Les AUBERGES
de la GRANDE RUE SAINT-FRANCOIS à FREJUS

(17e et 18e siècles).


Aux siècles passés, le voyageur qui, venant de l'Ouest, arrivait à Fréjus, pénétrait dans la ville par la Porte Saint-François située à l'extrémité de la rue du même nom. Cette rue, qu'il ne faut pas confondre avec la rue Saint-François de Paule actuelle, est devenue la rue du Général de Gaulle après avoir porté successivement les noms de: rue Saint-François, Grande rue Saint-François, rue Nationale, rue de la Liberté. La Porte Saint-François fermait la ville très exactement à l'angle Nord-Ouest de l'hôtel Aréna actuel.

A cette époque où les moyens de transport étaient très lents et par conséquent les étapes très rapprochées et nombreuses, chaque ville ou village possédait plusieurs auberges pour accueillir les voyageurs. Ces lieux étaient généralement situés aux entrées des villes : à Fréjus la Grande rue
Saint-François en comptait plusieurs.

Au début du 19e siècle, trois auberges sont réputées pour avoir accueilli deux voyageurs célèbres qui par deux fois se sont arrêtés à Fréjus :

BONAPARTE, revenant d'Egypte, a fait halte le 17 vendémiaire an VIII ( 9 octobre 1799) à l'Hôtel PERREYMOND ( l'Hôtel ARENA actuel).

Le Pape Pie VII, prisonnier de Napoleon Ier, est reconduit en Italie, il passe la nuit du 6 au 7 août 1809 dans l'auberge tenue par Michel Lange JOURDAN et située dans l'Hôtel des Quatre saisons au n° 75 de la rue du Général de Gaulle (1).

Pie VII qui se trouvait prisonnier à Fontainebleau est renvoyé à Savone, il s'arrête de nouveau à Fréjus et passe la nuit du 8 au 9 février 1814 à l' Hôtel PASCAL ou de la Poste, tenu par Michel PASCAL maître de poste, situé au n° 129 de la rue du Général de Gaulle.

NAPOLEON Ier arrive à Fréjus le 27 avril 1814
et séjourne également à l'Hôtel PASCAL avant d'embarquer le lendemain pour l'Ile d'Elbe sur le vaisseau anglais "L'Intrépide"


La Grande rue Saint-François comptait d'autres auberges et d'autres lieux où les voyageurs pouvaient se restaurer ou se loger. De plus l'examen des cadastres anciens des 17e et 18e siècles nous montre que le quartier comptait de nombreuses boutiques, échoppes et écuries où œuvrait tout un peuple de maréchaux-ferrants, charrons, selliers, bourreliers et bastiers au service des voyageurs, des postillons, des rouliers et des muletiers.

L'étude de ces cadastres a permis d'ébaucher l'historique des trois auberges qui se trouvaient à l'entrée de la ville :


- l'Hôtel des QUATRE SAISONS,
- l'Hôtel PERREYMOND, anciennement auberge du CHAPEAU ROUGE (l'Hôtel ARENA actuel) et
- l'Hôtel PASCAL qui le jouxtait et qui a cessé depuis longtemps d'être un hôtel.


Hôtel des Quatre saisons

C'était la résidence du Lieutenant de l'Amirauté de Fréjus.

L'hôtel est vendu en 1794 comme bien appartenant aux émigrés.

En 1809, Michel Lange JOURDAN en est le tenancier puis en devient propriétaire en 1811.
Les familles JOURDAN et PASCAL sont apparentées


Hôtel PASCAL

Son origine parait remonter au milieu du 18e siècle.

A son emplacement présumé (n° 129 de la rue du Général de Gaulle) s'élevait vers 1700 la demeure de François BORRELLY seigneur de Seillans.

Cette maison fut acquise en 1723 par Noé CABAN, ménager puis vendue par sa veuve Marie BERNARD, à Joseph BONNET maître de poste à une date que l'on ne peut préciser.

On peut penser que c'est à ce moment-là, soit aux environs de 1740-1750, que Joseph BONNET y installa la poste aux chevaux et une auberge.

Joseph BONNET a vendu son bien le 13 octobre 1765 à Jean PASCAL maître de poste, originaire de Cannes.

Les descendants de Jean PASCAL, son fils Jean (1747-1815), puis son petit-fils Michel Paulin (1779-1848) héritent de la charge de maître de poste et de l'auberge qui devient l'Hôtel PASCAL ou de la Poste.


Hôtel ARENA

Son origine est probablement plus ancienne.

A sa place s'élevait dans la seconde moitié du 17e siècle l'Auberge du CHAPEAU ROUGE qui en 1691 appartient à Balthazar CHAVIGNOT.

La famille CHAVIGNOT est originaire de Draguignan.

En 1628 Estienne CHAVIGNOT se marie à Fréjus et y achète en 1646 une boutique et une chambre dans la rue Saint François dans le pâté de maisons entre la Porte Saint François et la rue Saint Pons (actuellement rue Gallus) qui à l'époque comporte un grand nombre de propriétaires.

On ne peut dire à quel moment a été créée l'auberge du CHAPEAU ROUGE mais en 1683 on trouve la description des biens de Balthazar CHAVIGNOT "hoste", c'est-à-dire aubergiste. Cette description correspond à celle de l'Auberge du CHAPEAU ROUGE.

La première mention de cette appellation apparaît en 1691 au décès de Balthazar CHAVIGNOT.

Par la suite l'Auberge du CHAPEAU ROUGE passe entre les mains des héritiers successifs de Balthazar, héritiers que l'on peut retrouver grâce à l'examen des cadastres ou autres documents d'archives.

Messire Joseph CHAVIGNOT bénéficier de la Métropole d'Arles et frère de Balthazar hérite de l'auberge mais en 1696 le tenancier, sinon le propriétaire, en est Jean BELEGRAN, aussi originaire de Draguignan, leur cousin par leur mère.

Joseph CHAVIGNOT en fait don à son neveu Joseph MICHEL le 10 avril 1711.

Joseph MICHEL échange l'Auberge du CHÂTEAU ROUGE avec Jean PERREYMOND contre une maison rue Saint François par acte passé devant Me TAXIL notaire à Fréjus le 2 octobre 1748.

A partir de 1748 le bien reste dans la famille PERREYMOND.

Honoré et Jean Honoré PERREYMOND fils et petit-fils de Jean en sont successivement les propriétaires.

C'est Jean Honoré qui est aussi capitaine de grenadiers qui tient l'auberge au passage de Bonaparte en 1799.

Sa fille Catherine Pélagie prend sa suite et, en 1826, le propriétaire est Honoré POUGNET qui est aussi huissier et qui a épousé Catherine Pélagie qui est d'ailleurs sa cousine germaine.

Par la suite l'Hôtel PERREYMOND devient l'Hôtel GAY ou du MIDI.

A partir de 1826, l'histoire de ces deux hôtels reste à faire jusque vers 1920 où on les retrouve réunis sous le nom d'Hôtel DELUBAC, hôtel qui subsistera jusque vers 1945. (1)

(1) D'après "Les Auberges de la Grande rue Saint-François à Fréjus" par Jean DESTELLE
dans le Bulletin de la Sté d'histoire de Fréjus n° 1 - septembre 2.000 (pages 16 à 19)
(2)-cf. "Historique de l'Hôtel des Quatre saisons à Fréjus",par Albert CIAMIN, Jean DESTELLE et MD GERMAIN-CIAMIN (Bulletin n 22 du Cercle généalogique du Sud-est varois,pages 59 à 70).


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