First Special Force" est engagée avant l'heure H. Sous le commandement du colonel Robert T. Frederick, elle a participé à des opérations dans le Pacifique nord, puis s'est entraînée en AFN. En février 1944, elle combat dans la tête de pont d'Anzio et a des pertes importantes. Reconstituée, elle intervient en Provence dans la nuit du 14 au 15 août. Elle constitue la "Sitka force" et s'empare des îles de Port- Cros et du Levant, en face d'Hyères. Elle est dissoute à la fin de l'année ,1944.

 

Les Forces aéroportées alliées.

La First airborne task force "RUGBY FORCE"

À partir de février 1944, tous les éléments susceptibles d'être parachutés ou aéroportés, disponibles sur les théâtres d'opérations du pourtour méditerranéen, sont regroupés. Il s'agit de créer une division aéroportée.
Par le Maroc, des appareils rejoignent les aérodromes italiens (plus de 400).
Les USA fournissent des planeurs WACO et 350 pilotes. Un gros effort d'amalgame et d'entraînement est réalisé.

Avions et planeurs volent en Provence dans un couloir de 8km de large au-dessus d'Agay et des Arcs. Les formations sont à 600 m d'altitude. Les appareils portent l'étoile blanche des forces US et des bandes noires. Toutes précautions d'horaires, d'itinéraires, d'altitude, de reconnaissance ont été prises. Les missions sont précises. Les unités de parachutistes sont renforcées par des éléments mis à terre par planeurs (unités antichars, mortiers lourds, unités du génie...)

La "First Airborne Task Force comprend :

- la 2e Independent Parachute Brigade britannique
- le 517e Parachute Infantry Regiment
- le 509e Parachute Infantry Battalion
- le 1er Battalion Parachute Regiment
- le 55le Battalion Parachute Regiment
- le 550e Glider Infantry Regiment.
- des groupes d'artillerie, du génie, des services de santé et de l'intendance les accompagnent.

Mise à pied d'oeuvre, avec des fortunes diverses, dans la zone du Muy, la force aéroportée a pour mission essentielle de bloquer les voies de communication allemandes vers les zones de débarquement des Alliés. Elle détruit les unités d'intervention ennemies stationnées dans la vallée de l'Argens et à Roquebrune. Elle soutient l'action de la 36e division US dans son attaque
sur Fréjus.

Bilan au jour J (de 4 h 20 à 18 h 20)

Sont parachutés ou mis à terre par planeurs :

- 9 000 hommes
- 220 véhicules légers
- 400 tonnes de matériels >>
(3)

(1)- Churchill préférait atteindre l'Autriche puis l'Allemagne à partir de la Yougoslavie..
(2)- H. Julien "Le Guide du Débarquement de Provence" (Éditions de Provence 1994) Pages 10 à 12
(3)- Ouvrage cité, pages 45 à 51..