AUTOUR du MILIEU du XVIe SIÈCLE

<< Pour les décennies qui encadrent le milieu du XVIe siècle, il serait donc possible d'ordonner quelques arguments permettant de tracer un tableau affligeant de Fréjus :

- dispute entre le roi et l'évêque au sujet de la possession de la seigneurie,
- séquelles de l'invasion de 1536,
- divisions et désordres religieux,
- envasement du port et état sanitaire alarmant.

Une telle description constituerait une contrevérité. Au contraire, il faut souligner l'esprit de décision avec lequel la communauté affronta, dans le même temps, les émeutes des "guerres de religion" et ses grands problèmes d'urbanisme. Cette capacité d'action reposait sur la solidité de la foi, sur la
vigueur de l'esprit communal et sur la disponibilité en ressources d'une cité en pleine vitalité.

Sur le plan de la foi, rien n'indique une baisse de la ferveur, mais beaucoup de besoins spirituels s'accomodaient des formes traditionnelles de la piété.
Le maintien de la dévotion aux saints protecteurs et thérapiques, et le goût du miraculeux se retrouvent dans le développement rapide du culte de Saint
François de Paule qui suivit l'établissement des Minimes en 1522 [...] Un autre signe de foi fervente se trouve dans le nombre des chapelles édifiées au cours et, particulièrement, vers le milieu du siècle :

- chapelle Saint-Joseph (avant 1517),
- Notre-Dame des Grâces (dès 1545),
- Notre-Dame du Palais (1555),
- Saint-Jean de Latran (après 1564),
- la première chapelle des pénitents noirs (avant 1567).

Les destructions des guerres de la Ligue prolongèrent ce mouvement par des reconstructions (Saint-Pons, entre 1577 et 1584, Saint-Joseph, 1598, Saint-Pierre, 1608) ou des réparations (Saint-Roch, vers 1615). Des confréries offraient à cette foi active, un cadre moins soumis au monopole des clercs. Certaines, très liées à la communauté, avaient leurs prieurs nommés ou approuvés par le Conseil de ville : celle du Corpus Christi (ou du Saint-Sacrement) et celle du Saint-Esprit. Au moment des "guerres de religion",
le sursaut catholique se traduisit, à Fréjus, comme souvent ailleurs, par la création (ou la réorganisation ?) des confréries de pénitents (25 mars 1564, pour les Pénitents blancs) [...]

À l'époque du concile de Trente, les mascarades de la fête des Innocents (1558), dans la cathédrale, nous offrent un dernier exemple de cette foi traditionnelle qui ne séparait pas strictement le sacré et le profane Le viguier épiscopal et l'évêque Léon Orsini qui essayaient d'interdire ces réjouissances burlesques ne reçurent qu'injures et menaces de la part des participants à la fête. [...]

Avec la foi catholique, l'affirmation d'un vigoureux sentiment communal marqua le milieu du XVIe siècle :

- Moralement, il reposait, comme dans toutes les communautés provençales, sur un égoïsme exclusif de tous ceux qui n'étaient pas nés dans le terroir ou qui n'avaient pas été reçus comme habitants de ville.

- Juridiquement, il était conforté par les droits que la communauté avait acquis des évêques et des rois qui, pour lors, se disputaient la seigneurie de la ville. Deux transactions concédèrent, à la communauté,
une partie des droits seigneuriaux des évêques. Par la transaction du 24 septembre 1526 [...] François Orsini, représenté par son vicaire général
Angelo Odo de Confinjo, consentit à d'importants abandons de droits en faveur de la communauté :

- l'évêque conservait ses droits de directe seulement sur une partie des biens, c'est-à-dire les reconnaissances de biens faites depuis 1489-1490 ou inscrites dans le Livre des reconnaissances modernes de Jean Vaixière (livre que nous ne connaissons pas);

- la communauté recevait les deux fours du Chapitre (contre une pension de quarante florins par an), l'intégralité du bon denier pour les frais de garde de la côte, le droit de pêche dans l'étang, et obtenait des assurances sur l'honnêteté et le mérite des officiers nommés par l'évêque.

