FRÉJUS

15 août

<< Selon les plans d'opération de l'E.M. des forces alliées, Fréjus, après un débarquement sur "Red Beach", devait être conquise dans la journée du 15 août 1944. il n'y a que 3 km entre la plage et la cité historique, plaque tournante géographique dont le contrôle est indispensable pour élargir la tête de pont.

Mais la force d'assaut du capitaine de vaisseau Bailey, transportant le 142e Régiment d'infanterie US, se heurte au feu nourri et précis des Allemands retranchés sur la plage de "Saint-Raphaël Nord".

Plusieurs tentatives de débarquement ayant échoué, le contre-amiral américain Lewis, à 14h05, juge irréalisable la mise à terre des unités d'infanterie. Parce que les Allemands de la 242e Division d'infanterie, sous les ordres du général Baessler, sont de bons soldats, la mission initiale du 142e Régiment d'infanterie US se trouve modifiée. Le contrôle des ponts sur la rivière l'Argens ne peut être réalisé afin d'assurer la jonction avec les troupes US débarquées à La Nartelle et fonçant vers Saint-Raphaël, le long de la route côtière.

Une équipe de parachutistes est larguée sur le mont Vinaigre, point culminant du massif de l'Estérel. Elle est dotée de moyens d'observation et de transmission. Avec consternation, les hommes du commando voient les péniches de débarquement abandonner "Red Beach" et reprendre la haute mer.

Au cours de la journée du 15 août, les hommes du major général John E. Dahlquist, commandant la 36e Division d'infanterie US, atteignent, en fin de soirée, les alentours de Fréjus. Deux bataillons du 142e ont ratissé Valescure. Reste, avant de reprendre la marche en avant, à attendre le 3e Bataillon qui a 15 km de chemin à parcourir à travers le maquis de l'Estérel. Il faut modifier le plan initial. D'ailleurs, pas mal de nettoyage reste à faire dans les anciens camps militaires français de Cais et de Gallieni où quelques points d'appui ennemis résistent encore.


16 août

La progression des fantassins américains reprend dès le petit matin. On leur a expliqué que Fréjus fut fondé par Jules César, 49 ans av.J.-C., pour abriter la flotte de guerre romaineet servir d'arsenal et de base de départ aux légions. Pourquoi s'étonner que la route bordée de ruines antiques menant à cette ville, soit encombrée, en ce jour de bataille, par des blindés, des camions, tout un matériel impressionnant comme en Sicile et en Italie ? Les GI sont persuadés de refaire l'histoire à leur façon américaine.

13h55.

La base aéronavale bordant le littoral est conquise par une action vigoureuse. Des avions de liaisons et d'observation pourront désormais atterrir ; puis des bombardiers "Marauders" français (1)

Le 1er Bataillon et le 3ème Bataillon du 142e Régiment d'infanterie US entrent dans Fréjus et fouillent les ruelles. La population les accueille avec joie. Les enfants sont ravis des plaquettes de chewing-gum offertes et de leur découverte d'un attirail de guerre inconnu. Quelqu'un sonne les cloches à l'église de Saint-François de Paule, le saint patron de la cité.[...] . Accompagnant la liesse populaire, des tirs sporadiques d'armes automatiques, des bruits sourds de canonnade...


17h.

Encore quelques accrochages au nord de la ville, près de la R.N. 7. Les 105 et les 155 Howitzer de l'artillerie US interviennent. Pas le temps de visiter le temple bouddhiste, cette bizarrerie dans le paysage. On se promet de revenir en touristes, la guerre achevée.


18h

Nouvelles empoignades, cette fois aux alentours du camp militaire français de Cais. Brutal pilonnage par les batteries US. Les derniers soldats allemands se rendent. Le soir du 16 août, la région de Fréjus est totalement "nettoyée". Les fantassins américains s'engagent sur les routes qui conduisent vers Brignoles
et Draguignan.

Malgré bien des incidents et quelques pertes, l'opération "Camel" s'est déroulée avec succès."(1)


RÉSULTATS DE L'OPÉRATION "CAMEL"
AU 18 AOÛT 1944
(J+3)

- 80 000 hommes et 5 000 véhicules débarqués avec approvisionnements et munitions
- 2 800 prisonniers allemands
- 800 soldats alliés hors de combat
- 3 dragueurs de mines et 2 vedettes coulés dans la baie de Fréjus.
- 1 LST coulé au Dramont.

(1)- H. Julien "Le Guide du Débarquement de Provence" (Éditions de Provence 1994) Pages 131 à 134.