Fréjus, ville de garnison


« Nos archives portent que, depuis la délibération du 22 octobre 1845, Fréjus, pour des raisons d'intérêts économiques en faveur de la population, demande à l'Armée de s'installer sur son territoire.

Les demandes ne se comptent pas au cours du XIXe siècle, pour que soit prise en compte l'installation d'une garnison à Fréjus.

Le 11 janvier 1900, le Conseil municipal renouvelle ses démarches pour obtenir un régiment. Le Ministre de la guerre répond au Maire qu'il n'est pas possible de faire de notre ville un centre militaire. "Aucun avantage d'ordre militaire ne
milite en faveur de l'installation d'une garnison à Fréjus".

Le Ministre répondait à un rapport adressé par la Municipalité
de Fréjus :

"Depuis 1883, époque à laquelle St-Raphaël a commencé à devenir une ville de saison et à prendre une importance toujours croissante, Fréjus, au contraire, n'a fait que décliner en perdant quelques services : les arrêts des trains rapides, la tête de ligne du chemin de fer du littoral, l'employé du télégraphe et les fils télégraphiques de grande communication. En un mot, chaque fois qu'on en a trouvé l'occasion, on nous a arraché une plume pour en parer les ailes de St-Raphaël"

Fréjus offre 400 000 F. et les accessoires pour favoriser l'installation de troupes à demeure.

Nous sommes quelque peu déçus par l'attitude de notre député Monsieur Jourdan. Il penche pour la candidature de Draguignan qui souhaite l'installation des troupes à demeure.

Le Maire envoie le rapport ci-dessus à Maître Martini, notre concitoyen, propriétaire de la villa Magdeleine et bâtonnier du barreau de Paris. Nous comptons sur son influence. Hélas, la réponse ci-dessus du ministre ne nous laisse plus aucun espoir.

Le 8 décembre 1904, la Municipalité demande aux autorités compétentes de bien vouloir étudier le projet de casernement à Fréjus d'un régiment d'artillerie. Nous ferons tous les sacrifices utiles et mettrons à la disposition de l'Armée, à cinq kilomètres de la ville, un terrain de manœuvre et de tir de 26 hectares et d'un seul tenant. La municipalité expose les motifs qui militent en faveur de cette installation :

"Cette ville, située au milieu de la côte d'azur sur un vaste mamelon, est d'un accès facile. La station P.L.M. comprend trois quais d'embarquement. Elle se trouve être au carrefour de routes importantes. Fréjus, très bien aérée, dans un site merveilleux avec une vue superbe sur la mer, alimentée en eau potable très pure de la Siagnole. L'état sanitaire est absolument parfait. Cette ville ancienne domine la vaste et fertile plaine de l'Argens dans laquelle l'on récolte d'énorme quantités de fourrage, avoine orge, feverolles, paille, toutes denrées nécessaires à la consommation de la cavalerie."

Pendant trois ans, l'on attend vainement une réponse favorable. Le 13 avril 1907, le Conseil municipal constate que l'application de la loi de séparation des églises et de l'État a mis dans l'obligation les pensionnaires du Grand séminaire diocésain et l'évêché d'évacuer deux grands immeubles. Depuis, ils sont vacants

"et je ne puis prévoir, dit le Maire, à quelle destination ils pourraient être affectés. Les locaux sont immenses et nécessitent, dans un temps plus ou moins éloigné, des réparations importantes qui ne s'expliquent pas s'ils ne devaient jamais être utilisés. D'autre part, les commerçants de Fréjus ont eu à subir des préjudices considérables du fait de la fermeture de ces deux établissements et du départ de ces ecclésiastiques qui formaient la meilleure partie de leur clientèle."

Le 14 septembre de la même année, nous apprenons le projet de création d'un camp militaire avec champ de tir dans la région de Fréjus-Le Puget-Roquebrune et Le Muy.

Immédiatement, Fréjus propose les locaux du Grand séminaire. Ils peuvent devenir, soit une caserne, soit un hôpital militaire. L'ex-évêché (actuelle Mairie) pourrait se convertir en siège de l'État-major. Le 11 mars 1908, le Ministre déçoit à nouveau notre attente :

"Il n'est pas possible d'envisager la création de nouveaux camps d'instruction avant que le programme actuel, en cours d'exécution,ait reçu son complet achèvement."

Le 8 août 1908, nous formulons de nouvelles et pressantes propositions :

"Un vaste camp serait installé sur un terrain dans la région comprise entre Fréjus, Le Puget, Le Muy et Bagnols sur un terrain peu accidenté
et se trouverait desservi par de nombreuses voies de communication qui sillonnent notre région : grande route nouvelle d'Italie, celle de Fréjus
à Bagnols. Le projet d'établissement d'un tramway électrique de Fréjus à Bagnols. Le chemin de fer au sud, sans parler des quais du P.L.M. Les eaux de la Siagnole pourraient être facilement être
amenées par la société des eaux et de l'électricité. L'Armée trouverait sur place fourrages, produits de la terre, air sain et
salubre.

Des hivers à climat tempéré, des étés à l'air rafraîchi par la brise de mer, une salubrité parfaite. La mer, pour les bains de propreté des hommes. Le fleuve Argens pour favoriser les exercices des pontonniers. L'ancien évêché pourrait être utilisé pour les bureaux. Notre hôpital, qui va s'agrandir de l'aile droite, pourrait être converti en hôpital mixte. La ville céderait gratuitement les terrains communaux compris dans le périmètre des camps."