Par la transaction du 27 juin 1565, confirmée le 11 avril 1567 [...], Bertrand Roman renonça à ses droits seigneuriaux de directes, censives, lods et ventes sur tous les biens des particuliers dans Fréjus et son terroir. Il céda, à la communauté, les moulins et les scieries de I' Iscle de Puget, ainsi que le droit de dériver l'eau de l'Argens dans l'ancien port et de construire tous les moulins et engins voulus. En contrepartie, il reçut une pension de 450 écus d'or et se réserva quelques privilèges de gratuité : droit de pêche dans le canal de l'Argens, de l'écluse aux moulins de I 'Iscle, droit de mouture de son blé, droit de prendre l'eau du canal pour arroser ses champs, une fois par quinzaine, droit de ramasser son bois de chauffage à la Rourède de l'Estérel. Déjà le 20 septembre 1550 [...] le roi avait accordé à la ville le droit de dériver l'eau de l'Argens dans le port, contre une redevance de vingt livres par an après l'achèvement des travaux. Mais. surtout, les difficultés financières de
Henri II permirent à la communauté d'acheter, pour une somme de 1552 livres, les droits que possédait le roi à Fréjus, Saint-Raphaël, Puget et Villepey [...] Cet achat fut renouvelé en 1575 [...] L'exercice de cette compétence communale étendue s'appuyait sur des institutions, assez riches et encore souples et ouvertes, dont nous connaissons le fonctionnement par les registres de délibérations, depuis 1541.


HABITUDES et RÈGLEMENTS MUNICIPAUX.

Politiquement, l'élimination momentanée de la tutelle épiscopale et la fréquente faiblesse de l'autorité royale au cours du siècle favorisaient la maturation de l'autonomie municipale. La communauté se plut à exalter sa personnalité collective par des manifestations qui ne sont pas toutes symboliques :

- peinture des armes de la ville, à côté de celles du roi, sur les portes de la nouvelle maison commune [...]
- adoption, par les consuls, du chaperon qui permettait de reconnaître ces magistrats municipaux [...]
- constitution d'archives communales [...]

Un mot résumait, alors, pour la ville, cette défiance des "étrangers", cette horreur de tout intervenant extérieur à la communauté, ce souci de régler les affaires par le soin des seuls habitants, cette fierté de la "Liberté" municipale.
C'était : "La république".

De grands travaux fixèrent les traits du terroir et de la ville, pour plus de trois siècles. Ils furent l'effet de l'esprit conquérant d'une communauté qui, mettant à profit les conflits de ses seigneurs potentiels, avait accru ses moyens d'action. Ils bénéficièrent des circonstances favorables déjà évoquées : vitalité démographique, activité économique et " esprit " de la Renaissance.

Les registres de délibérations dénoncent les tares de la ville, communes dans l'Ancien Régime. Au travers de ces textes normatifs et réglementaires qui sont peut-être déformateurs, apparaît une ville insalubre, incommode et dangereuse. L'indifférence des habitants multiplie les immondices et les
puanteurs : préparation du fumier dans les rues, ordures jetées par les fenêtres, écoulement des eaux sales à ciel ouvert (= ayguières), fosses à fumier (= sueilles). Les porcs divaguent et mordent les enfants. Les déchets d'anchois, salés à l'intérieur de l'enceinte, infectent l'atmosphère. Le boucher saigne les bêtes sans précaution. Certains font rouir (= najar) le chanvre et
le lin, dans des fossés et nays, en ville ou trop près des habitations.

Au milieu du siècle, le conseil de ville manifesta de l'intérêt pour améliorer et mettre en ordre cette ville en pleine évolution. Ce sont, dès lors, des laïques que nous voyons soucieux d'introduire, dans la ville, plus de commodité et de sûreté. Si nous sommes loin de la réalisation du plan de la cité idéale, on peut sentir, dans l'inspiration de mesures limitées, comme un souffle de la Renaissance :

- Construction d'une nouvelle maison commune (1554)[...], utilisée dès l'été 1556.
- Construction d'une nouvelle prison de ville [...]
- Construction d'un nouvel hôpital [...] qui fut implanté au quartier Saint-Joseph (1563) et achevé avant 1567 [...]
- Établissement d'une rue (peut-être la rue Candolle actuelle) allant de la rue Droite, directement à la Butte Saint-Antoine [...]

Mais en 1560-1561, la communauté ne parvint pas à faire conduire à la ville l'eau d'une source de la vallée du Reyran. Recherchée à maintes reprises sans aucun aboutissement aux XVIIe et XVIIIe siècles, une eau pure parvint à la ville en 1894 seulement par le canal de la Siagnole. >>(1)

(1) - " FRÉJUS - V° -XX° siècle, Déclins et Renaissances " par Louis ROBION,professeur au Collège Henri Bosco à La Valette-du-Var (C.R.D.P. de Nice année 1987) pages. 72 à 80.



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