Anthéor


<< Les guides touristiques signalent Anthéor comme étant "un calme séjour aimé des artistes". Ce ne fut pas le cas dès novembre 1943, date à partir de laquelle, par vagues, les "Liberator" américains s'acharnent sur le viaduc de la voie ferrée Cannes-Saint-Raphaël. Les maisons d'alentour sont écrasées sous les bombes. Il faut couper liaisons, ravitaillement et passages de troupes entre la France et l'Italie. Construit en large courbe dans une vallée encaissée, cet ouvrage d'art est difficile à atteindre par un coup au but. Le 24 novembre 1943, le trafic fut interrompu. Malgré une succession d'attaques, aucune des arches ne sera totalement détruite.

À la mi-septembre, 30 bombes à retardement sont semées sur Anthéor par un raid nocturne allié. Des équipes du bataillon de marins pompiers de Toulon participent à la remise en état des voies ferrées.

Avec son goulet étroit donnant accès à la plage, Anthéor est un point fort du système local des défenses allemandes. Abruptes et déchiquetées, les côtes rocheuses sont d'accès difficile. L'E.M. allié le sait. Il y fait débarquer des unités de Texans aguerris qui se sont distingués sur les champs de bataille italiens. La préparation par le feu est d'autant plus importante. Bombardiers par vagues. ( Les 3 redoutables batteries de Flak ont été retirées pour assurer la protection des ponts stratégiques sur le Rhône sans cesse bombardés). Tirs concentrés des canons de marine de l'amiral Deyo,commandant le "Bombardement Group" naval auquel est rattachée la 3e Division de Croiseurs français du contre-amiral Auboyneau. La plage d'Anthéor a reçu un nom de code "Blue Beach"


15 août

L'heure H est 8h30. Le 141e Régiment d'infanterie US du colonel Harmony se lance à l'assaut de la plage. Les péniches prennent pour point de repère le viaduc où des rails pendent au-dessus des ruines du tablier écroulé. Pendant deux heures, le feu allemand ne cesse pas un instant, battant tout l'espace maritime entre l'île des Vieilles et le Cap Roux. Deux canons de Pak coulent 3 LST du capitaine de frégate Herring. Des hommes du 1er Bataillon se noient. La plage disparaît dans un rideau de fumigènes. Gràce à cette protection tactique, des péniches d'assaut pénètrent dans le goulet et débarquent sur l'étroite plage des unités d'infanterie et des chars amphibies. Une deuxième et une troisième vague foncent sur les ouvrages allemands. Dès lors, les réactions ennemies deviennent sporadiques. Toute défense cesse à l'arrivée d'une quatrième vague.

La puissance de feu des assaillants américains est écrasante. Les G.I. texans escaladent les hauteurs qui dominent la petite baie. Une soixantaine de Feldgrau se rendent après une courte bagarre. Pour la plupart, ils sont des Polonais requis par la force sur le front de l'est.


12h

Le débarquement est achevé. Prudemment, les fantassins US inspectent les défenses d'Anthéor pour les neutraliser : abris souterrains, casemates garnies de lance-flammes, nids de mitrailleuses, approvisionnements. Leur surprise est de taille. Le dispositif est intact malgré le bombardement aérien et naval des Alliés. Alors, ils se réjouissent et se félicitent. Des Allemands aguerris et désireux de se battre auraient pu, en tenant le terrain très longtemps, leur infliger de terribles pertes.>> (1)

(1)- H. Julien "Le Guide du Débarquement de Provence" (Éditions de Provence 1994) Pages 73 à 76.