Ainsi constitué, notre Conseil municipal confie ce dossier important pour l'avenir de notre ville à notre sénateur G. Clemenceau. Il semble en faire son affaire !

La D.M. du 20 mars 1913 nous dit que le gouvernement recherche de nouveaux locaux pour le casernement des troupes en prévision de la loi de trois ans. Le Grand séminaire, toujours vacant et inutilisé, répondrait à cet objet. La ville propose :

"de faire à l'État remise à titre gratuit des locaux, de laisser les places publiques de la ville à la disposition des troupes pour l'exercice, l'eau potable à tarif réduit, la prise d'égout gratuite, de recevoir les malades dans notre hôpital et le versement à l'État d'une subvention de 100 000 F pour un bataillon de ligne et de 150 000 F pour un
bataillon de chasseurs alpins."

La Municipalité a étudié que l'apport pour notre cité d'un bataillon de ligne serait de 260 000 F. et un bataillon de chasseurs alpins de 310 000 F. La D.M. du 5 juin 1913 nous apprend que le Ministre répond que :

" le Séminaire n'est pas assez grand pour recevoir un bataillon. Il faudrait se contenter de deux compagnies à effectif nouveau."

La ville révise alors sa générosité. Elle n'offre plus que 30 000 F. au lieu de 100 000 F. et 50 000 F. au lieu de 150 000 F. Si l'autorité militaire décide de transformer le Séminaire en magasins militaires, il n'y aura de la part de la ville, aucune contribution.

La guerre de 1914-18 a donné une solution à notre problème. Le nouveau Ministre de la guerre, le général Galliéni, propriétaire dans notre ville, attaché à notre climat, décide de reprendre toutes les anciennes propositions de la Municipalité pour organiser, sur notre territoire, des camps de transition climatique pour les troupes arrivant de climats différents de celui de la métropole. Les camps seront provisoires.

Le 1er avril 1915, arrivent les premiers bataillons sénégalais, les 26e et 27e du 3e Régiment mixte colonial, et la 2e compagnie du 7e bataillon de marine. Du 1er avril 1915 au 30 avril, nous recevons 1 621 hommes de troupe et 46 mulets. Il devait passer dans nos camps de transition du 1er mai 1915 au 31 mai de la même année : 33 800 officiers, hommes de troupe et 1 402 chevaux et mulets. Le mois suivant : 46 031 hommes et 232 mulets et chevaux. Dans tous les coins du territoire, en particulier au bord de la mer, l'on crée des camps volants de transition propres à recevoir des hommes nous arrivant du monde entier.

La municipalité, prévoyante, pense à l'après guerre et au maintien définitif à Fréjus des troupes qui, pour l'instant, semblent s'être installées provisoirement pour la durée des hostilités.

Le 29 septembre 1917, nous cédons gratuitement la parcelle Section N° 1 099 sise à La Lègue (D.M. 34) La D.M. 378 porte que l'hôpital hospice vend les terrains nécessaires pour l'installation des camps indochinois. Ils deviendront "Camps Galliéni". Le 14 novembre 1919, nous autorisons l'installation du
cimetière de la Baume, le second après celui de Galliéni. Le 2 janvier 1920, l'immeuble du Grand séminaire, jusqu'alors hôpital militaire, est mis à la disposition de l'Armée qui y installe son état-major de la Place. Le 7 juin 1921, nous cédons à l'État les parcelles nécessaires à l'installation des camps de La Lègue.

Sûre de l'installation définitive de l'Armée, notre Municipalité va se montrer maintenant moins généreuse. Par exemple, nous donnerons l'ancien séminaire, mais à la condition d'un règlement de taxes de casernement. À toutes les demandes, la ville répond qu'elle :

"ne peut pas aliéner le patrimoine communal, sans larges compensations"...

Malgré cela, nous consentons une location provisoire et gracieuse du terrain de manœuvre de Ronflon. puis des exonérations de frais de casernement et d'une taxe réduite pour l'occupation du champ de tir de La Lègue.

Les rapports de la ville et de l'Armée, tant pour ce qui est de l'administration que des habitants, ont toujours été chaleureux. Je cite en référence ce que fit le Commandant d'armes, le Colonel Lame, pour aider, la guerre terminée, les Fréjusiens à refaire démarrer l'agriculture locale. L'Armée se mêla à la population, l'aida si bien que le colonel devint une haute et combien sympathique personnalité locale.

Lorsque l'on créa la musique militaire, dite la nouba, purement composée d'homme de couleur, la ville offrit spontanément tous les instruments. Elle n'eut jamais à regretter cet hommage.

Le 2 novembre 1931, l'Armée quitte le centre ville en remettant l'ancien séminaire devenu Caserne Mangin. Nous voulions y installer un centre administratif et une salle des fêtes. Cela ne fut pas réalisé. L'immeuble, détruit lors du bombardement du 15 août 1944, fut rasé. Le nouvel immeuble administratif, comme la salle des fêtes, datent d'après la catastrophe de Malpasset.

Les guerres de 1939, d'Indochine, d'Algérie contribuèrent à conserver son importance à Fréjus, ville de garnison. »
(1)


(1) M. Foucou « FRÉJUS, REGARDS SUR UNE CITÉ » (Éditions Serre/1982) Chap. «Fréjus, ville de garnison» pages 103 à 105.



ICONE : cl. origine inconnue